‹ Augustin DupréChapitre 22 sur 35 · LE REPOS · texte numérisé non relu

LE REPOS

Dupré était cavalièrement destitué (i). Ce manque de formes l'exaspéra. Vainement David essaya-t-il de le calmer, offrant de s'entremettre, d'arranger les choses; il resta inébranlable, refusa de se soumettre. « Je m'en vais, dit-il, et vous allez me payer tout de suite. » Chose difficile, le numéraire, en dépit de l'active fabrication, était rare encore, surtout For et l'argent, et on lui devait plus de 100,000 francs. En vain on le pria d'attendre : « Il n'y a pas de monnaie d'or, ni d'ar- « gent, mais vous avez du billon; payez-moi en billon. » On vit alors de lourds chariots sortir de la Monnaie et porter au domicile de Dupré les sommes qui lui étaient dues.

Dupré était suffisamment riche. Il possédait une maison rue de Seine,une vaste propriété à Armentières, près Meaux (2), enfin une campagne à Auteuil. Aux temps des faciles et lé-

(i ) V. Appendice.

(2) Cette propriété dite le Cliâteau, ancienne maison de plaisance des archevêques de Paris déclarée bien national, fut vendue comme tel, le 3i mars lyijS, au profit d'Augustin Dupré, moyennant le prix de 1 24,900 livres en assignats. Somme énorme, mais dans laquelle il faut tenir compte de la dépréciation des assignats.

Cette propriété fut revendue par les héritiers de Dupré, en i83b, à M. Isidore Tripier, avocat à la cour d'appel.

gères mœurs du Directoire^, Dupré, qui^ en dépit de sa rudesse et de son activité, avait de bons amis et aimait la gaieté, organisait de joyeuses parties dans son pied à terre d'Auteuil. Les heures y paraissaient courtes, et parfois Taube trouvait encore les convives attablés.

PAIX AVEC l' ANGLETERRE.

(Bas-relief, cire. — Musée Carnavalet.)

Vers 1801, il se maria avec Reine-Joséphine-Sophie Lochard. Bientôt père de deux enfants, un fils et une fille (i),

(i) Dupré avait eu, avant son mariage, un fils naturel, Augustin-Appelles Dupré.

assuré d'une aisance assez grande, il aurait pu se reposer. Il continua cependant à ciseler et à graver. Étant encore graveur général, pendant les rares moments que lui laissait la fabrication des coins des monnaies de Tan IV, il avait trouvé le temps de composer des médailles et des allégories. La fondation de la Caisse des Comptes-courants et cette légende : La Confiance relève le Commerce, lui permirent une œuvre de grande allure, mais froide, où l'influence de David serait complète si une femme au beau geste n'avait un peu de la grâce de Prud'hon. Au salon de 1802 figurait de lui, en même temps que les deux projets de médailles des batailles d'Aboukir et des Pyramides, commandées par le gouvernement consulaire, une composition allégorique de la Paix AVEC l'Angleterre, d'un style pur et resserré (i). Vers cette époque également, il avait gravé en souvenir de Lavoisier, une médaille où la physionomie, les traits délicats du savant sont admirablement rendus.

Rentré dans la vie privée, il continua ses travaux. De cette période datent : Diane et Calisto (2), Milon de Crotone, Minerve enseignant la jeunesse et une foule de jetons allégoriques que sa main habile se plaisait à graver : c'est ainsi que pour évoquer les recherches de ses confrères de l'Académie Celtique, qui devint plus tard la société des Antiquaires

qui s'occupa de sciences et vécut loni;temps à Montrouge. Son second fils Narcisse s'est éteint après une vie désœuvrée à Montpellier, en ces dernières années; sa mie Élisabeth-Sophie, mariée à Henri Didot fils, mourut jeune. (V. Appendice.)

(1) Un arrêté du 2G germinal an X avait décidé un concours entre les graveurs en médailles, sculpteurs, peintres et architectes qui devaient exécuter une médaille, un groupe, un tableau et un arc de triomphe, pour perpétuer le souvenir de la paix avec l'Angleterre. Les primes étaient respectivement de 6,000, 20,000, 12,000 et 6,000 livres. Un concours presque identique avait lieu pour rappeler les Lois sur les Cultes.

Comme tant d'autres décrets, celui-ci ne reçut pas d'exécution.

(2) Salon de 1804.

de France, il eut Tidée d'un génie cherchant, en levant le voile qui la couvrait, à pénétrer le secret d'une femme, symbole de THistoire (i8o5).

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