‹ Auguste RodinChapitre 23 sur 39 · BALZAC · texte numérisé non relu

BALZAC

DE

UE

SA

l'idée théologique et l'idée de chatiment ont disparu dans la conception de Rodin, pour faire place à la présentation des tourbillons, devant des contempla teurs et des penseurs, des passions violentes qui les incarnent, en filant si vite sur cette courbe, en gyrant si rapidement dans cet abime qui va de la naissance à la mort.

Sans préjuger de l'aspect définitif, on peut dire que sous les pieds de trois personnages méditatifs et tristes et qui semblent devoir tout à l'heure être saisis par cette course des formes, l'Enfer entraine ses habitants. Francesca et Paolo passent sur la roche dure. Aux panneaux inférieurs, des faces douleureuses pleurent etautour d'elles c'est la ronde des femmes, des satyres, des centaures, toute la course du vieux Pan, toutes les minutes de la vie joyeuse qui ne veut pas savoir qu'il y a de la douleur.

Ainsi, le contraste s'établit

de la passion et de la nature,

et aussi l'équilibre des formes sereines et douloureuses.

LES NEREIDES (du monument Victor Hugo).

LEARTSENISLEB EAU

qui touchent à la sculpture moderne: Comment doit on et peut-on représenter un grand contemporain ? Autrement dit, comment peut-on faire un monument à un mo-

derne ?

Les Chateaubriand et les Lamartine représentés en bottes molles et en paletot romantique n'ont pas satisfait leurs contemporains, pas plus que les Gambetta en redingote. D'un autre côté, peut-on se tirer sans cesse de la difficulté en élaguant du plan de monument, la statue, en posant sur le socle une figure allégorique et en réduisant le prétexte, la raison du monument, le héros ou le grand homme à figurer, au médaillon plaqué sur le socle. Il est certain que l'homme en redingote n'est pas sculptural. Mais le supprimer c'est accepter la suppression de la statue, c’est admettre une défaite de notre temps, c'est reconnaître notre impuissance à placer l'image et la statue d’un homme, sur la place publique. Rodin tenta

Le Balzac fut l'occassion du plus violent cri de rage qui fut de vaincre ces difficultés. Elles étaient nombreuses.

poussé contre Rodin. Il est vrai, que l'artiste avait changé de manière, La plupart des gens qui soit par conviction, soit par snobisme s'étaient ralliés à Rodin, furent déroutés et la

polémique fut très vive autour de cette statue qui touchait

La première pour Rodin fut de s'imaginer un Balzac ; le document iconographique de Balzac est pauvre et non révélateur ; il ne fournit que des lignes générales, des figures peu expressives. Rodin chercha des documents ethniques. C’est à dire, que sachant

d'ailleurs à des problèmes les plus angoissants parmi ceux de quel pays était Balzac, et en gros d'après des textes et des

images authentiques mais peu éclairées d'intelligence, quels étaient ses traits, il alla vers la Touraine, y chercher des Sosies de Balzac. Il y devait réussir; il rencontra des à peu près de Balzac qui complétèrent pour lui, les renseignements inanimés qu'il avait. En les mobillisant par l'intelligence, il avait son Balzac. Il fit donc des bustes qui se rapprochèrent de plus en plus de la vérité probable de Balzac, comparant à l’image léguée par les contemporains, le type actuel des gens ressemblant à Balzac et surtout participants de son type générique. Il fit ensuite pour chercher sa pose un Balzac nu. Il a fait pour le Panthéon un Hugo nu, il n'a pas gardé la nudité à Balzac. V a:t-il une raison? Probablement celle-ci: Hugo est un poëte, sa pensée autant qu'il l'a pu s'est affranchie du temps et de l'espace. C'est l'homme des Contemplations! Il médite ; il écoute le murmure des siècles morts et écrit la Zégende des siècles ; il donne sa voix aux héros, aux prophètes, aux Dieux. Poëte surtout, même dans le roman, Hugo tient toujours à échapper à la réalité ; il est une grande voix générale ;

il est presque un élément lyrique. Il a parlé un langage figuré. Il s’est toujours comparé, il a toujours comparé les autres, il a toujours tenté d'amener les

Page 1