‹ Auprès d'un mourantChapitre 8 sur 20 · OBSERVATION CLINIQUE D’UN MOURANT · texte numérisé non relu

OBSERVATION CLINIQUE D’UN MOURANT

Grâce à l’amabilité de MM. M. KaP£an, assistant, et S. BacHmMax, interne des hôpitaux, nous rapportons une bien curieuse observation clinique dans laquelle, à plusieurs reprises, on put observer un état de mort apparente céder, soit spontanément, soit à la suite de toni-cardiaques.

« Il s’agit d’un malade, Van... 75 ans, entré le 8 janvier 1935, salle Vernois, pour dyspnée et palpitations.

« À l’examen, on se trouve en présence d’un asystolique sans œdème mais présentant une forte hépatomégalie. Le cœur est rapide et irrégulier avec des extrasystoles. La tension artérielle au Vaquez a une maxima qui oscille entre 22 et 23, une minima entre 8 et 12. Les urines sont rares, l’oligurie se traduisant par un chiffre qui va de 0,250 litre à 0,350. Par ail-

leurs, le dosage d’urée montre un taux de 1 gr. 02 par litre de sérum.

« Soumis au traitement digitalique, le malade voit son état s'améliorer ; le cœur se régularise, le foie diminue de volume, lorsque, le 18 janvier, à 9 heures du matin, au cours même de l'examen clinique du patient, on assiste à un arrêt cardiaque suivi d’un arrèt respiratoire, ensemble qu'il est possible, croyonsnous, de décrire cliniquement de la façon suivante : (L'absence d'exploration électro-cardiologique ou d'exploration graphique est évidemment des plus regrettables.)

« Le cœur s'arrête le premier. Le malade respire encore mais sa respiration bientôt devient plus rapide, plus ample, pour s'arrêter enfin une minute dix secondes après l'arrêt cardiaque. On observe des contractions des muscles du visage comme chez les mourants et l'on est frappé par l'aspect cadavérique du sujet.

« Deux minutes vingt secondes après l'arrêt cardiaque, le cœur repart spontanément ; on compte alors 80 pulsations à la minute. La face reprend sa coloration rouge et la respiration réapparaît 45 secondes après la reprise du cœur.

« Dans la suite, il est permis d'analyser des accidents semblables :

« Un nouvel arrêt cardiaque de 2 minutes 40 secondes est observé, suivi bientôt d’un arrêt respira-

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toire. Puis le rythme cardiaque reprend, précédant de 50 secondes la reprise du rythme respiratoire.

« Dans un autre accès — et bien que le malade eût reçu une solution aqueuse de camphre et de caféine — l'arrêt cardiaque dure 3 minutes 40 secondes ; la respiration ne s’installe à nouveau que 53 secondes après la reprise du cœur. Un nouveau traitement par le camphre et la caféine, répété plusieurs fois, arrête les accidents, mais, à 16 heures, la mort est enregistrée. »

En somme, il s’agit d’un homme âgé, azotémique et polyscléreux, qui a présenté un état de mort apparente manifestement secondaire à une défaillance cardiaque.

Devant l’immobilité générale, l’absence du pouls et de la respiration, l’aspect livide du sujet, il semble que l’on soit en présence d’un cadavre, lorsque, 2 à 3 minutes après l'arrêt cardiaque, de nouvelles contractions du cœur apparaissent, qui vont faire renaître la respiration qui semblait éteinte.

L'observation d’un tel malade va nous amener à discuter, dans le chapitre suivant, les bases physiologiques de la réanimation. Elle montre en effet quelles peuvent être les ressources d’un organisme, même à la dernière extrémité.

Il importe donc que le médecin ne calque pas sa conduite sur celle dont parle le fabuliste :

« Il voit ce corps gisant, le croit privé de vie. »

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MARTINOT

L'état de mort apparente n’est pas synonyme d'abstention médicale; il appelle une médecine de secours, une médecine de toute urgence, car la thérapeutique peut donner, parfois, de remarquables résultats que

confirme l’expérimentation. | VE

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