LES MONNAIES RÉPUBLICAINES
Dans les derniers mois de 1793 et pendant toute Tannée qui suivit, époque d'héroïsme et de misère, les métaux précieux se faisant rares et le bronze étant réclamé pour la fonte des canons, les assignats divisés en petites coupures et les billets de confiance remplacèrent la monnaie métallique dont la fabrication fut entièrement arrêtée.
L.a chute de Robespierre amène des temps plus cléments. Le commerce reprend et avec lui la circulation de valeurs moins fictives que le papier-monnaie. Mais il faut attendre que la Convention ait voté rétablissement du système décimal pour qu'une refonte de la monnaie soit effectivement décrétée.
Le 28 thermidor anIII(i5 août 1795), la Convention nationale, après avoir entendu le rapport de son Comité des Finances, section des Assignats et Monnaies, décrète :
Titre
Art. I'"'. — L'unité monétaire portera désormais le nom franc. Art. II. — Le franc sera divisé en dix décimes., le décime sera divisé en dix centimes.
Titre IL
Art. III. — II sera fabriqué des pièces d'un, de deux et de cinq francs.
Art. IV. — Les pièces d'argent auront pour type la figure d'Hercule unissant l'Egalité et la Liberté, avec la légende : Union et force.
Titre III.
Art. I". — Il sera fait en métal de bronze épuré, des pièces d'un, de deux et de cinq centimes; d'un et de deux décimes.
Art. V. — Ces pièces auront pour type la figure de la Liberté avec la légende : République française.
Ces monnaies, les chefs-d'œuvre de Duprc, furei:it frappées dans le courant de Tan IV. Mais elles marquent toutes deux
PIÈ Cli DE CINQ FRANCS. AN IV. (Argent.)
des phases différentes de la Révolution : Hercule, les époques héroïques; la Liberté, les instants de calme qui suivirent.
Hercule, symbole du Peuple, est une conception de David. « Ce grand peintre, observe fort bien M. Renouvier, ne « connut pas le côté serein de la Révolution; on ne cite pas « même de lui une figure de la Liberté. » Il voulait le Peuple
LE PEUTLE HERCULE.
(Dessin. — Musée Carnavalet.)
puissant, armé de la massue, compagne des grandes luttes; elle ne doit pas le quitter, même après le triomphe, ainsi qu'en témoigne sa proposition d'érection d'une statue colossale du Peuple, sur la pointe occidentale de la Cité, présentée à la Convention le 27 brumaire an II :
Art. I'"'. — Le peuple a triomphé de la tyrannie et de la superstition ; un monument en consacrera le souvenir.
Art. II. — Ce monument sera ct)lossal.
Art. III. — Le peuple sera représenté debout. Art. IV. — La victoire fournira le bronze.
Art. V. — Il portera d'une main les figures de la Liberté et de l'Egaliié; il s'appuiera de l'autre sur la massue. Sur son front on lira ; Lumière; sur sa poitrine : JVature, Vérité; sur ses bras : Force; sur ses mains : Travail.
Art. VI. — La statue aura i5 mètres.
Le monument n'a pas été élevé, mais ce projet de David ne fut point tout à fait abandonné : Hercule portant dans une main la Liberté et l'Egalité est le sujet du timbre du Bulletin des lois de l'an III, gravé sans doute par Dupré ou d'après Dupré, ainsi qu'en témoignent des essais de monnaie du graveur qui faillirent être adoptés en l'an IV. — Déjà, en l'an II, pour le filigrane du papier officiel, Augustin Dupré avait exécuté les clichés d'un Hercule puissant que M. Charles Blanc apprécie ainsi : « Cette figure d'Hercule, « écrite en quelques traits sommaires et superbes, ressemble « à un hiéroglyphe de Memphis retouché par Michel-Ange »,
L'idée du peuple Hercule unissant et protégeant les déesses de la Liberté et de l'Égalité, déesses si frêles, si chastes qu'elles s'évanouiront lorsque surgira le proconsul corse, appartient entièrement à Dupré (i). Il la travailla et on con-
(1) Le bruit a couru que la composition de la pièce de 5 francs serait une
naît de lui de nombreux dessins et esquisses de ces trois figures qui par la beauté de leur structure, la grâce de leur geste, la noblesse de leur attitude devaient commenter si grandiosement et avec tant de concision la laconique devise :