CHAPITRE VII
L'Hôtel de la rue Dumont-d'Urville. — Des plus petites causes naissent les plus grands effets. — L'Amitié d'Auguste Vacquerie pour Victor Hugo. — Une Œuvre commencée en exil. — Proserpine.
J'ai analysé Tœuvre d'Auguste Vacquerie, et raconté toutes les étapes de sa vie littéraire.
On a vu que l'homme avait toujours marché droit et l'écrivain toujours visé haut.
Peut-être me reprochera-t-on de ne pas avoir insisté sur la couleur de ses cheveux, la coupe de sa barbe, la forme de ses vêtements et l'heure de ses repas; mais était-ce bien nécessaire ?
D'autres seraient curieux de savoir s'il a eu des maîtresses, s'il s'est battu en duel, si son habitude est de monter à cheval le matin et d'aller le soir chez Tortini, tordre le cou à un perroquet?...
Par malheur, j'ignore absolument ces choses.
Tout ce que je puis dire de certain, c'est que le père de Formosa ne s'est jamais marié, qu'il demeure avec sa nièce et son neveu, M. et
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Madame Lefévre, dans un charmant hôtel de la rue Dumont-d'Urville, entouré de tableaux qui sont de précieuses raretés et de livres qui sont des merveilles de typographie.
Les soirs de réception, on voit circuler chez lui les maîtres de la plume, de la parole et du pinceau.
Madame Ernest Lefévre, qui fait les honneurs de la maison avec une grâce et une amabilité vraiment exquises, a vu défiler ainsi devant elle toutes les illustrations de son époque.
Auguste Vacquerie habitait, d'abord, rue Richelieu, un appartement très simple.
A cette époque, Paul Meurice habitait une petite maison située avenue Frochot. Il vint à l'esprit de son propriétaire l'idée — toujours naturelle chez un propriétaire — d'augmenter le prix de ses loyers.
Malheureusement, cela tombait mal, et cette augmentation — qu'on nous passe la métaphore — fut la goutte d'eau qui fit déborder le vase.
Paul Meurice, déjà peu satisfait de son habitation, répondit aussitôt par un congé en forme. Après quoi, il s'acheta un hôtel, rue Fortuny, afin de se mettre une bonne fois à l'abri des exigences de MM. les propriétaires.
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Cependant, quelque chose le contrariait.
C'était de se voir maître chez lui, alors que le plus ancien et le plus cher de ses amis, Auguste Vacquerie, habitait un simple appartement.
— Fais comme moi, dit-il à l'auteur de Tragaldahas : achète une maison, et je jouirai de mon nouveau luxe sans remords.
Vacquerie fut long à se décider.
Néanmoins, il se laissa convaincre peu à peu, et s'installa enfin rue Dumont-d'Urville, dans un hôtel dont il fit l'acquisition pour calmer les scrupules de son ami.
A son tour il devint rêveur.
— Comment ! se disait-il, je suis logé chez moi, j'ai un hôtel et Victor Hugo n'en a pas?... C'est invraisemblable!
Là-dessus, il alla trouver le Maître, et le supplia de faire ce que lui-même avait fait, sur les conseils de Meurice.
— Exaucez ma prière, conclut-il, ou mon bonheur ne sera pas complet !
Quelque temps après, Victor Hugo, lui aussi, se faisait construire un hôtel. — Hélas! il ne l'habita pas; la mort le prit trop tôt.
Ainsi des plus petites choses naissent les plus grands efïetsi
N'est-ce pas aujourd'hui une bonne fortune pour l'ancien propriétaire de Meurice de pouvoir revendiquer cette anecdote comme un titre — le seul qu'il ait sans doute — pour passer à la postérité?...
Bien des fois on alla jusqu'à reprocher à Auguste Vacquerie son amitié constante pour Victor Hugo; mais à de pareils enfantillages il ne répondait jamais que par un sourire et un haussement d'épaule.
Il se savait des admirateurs sincères et des disciples dévoués; et puis, n'était-il pas audessus de ces sarcasmes ineptes?
Victor Hugo ! Auguste Vacquerie !
Comme ces deux noms vont bien ensemble et comme on se plaît à les répéter.
Comme elle était sincère et profonde l'union de ces deux hommes, dont l'un est un maître et dont l'autre était le Maître!
Quand Victor Hugo mourut, quelque chose du cœur de Vacquerie se brisa certainement; et quoi de plus touchant, de plus respectable, de plus beau, que cette vénération d'un grand poète pour le plus grand des poètes?
Vénération jamais lasse, dont ne viennent à bout ni l'exil ni la mort, invincible et sereine comme l'âme où elle est née, attestant bien
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que la créature humaine est faite à l'image de Dieu.
Vacquerie a aimé l'auteur des Misérables, de la Légende et de Ruy-Blas, comme il aime le vrai, le juste et le beau.
Ce sont ces trois choses qui lui inspirèrent Faust, une oeuvre commencée en exil, terminée depuis longtemps et que nous attendons avec impatience.
Vacquerie a aussi plusieurs drames dans ses tiroirs.
Je les dénonce sans pitié aux directeurs de théâtre.
A l'assaut, messieurs! emparez-vous de ces chefs-d'œuvre inédits pour rallumer dans l'âme du peuple la foi, l'enthousiasme et la passion!
Disons enfin, que M. Louis Gallet a tiré dernièrement un très remarquable livret d'un drame violent : Proserpive, que tout le monde avait lu dans Mes premières années à Paris.
M. Camille Saint-Saëns — un maître aussi, celui-là! — a composé la musique de cette œuvre, qui a été représentée à l'Opéra-Comique avec un grand succès.