‹ Augustin DupréChapitre 14 sur 35 · PL, IV · texte numérisé non relu

PL, IV

BENJAMIN FRANKLIN, IILIV, JOHN PAUL JONES V, BAILLI DE SUFFREN,VI DES GALLOIS DE LATOUR ( Cabinet des Médailles )

étaient de peu d'effet; acteurs principaux, ils acquièrent une inoubliable grandeur. Aussi pour la fête populaire, pour la Fédération du 14 juillet 1790, Dupré avait-il gravé une autre médaille issue de la première, mais si modifiée !

La France, très belle, très pure, assise sur un piédestal, présente aux Fédérés les tables de la Constitution sur lesquelles sont gravés les Droits de F Homme. Tous étendent le bras, prêtent le serment, les drapeaux tumultueusement se mêlent, confondent leurs inscriptions, tandis que gisent à terre les parchemins de la tyrannie. Merveilleuse de groupement et d'arrangement cette médaille reflète admirablement l'enthousiasme d'alors, enthousiasme énorme, sincère que marquent très bien ces hommes qui, malgré leur fièvre, se présentent alignés, le bras uniformément tendu, dans un élande pensée Une.

Grand fut le succès de cette belle œuvre. Dupré Pavait exécutée de sa propre initiative (ij, il la présenta à la commission chargée de Texamen des papiers des Fédérés, à leur arrivée àParis, qui Tagréa. Ilenfut vendu trois mille tant en or qu'en argent et en cuivre, et cent mille allaient être encore frappées pour les armées, lorsque les coins, — par malveillance? — cassèrent sous le balancier. Cet accident retarda la distribution pacte fédératif. qui, les événements se succédant, fut né- camavaiet.) gligée. Mais le succès de cette médaille, constaté par les journaux (2), avait été trop grand pour qu elle fût complètement

(1) Le Pacte fédératif avait d'abord été conçu dans un bas-relief ovale dont le moule se trouve au musée Carnavalet. Il serait à souhaiter qu'une épreuve en fût tirée.

(2) <c Les marins se plaisent à porter une médaille sur laquelle sont gravés d'un

AUGUSTIN DUPRli, Ç.

oubliée. Des imitations bonnes ou mauvaises furent multipliées à rinfini (i); certains portèrent cette médaille comme une décoration^ d'autres comme une breloque.

Plus honnêtes^, les frères Monneron qui, pendant la Révolution, ont frappé des monnaies particulières, demandèrent à Dupré une répétition de sa médaille du Pacte fédératif pour leur pièce de cinq sols. Sa multiplication semble avoir été prodigieuse, car on la rencontre encore fréquemment, parfois belle et bien conservée. Peut-être plus d^n de ses possesseurs la garda-t-il précieusement à côté du bouquet fané et des rubans qu'il porta dans le bel enthousiasme de la grande fête de 1790.

Jusqu'à cette époque, Augustin Dupré s'était montré artiste délicat, subtil, original, mais avec presque toujours un côté orfèvre, anecdotier, qui l'empêcha, sauf dans la Libertas AMERiCANA, d'atteindre à uuc impérissable grandeur. De plus, des influences diverses étaient sensibles dans son œuvre. Il s'était inspiré tour à tour de Pigalle, de Pajou, de Vien, de Fragonard. Dans la période qui va suivre, son œuvre sera hautement significative, ses idées se préciseront, son style

côté le serment de maintenir la Constitution, et de l'autre l'autel de la patrie, sur lequel jurent les soldats dans la belle attitude du tableau des Horaces. Le ruban est aux couleurs de la nation, avec un profil du Roi, autour duquel on lit : Ses vertus l'ont mis là. »

Moniteur du 22 juillet 1790.

(i) « Pour répondre au désir que le public a témoigné de se procurer la représentation du sujet de la médaille donnée par la municipalité à MM. les députés confédérés, MM. Bossange et compagnie s'empressent d'en offrir une exactement semblable, mais beaucoup plus grande et d'un métal différent, pour éviter de la confondre avec celle des députés. A Paris, chez MM. Bossange et compagnie, rue des Noyers, 33. Prix, 1 1. 4 s. »

Moniteur et Journal de Paris du 23 juillet 1790.

deviendra plus mâle et concis, enfin il s'affirmera complètement dans d'immortelles interprétations des idées révolutionnaires. Et si de temps à autre une très lointaine influence se fait sentir, ce sera celle de ces deux illustres maîtres : David et Prud'hon.

PIÈCE DE CINQ SOLS DES FRÈRES MONNERON. (Bronze. — Musée Carnavalet.)

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