NOS SERVITEURS
supérieurs. Si vous péchez sur ce point, toute la ninison s'en ressent : la paix domestique, l'éducation des enfants, l'atmosphère morale et religieuse. Allez donc faire votre prière, quand vous venez de commettre des excès de parole ou de pouvoir!
Mal vivre avec ses domestiques, c'est entretenir chez soi un foyer d'infection. Bien vivre avec eux, c'est résoudre, pour sa part, un des problèmes sociaux qui tourmentent cette époque; c'est permettre à ceux qui ont la charge principale de notre existence matérielle d'être autre chose que des bêtes de somme, d'entrer dans l'esprit de leur fonction, ce qui est toujours une libération; c'est leur perniettre enfin de se sentir nos collaborateurs, et, malgré les distances extérieures, nos semblables en dignité humaine. C'est nous éviter h nous-mêmes la honte de l'oppression.
Il y a une tache sur tout homme qui réduit un autre homme en esclavage. L'esclavage engendre des mœurs qui déteignent sur le tyran.
Préservons-nous, préservons nos enfants de la tare indélébile attachée aux milieux où l'âme humaine est lésée dans la personne des humbles. Pour faire de nos enfants des hommes, des travailleurs, élevons-les dans le saint respect de l'homme, peu importe le costume qu'il porte, la situation qu'il occupe. Mieux vaut un coup de foudre sur le toit, qu'un paria dans la maison.
Enfants, jeunes gens, jeunes filles, soyez bons
136 AUPHES DU FOYER
pour ceux qui vous servent, soyez polis, aimables, respectueux, et souvent aidez-les à porter le fardeau. Ne craignez pas qu'ils en conçoivent du mépris et soient moins dociles : se faire aimer, c'est le vrai secret pour se faire obéir. Cela vaut mieux que de savourer la volupté empoisonnée qui consiste à faire sentir la griffe du maître. — Ne vous laissez jamais rendre un service, qui puisse dégrader quelqu'un. S'il est des occupations auxquelles s'attache plus qu'à d'autres une idée d'abaissement, chargez-vousen vous-mêmes, de temps en temps, volontairement, pour en enlever l'amertume. Vous qui êtes libres, acceptez un peu d'esclavage, aiîn que l'esclave soit amené à la liberté, et vous serez les disciples du Christ qui a dit : « Que celui qui veut être grand soit le serviteur de tous », et vous serez les enfants de Dieu, du seul vrai Maître. Devant lui sont égaux ceux qui obéissent et ceux qui commandent. Et pourtant, ayant entre ses mains le règne et la puissance, il n'en est pas moins, dans le sens le plus étendu de ce mot, le serviteur des serviteurs : depuis les gouttes de sang dans nos veines jusqu'aux mondes géants qui roulent dans les cieux, toutes choses sont entretenues par ses soins.
Je me suis composé, au fond de mon souvenir, uue collection de braves gens, que j'ai eu le bonheur de rencontrer le long de la vie. Ils appartiennent à