Augustin Dupré
Nous assistons depuis quelques années à une véritable renaissance de l'art de la Médaille. Au Salon des Champs Élysées, au Luxembourg, les visiteurs s'arrêtent longuement devant les vitrines réservées aux graveurs et parfois s'y pressent le dimanche. Cette année encore, le jury de sculpture a voulu montrer, par les hautes réconipenses qu'il a décernées à MM. Patey et Bottée, en quelle haute estime il tenait leurs travaux.
Il y a vingt ans, F État était le seul protecteur des graveurs; aujourd'hui le particulier désire posséder, sous la forme d'une plaquette, l'image de ceux qu'il aime. Dans les musées des pays étrangers, le voyageur peut voir, placées en bonne lumière, les œuvres des médaillistes français.
Nous avons donc lieu de nous féliciter car il n'en a pas toujours été ainsi. Rendre hommage aux Aîaîtres qui, par leurs belles conceptions et leur puissante esthétique, ont ramené ce sympathique intérêt sur un art qui semblait abandonné, est donc un devoir. Nest-il pas également juste de
viH PRÉFACE.
rappeler ici le nom de léminent écrivain d'art, M. Roger Marx, qui n'a cessé d'appeler F attention du public sur nos travaux et n'a négligé aucune occasion d'indiquer à l'administration des Beaux- Arts, les mesures à prendre, les réformes à apporter, pouvant contribuer à l'épanouissement d'un art vraiment national. Quant à moi, je tiens à lui en exprimer personnellement toute ma recomiaissance .
Cest au grand statuaire Chapu que nous devons la dernière évolution de la Médaille. Avant de partir à Rome comme pensionnaire sculpteur, il avait obtenu un prix de gravure. Les études spéciales qu'il avait dû faire à cette époque l'avaient préparé à comprendre les difficultés du bas-relief et certainement , de ces études, il lui était resté une délicatesse de touche qu'on retrouve dans ses statues et surtout dans cette admirable suite de médaillons, commencée à Rome, continuée à Paris et dont quelques-uns sont dignes d'être comparés à certaines médailles de Pisanello. Les artistes, ses confrères, furent unanimes à les considérer comme autant d'œuvres parfaites, résumant toutes les qualités d'art. Lis furent bientôt entre les mains des graveurs qui n'eurent plus qu'un désir, recevoir les conseils de ce maître. Il était bienveillant et bon. Aussi, consentait-il à corriger leurs études et, dans ces entretiens intimes où l'artiste donne libre cours à son cœur, il aimait à développer ses idées sur leur art. Combien f envie ceux-là que je ne veux nommer; aussi, quelle na pas été ma tristesse, alors qu'à un moment de ma vie oii les circonstances m' ayant rapproché de lui j'espérais le voir souvent et f aimer, la mort l'a ravi à l'art et à l'affection de ses chers élèves.