ARCHE DE LA CONSTITUTION
(Dessin. — Musée Carnavalet.)
sonnages qui reçoivent Teau de la régénération sont mesquins, la figure de la Nature sèche, le champ, ordinairement si bien rempli, paraît vide ; plus de goût et d'art se retrouvent dans l'Arche, soutenue par de sveltes cariatides dont les draperies flottent agréablement.
Le 9 brumaire an II, Romme ayant proposé de confier à un jury nommé par la Convention le jugement des grands prix de peinture, de sculpture et d'architecture, David fut chargé de le composer, Dupré est choisi par le grand peintre
8o AUGUSTIN DUPRÉ.
en même temps que Fragonard, Prud'hon, Gérard, Julien et Chaudet. Mais, hélas! ces noms ne suffisent pas à la Convention, ni à David qui a pensé « qu'à cette époque où les « arts doivent se régénérer comme les mœurs, abandonner « aux arts seuls le jugement des productions du génie, ce se- « rait les laisser dans l'ornière de la routine où ils se sont « traînés devant le despotisme qu'ils encensaient. C'est aux « âmes fortes qui ont le sentiment du vrai, du grand, que « donne Tétude de la nature, à donner une impulsion nou- (I velle aux arts, en les ramenant aux principes du vrai « beau. Ainsi, Thomme doué d'un sens exquis sans culture, « le philosophe, le poète, le savant, dans les différentes par- « ties qui constituent Tart de juger l'artiste, élève de la na- « ture, sont les juges les plus capables de représenter le goût « et les lumières d'un peuple entier, lorsqu'il s'agit de dé- « cerner en son nom, à des artistes républicains, les palmes de « la gloire. »
Le jury est donc complété par deux savants : Hassenfratz, Monge; un médecin : Vicq d'Azir; un comédien : Talma; un littérateur : La Harpe; un poète : Dorat-Cubières; deux cultivateurs, un cordonnier; et par de nombreux membres de la municipalité : Pache, Hébert, Ronsin, Dufourny, Lescot- Fleuriot.
Je n'ai pas à rendre compte ici des décisions bizarres de ce jury, ni des motifs qui les déterminèrent. Mais il est piquant de rappeler la place prépondérante que prirent les savants et les représentants de la municipalité dans ses délibérations : Hassenfratz pensa « que tout le talent de l'artiste est dans « son cœur; ce qu'on acquiert par la main est petit », et Fleuriot crut utile d'ajouter : « Mon âme n'éprouve rien quand je vois un tableau. »
Au moment du vote pour le prix de peinture, Tobtus Hassenfratz osa motiiier ainsi son opinion : « Je suis peut-être un « sot, cependant j'ai senti une plus forte impression à Taspect « du n" 2 qu'à Taspect des deux autres. Il n'existe dans ces « tableaux aucune obéissance aux lois de la perspective si « ce n'est dans le n" 2. J'ai l'habitude de la règle et du com- « pas et j'ai une intime conviction que tous les objets de pein- « ture peuvent être faits avec la règle et le compas. Oui, les « peintres ne mériteront ce nom que quand ils rendront l'ex- « pression avec le compas, que l'idée seule ne peut rendre « avec autant de justesse. »
Le citoyen Caratfe, peintre, plus révolutionnaire qu'artiste, abondant dans le sens des idées précédentes, le sort des artistes aurait été sacrifié, si Prud'hon, se risquant à prendre la parole, n'avait réussi à obtenir un prix pour le concours de peinture. Les sculpteurs n'eurent rien. Quant aux architectes, leurs connaissances en géométrie leur acquirent les bonnes grâces du citoyen Hassenfratz.