KT LES
COMMENCEMENTS DU CUUISTIANISME
A\ ANT-PROï^OS
Pou tVliistoiros s<iiit nussi obscures et incertaines que celle des débuts du cbristianisme en rinule'. Il est l'ejntivemenf aisé de marquer ses commencements, d'où il es! venu, où il a paru pour la première fois, quels ont été ses premiers apôtres et ses premiers martyrs : mais si lOii cliercbe vei-s quelle (''porpie la relii^ion nt^uvellea cessé d'être la propriété exclusive d'un très petit groupe, ou plutôt celle de quelques fervents épars sur divers points de la (laulc: si Ton veut dire à
1. On ii";i voulu iiisciirc cii Irlc (h; ce li':i\;iil. i|ui csl sfulciucnl une |i('lil(! coiili'ibulioii à une «iriuulo élude, l;iili^ p;ir il'auli'es, ni une l)il)lic)tii;i|>liio rii'MiériIc ilc l;i (|uosliou, ni uiriiic une liste crMiiiilèli' lies (iu\ rii^cs (|u"(in ;i l'uiisullés, ini s'csl riiiileiili' ilr i-ilcr, ;ui |i;issat;t'. lis auleurs iihmIi rues aii\i|uils on l'inprunlail un ;u'^unient. une iuilii.-aliiin, nu l)ieli iin'oli m- pei inel lail île >'n|llre<lil'e.
(|uel moiiuMil, L'Ile est (leveiiuo In croyance nationale, la foi gauloise, c'est là (|ue paraissent les dinicultés vraies. 11 y a des documents, des textes, ecclésiastiques surtout; mais ils sont rares; qui pis est, ils ne s'accordent pas très bien ; aussi ontils donné matière à d'infinies discussions, et ce qu'ils peuvent contenir de vérité historique échappe forcément ; on lit à travers ces textes les commentaires et les théori^'S qui s'y sont édifiés plutôt que les textes mêmes.
Comme si la question n'était pas de soi assez ardue, il a fallu qu'on la (îompliquàt. L'histoire sans être, comme Maupassant le lui reproche, (( une vieille dame exaltée et menteuse », s'intéresse pourtant à la politique, et son j ugement quelquefois s'en trouve gêné. Surtout quand elle parle religion, elle touche trop aux choses du jour, pour n'avoir pas souvenir des luttes et des passions contemporaines ; la matière est trop irritable, pour que les historiens n'apportent pas d'autres sentiments que l'absolue impartialité et le respect unique de la science. Ainsi, tandis que les écrivains religieux ont eu tendance à embellir les débuts du christianisme, à faire de son expansion, surtout en Gaule, non pas un lent progrès, mais une vive explosion, d'autres historiens, moins bien disposés pour l'idée chrétienne, ont voulu retarder aussi loin qu'il était possible le véritable établissement de la religion nouvelle ; il semblait aux uns que plus ils montreraient son
antiquitô. plus ils rehausseraient sa valeur dogmatique' ; aux autres (lue le retranchement de deux ou trois siècles d'existence vaudrait autant contre le christianisme qu'un bon argument philosophique. Dès lors, on oublia vite que la question était uniquement historique ; et l'éternelle discussion sur l'apostolicité en Gaule des premières églises a été longtemps une querelle presque politique '.
On a pourtant regardé la ({uestion au point de vue scientifique. L'histoire était là poui- nous montrer comment les religions, anciennes ou modernes, se sont répandues : elle disait que le plus souvent, après un brusque élan au début. les progrès s'étaient ralentis et que la conversion d'une race, ou même d'une nation, avait voulu l'effort de plusieurs siècles : le christianisme était-il un phénomène à part? En outre, pour nous en tenir à la Gaule, il y avait autre chose que des textes ecclésiastiques ; et. lorsque M. Le Blant, en 185G, étudia les inscriptions chrétiennes de l'ancienne France, leur « chronologie, leur répartition « géographique, lorsqu'il introduisit dans le (( champ de la discussion, l'élément nouveau de « l'épigraphie' », il parut ([uc ses conclusions
1. « Autrel'(.)ison écrivuil l'iiisloirc religieuse non pas pour rai'OiiliT, mais i)Our prouver : i'iiistoire religieuse élait nue annexe (lt> lu théologie. » Renan, ('onft'roirc.-^ dWiirileterre, p. 70.
2. Hnutin, La coutntrcn^c do VapiiatoJit-iti'- ih'^ /\iili<:('.< ilc Fnniir (lu A7.V- Mè'-lt-, l- éililion, Paris, 1901.
;{. Mmiurl (l'Kjii'prijihi'- i/in-ticinic, Paris, IS()0, |t. ilT.
pouvnionl avoii' une oxnclitudc ot une pi'éeision presque scientifiques. « De celte (lislril)ulion nin- « téi'ielle des plus vieux monuments cinvtiens. (( jai (lu conclure, disait-il. <{ue les textes histo- (( l'iques, les écrits de Sulpice Sévère, ceux de « Grégoire de Tours, les Actes célèbres de saint Sa- « turnin disent vrai quand ils nous montrent, court trairenienl à ce que quel(iues-uns vont répétant. (( la foi se répandant peu à peu et tardivement « en Gaule ' ». Depuis, les historiens ont. en majorité, accepté cette manière de penser; on la trouvera en particulier dans un des travaux les plus récents, dans le tome de V Histoire de France publiée sous la direction de M. Lavisse qui a pour titre : Le chrislianisme et les barbares'. Toutefois, on n'y a peut-être pas été assez allirmatif : la rareté des documents explique d'ailleurs cette timidité. rt Si Ton s'en tenait aux éléments tirés des seules rt inscriptions datées, disait en 1869 M. Le Blant, rt il faudrait supposer la propagation nulle aux « trois premiers siècles, timide au \\\ grandisrt santé au V. et complète seulement à l'âge suia vaut. Chaque page de Thistoire repousse cette « apparen(.'e' ». C'est peut-être bien cette apparence qui est la vérité: et Ion voudrait apporter
1. Souveau RfncU /l'hii^cri^dion^ /■ln'êtiviuic.<, P;iris, 189-2, Préiiicp, p. IV : railleur reprend mol lutur uinl ci" ipiMl .lisait (l.ins la piéfaee du premier recueil.
2. On cile cet ouvrage, iilulùl ([iie hirii irautres, parce qu'il est le liliis récent.