‹ Auguste RodinChapitre 25 sur 39 · BOURGEOIS DE CALAIS · texte numérisé non relu

BOURGEOIS DE CALAIS

cent pas dans son cabinet. Il s'arrête, mais il se cambre, il darde droit devant lui des yeux qui considèrent en face de lui dans le vague, et en même temps au dedans de lui, l'idée qui se formule — c'était simple et ce fut bien mal compris. Car ce grand bloc àpre de plâtre n'avait aucune des joliesses qu'on demande à la sculpture. Et puis Rodin y manifestait sa

deuxième manière : Comment il y est arrivé, il l’a dit et voici

«comment ses paroles ont été notées. Il déclare d'abord qu'il

s’acheminait à cela depuis toujours: «Cela ne m'est pas venu tout d'un coup, j'ai osé tout doucement, j'avais peur, et puis, peu à peu devant la nature, à mesure que je la comprenais mieux et rejetais plus franchement les préjugés pour l'aimer, je me suis décidé, j'ai essayé .. j'ai été assez content, il ma paru que c'était mieux... L'étude des antiques m'a aussi encouragé ... et la sculpture du moyen âge aussi belle que l'art grec. J'ai tout fait pour conformer mon âme à celle de ses créations-là. Je faisais au début des choses adroites, vivement menées, mais je sentais que ce n'était pas cela. .. J'ai eu beaucoup de peine... L'art ce n'est pas d'imiter et il n'y a que les sots pour croire que nous puissions créer quelque chose ; alors il reste l'interprétation dans un sens donné, de la nature !

Chacun interprète dans le sens qu'il aime, j'ai fini par me pré-

ciser le mien ...

ton de Rodin. C'est avec un doux et lent entètement que Rodin

» Ces paroles, relatées par M. Mauclair sont du

l'Age

d'Airain, la belle Heaulimière), de donner tout le détail de la

a commencé après sa recherche première /Sf-Fean,

musculature, à «ne point travailler à ses figures d'un seul côté à la fois, à modeler successivement tous les plans de son œuvre ; il a cherché un dessin « du mouvement dans l'air qui lui fournisse toutes les valeurs. » Enfin, il est arrivé à cette conception que pour donner tout l'élan, il ne fallait formuler que l'essentiel, et aussi il renonce à certaines angulosités qui lui furent chères au moment des débuts pour chercher un modelé plus souple, plus savoureux, à plans plus larges, presque de peintre, mais de peintre synthétique et il arriva ainsi à la plénitude de son art, au métier d'art, au mode de transcription de la vie qu'il devait se découvrir, et alors il généralise le geste, sa méthode vraie trouvée : sa fécondité heureuse s'en accroit.

« Les vies de bronze ou de marbre que Rodin à semées dans le trajet de sa course sont déjà un peuple naturel et tumultueux, dit le peintre Duhem. les corps sont dans l’espace indéterminé, la vivification d'une expression de l'âme... Voici un second peuple qui nait fils du premier, aux éclairages blonds, se graduant dans l'éther ou il vit vraiment; c'est la douleur sublime qui contracte les gorges et fait les paupières brulantes devant la wort d'Alceste, ce sont les Bourgeois de Calaïs rigides dans la résignation poignante ou l’amertume d’un regret suprême.

Sans cesse, le sacrifice à l'unité accuse le sentiment qui devient

PARTS LELB EAU

Page 1