‹ Aujourd'hui et demain; pensées du temps de la guerreChapitre 3 sur 14 · L ENFANT DE PATRONAGE. Î · texte numérisé non relu

L ENFANT DE PATRONAGE. Î

et les jeunes gens de son patronage, bien plus qu'il ne recevait de la caisse diocésaine. Car il faut acheter des échasses, des agrès de gymnastique, des boules, des quilles; organiser des promenades et emporter le goûter; louer des costumes pour les pièces de théâtre; entretenir la bibliothèque, et subvenir à mille détresses que l'habitude du revoir et bientôt l'amitié amènent aux confidences. L'abbé avait plus de quarante ans ; il n'avait pas fait de service militaire; il était myope extrêmement : c'est dire que les premières levées d'hommes le laissèrent à son poste, et qu'il vit partir ses premiers enfants, les grands. Depuis un peu de temps, il a lui-même quitté le village : eh bien! sous les drapeaux, il reste le directeur et l'ami dos jeunes soldats de X..., auxquels il envoie, chaque mois, un petit mandat de 1 franc, — tout ce qu'on peut faire, — un bout de lettre, et une feuille imprimée, large comme les deux mains, sur laquelle sont marquées les nouvelles des camarades, celles de la paroisse, et quelques réflexions et exhortations pour le temps de la guerre. Cela est d'un grand réconfort, plus grand que vous ne

pensez peut-être. Et c'est ce que je voudrais montrer.

Je voudrais que plusieurs de ceux qui connaissent peu la vie catholique, séparés d'elle par l'éducation, les préjugés, les ignorances, le fracas du monde et la poussière du jour, pussent apercevoir ce qu'il y a de magnifique dans ces pauvres petites œuvres de la ville et de la campagne, et quel service elles rendent en ce moment à la France tout entière.

Prenez un modeste patronage de campagne, et voyez comment il est composé. Tout le monde, je veux dire tout le petit monde des enfants peut venir dans ce jardin du presbytère, dans cette maison transformée, à laquelle un pré sans récolte de foin est attenant; ou dans cette autre qui a été bâtie, tout exprès pour le peuple, par quelque riche intelligent et dédaigné. Les formalités d'entrée sont nulles. Vous venez? Tant mieux; allez jouer aux barres. Les fils des artisans et des commerçants du bourg se rencontrent là avec les fils des fermiers, deux éléments assez dissemblables, assez difficiles à bien accorder l'un avec l'autre, mais qui finissent par s'entendre.

Page 1