XII AVANT-PROPOS
teurs : David, Prud'hon, Houdon, Jacques-Edme Dumont.
Et non seulement la peinture, la sculpture, Tarchitecture, qui parlent jusqu'à un certain point à la foule, furent encouragés, mais Part des médailles, qui semblait ne devoir être apprécié que des seules aristocraties, reprit, après une décadence de près de deux cents ans, un nouvel essor : « Dès que la Révolution commence son œuvre et à mesure « qu'elle Taccomplit, a constaté M. Roger-Marx, c'est de la « part des villes, des assemblées, des particuliers une fièvre « de mettre, à tous propos, sous tous prétextes l'actualité en « médailles. » L'orfèvrerie des églises, le bronze des cloches se transforment en monuments numismatiques et, lorsque le métal devient rare, on attend de la Victoire, du bronze.
La sévère, l'abstraite gravure en médailles dans laquelle entrent autant de préoccupations littéraires que de préoccupations esthétiques va donc enregistrer les épisodes révolutionnaires. — Qu'elle ne devienne pas triviale surtout, on la veut pure ainsi qu'aux grandes époques. — Pour répondre aux exigences de la foule, les médaillistes de l'ancien régime essaient d'oublier le maniérisme des temps royaux. Mais dans leurs plus belles tentatives : « l'Arrivée à Paris », « le Dix Août )), de B. Duvivier, ;< l'Abandon des Privilèges » de N. M, Gatteaux, leur éducation trahit leur volonté, lepassé impérieux les empêche de traduire en toute indépendance les idées novatrices.
Cette gloire était réservée à Augustin Dupré. Celui-ci, simple ouvrier orfèvre, puis graveur en médailles, arrivait à peine à la notoriété quand la Révolution éclata. Nul plus que cet affranchi de la veille à qui le régime nouveau allait
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assurer les honneurs, la fortune la célébrité n'était apte à la glorifier, à la commenter dans de symboliques compositions. Esprit ingénieux et enthousiaste, très français, assez épris d'antique pour vouloir la véritable pureté mais non gêné par cette fausse éducation qui retarde l'éclosion de la personnalité , la dévoie , ainsi qu'il arriva pour Louis David, l'observateur profond de la Mort de Marat, de la Cérémonie du Sacre, des portraits, qui, cependant, perdit tant de temps à peindre une antiquité conventionnelle, Augustin Dupré, avec ses facultés d'invention, son sentiment de l'élégance, son respect de la vérité, devait être le plus parfait interprète des idées ambiantes ; il allait les traduire en « revêtant d'amabilité le symbolisme révolutionnaire (i). » — Mot très juste. Quoi de plus parfaitement élégant, en effet, que le Génie des Lois de la monnaie de 1791, que le profil de la Liberté du sou de l'an IV?
Ce sou de l'an IV, idéalisé par la seule science de son auteur, si expressif que l'on a pu croire à un portrait de jyjme Récaniier, amène à parler des effigies qu'Augustin Dupré grava sur diverses médailles.
L'expression et la distinction, ces qualités natives des portraitistes de notre race, s'y trouvent au plus haut degré. Par cela, le médailleur révolutionnaire s'apparente aux premiers maîtres de la médaille française : à l'anonyme de la série des Valois, à Guillaume et à Abraham Dupré. Ici comme là, même souci de vérité sans trivialité , même science de l'effet décoratif : une dentelle, la courbe d'une mèche de cheveux achève, souligne le rythme général.
(i) Roger-Mar.K : Les Médailleurs français au IX'^ siècle.