ACADÉMIE CELTIQUE
(Dessin. — Musée (Carnavalet.)
Les médailles et les jetons exposés au salon de 1808 et au concours décennal de 1810 (i), la tête d'Hippocrate gravée pour le prix de Clinique fondé à la Faculté de Médecine par le baron Corvisart, sont ses dernières œuvres. Son activité se tourne dès lors vers les applications industrielles. Avec Tor-
(i) Deux de ces médailles : Hommage à Raphaël, Napoléon à Marengo pardonne au général Mêlas, ont été reproduites par Landon : Salon de i8oS, t. II, pl. 5o, et Recueil des ouvrages de peinture, sculpture, architecture, gravure, etc.. cités dans le rapport du jury sur les pri.v décennaux, 1810, pl. 44.
fèvre Biennais, il s'occupe des repoussés; avec les Didot^ de stéréotypie.
Dupré ne se désintéressa cependant pas du mouvement artistique et conserva la haute influence que lui avaient assurée ses œuvres et ses importantes fonctions. Les nouveaux venus de talent étaient ses amis et ses protégés. Aussi lorsque Napoléon détrôné, M. de Villèle, ministre de Louis XVIII, eut ouvert un concours pour graver les monnaies royales, mitil toute son influence à faire triompher Michaud qui composa pour Louis XVIII et Charles X de si belles monnaies (i).
David d'Angers devint vite aussi de ses amis; un peu plus tard il put s'intéresser aux débuts de son filleul, Augustin Dumont, qui laissera de lui un si remarquable buste.
Cependant la mort enlevait ses proches. Sa femme meurt vers 1820; un peu plus tard, c'est sa fille Elisabeth-Sophie, âgée seulement de vingt-six ans. Aussi la révolution de i83o le trouva-t-elle retiré à Armentières. C'est là qu'il apprit, bien tard, à plus de quatre-vingts ans, que la décoration de la Légion d'Honneur venait de lui être décernée. Encore avait-il fallu que Lafayette et David d'Angers s'entremissent instamment.
Augustin Dupré, qui était au fond bon et obligeant, avait eu toute sa vie un caractère brusque. Cette inégalité d'humeur, outre qu'elle avait contribué à sa disgrâce, Tavait empêché d'occuper le fauteuil qui lui revenait, sans conteste, â la fondation de l'Institut. Tel quel, cependant, ses amis ne l'oubliaient pas. En décembre i832, David d'Angers, appelé à la Ferté-Milon pour la statue de Racine, passe à Armen-
(i) « Lorsqu'on jette sur le comptoir d'un marchand un écu à l'effigie de Louis XVIII, on ne se doute pas qu'on dépense un chef-d'œuvre ■>.
Edmond About.
AUGUSTIN DUPRÉ. l3
tières voir encore une fois le vieux graveur agonisant : « Nous « n'avons pu assister à la première représentation du Roi i' s'amuse, où notre Victor Hugo a été si cruellement traité « par la critique, écrit David à ses amis Louis et Victor Pavie ; (I nous étions, Emilie et moi, à Armentières, dans le départi tement de TAisne, où j'allais faire le médaillon du célèbre « Dupré, graveur en médailles. Il était bien temps que j'ar- " rivasse; car le pauvre artiste est mourant. »
Plus fréquentes étaient les visites d'Augustin Dumont. Et c'était alors une grande joie pour le vieillard. La maison était en féte; il faisait des imprudences. Un jour que son filleul était allé le voir, il commanda un dîner délicat. Comme sa gouvernante en qui il avait cependant toute confiance, se permettait de lui faire observer que tel mets lui serait nuisible, il s'emporta et répondit d'un ton bourru : « Est-ce que c'est vous qui payez? » Ainsi que sa servante l'avait prévu, il se trouva indisposé. L'appelant alors, il lui dit brusquement : « Vous aviez raison; tenez, voilà vingt francs. »
Ce fait marque bien son caractère fantasque et bourru, mais droit dans sa conception particulière des rapports des êtres.
Ses défauts comme ses qualités se trouvent admirablement reflétés dans les portraits que l'on connaît de lui. M. Frédéric Henriet qui a eu la bonne fortune de les voir, les apprécie ainsi : « David d'Angers a modelé cette tête de vieillard d'un « pouce magistral. Il en a rendu, avec une largeur et une sou- « plesse rares les chairs affaissées et molles, l'œil encaissé « et comme perdu sous la proéminence des sourcils en « broussailles, les longues mèches de cheveux flottant sur « le crâne sénile; mais l'homme moral n'existe déjà plus, '( et la valeur artistique de l'œuvre de David dépasse de a beaucoup sa portée physiognomonique. Heureusement
'( nous possédons une effigie plus suggestive. C'est le buste
'( exécuté par le filleul de Dupré, Augustin Dumont. Quoique
« cet ouvrage, daté de i833, ait été fait sans doute après le
« décès de Dupré, il le représente dans la force de Tàge.
MÉDAILLON d'inCONNU.