Manuel iJ'Épiyrajj/iie chrétienne, p
ici à l'appui de la thèse, que M. Le Blant présentait en la rejetant, un texte ou plutôt une série de textes encore peu utilisés. Ce sont les oeuvres du poète Ausone.
On y a vu surtout les exercices, les tours de force poétiques, les longs délayages d"un rhéteur ennuyeux; et le peu d'intérêt de Tteuvre empêche qu'on aille y chercher tous les renseignements historiques dont elle est riche. Or, Ausone nous montre. ])ai' tout ce qu'il nous dit de lui et des siens, l'histoii'e h ti'avers plusieurs générations d'une lamille gauloise: en ajoutant ce que nous savons d'elle par ailleurs, nous verrons, en un exemple cai'actérlstiquc, le passage lent du paganisme au christianisme, surtout la résistance toujom's l'cnouveléc du paganisme, les dilhcultés où le christianisme s'est heurté, le temps (ju'il lui a fallu i)our avoii' une vraie victoii'C. A cette question générjde s'ajoutera un intérêt de détail : la religion d'Ausone est l'ijhjet, depuis longtemps, d'une disclission (fui dure encore, et je ne crois pas ({ue les conclusions acceptées aujoui'd'hui soient vraiment acceptaJjles.
LES PAREXTALIA DAUSONE
A part quelques poésies, qui sont pour la plu part des exercices de métrique sans intérêt, presque toute l'œuvre d'Ausone a été composée vers la fin de sa vie; du moins c'est à cette époque, très vraisemblablement, qu'appartiennent les textes dont nous aurons surtout à tirer parti. La valeur de leur témoignage n'est pas atteinte par là ; bien au contraire ; d'abord nous n'y trouverons point de contradictions, comme il y en a parfois entre les écrits d'un même auteur, composés à des dates éloignées. Puis l'intention qui poussa Ausone à écrire la plupart de ses poésies favorise singulièrement notre recherclie ; visiblement il a voulu parler de lui et de sa vie passée, à un moment où il était déjà trop âgé, pour que ses sentiments, ses passions, les influences du dehors vinssent en modifier la teneur ; il voyait son existence d'un seul regard, et la jugeait comme une (inivi'C achevée.
En l'année 379, âgé de soixante-dix ans, après avoir été professeur de grammaii'c. puis professeur de rhétoi'i((uo ;"i Bordeaux, enfin précepteur
impôri;il. ;i|ti'rs rtic «Icvcini rii (|iicl((iics nnnées, p;ir l;i idvcui' du pi'iiice. coiiiUî. (iiicslciii- <]ii l);il<ii^, pi'él'ol (les (iaiiles, Ausoiie fui 110111111(3 consul par romporeur Gratioii son élève. Ce fui IV'vêiienieiit capital de son existence ; lui. donl les (lél)uls avaieiii clé si Innnljles. qui élait resté si longtemps dans sa ciiaire de Bordeaux, aimé et admiré de ses disciples, mais sans vraie renommée, il sentit grandir en lui un tout autre personnage; le consulat était, alors encore, regardé C()mme la magistrature dernièi'C, le suprême lnjnneur. Mais cette dignité élait chose fugitive : Ausoiie voulut en consacrer à jamais la mémoire. Comme si lannée :^71) avait eu 1 importance dune date historique, il ccjinposa des Fastes qui allaient depuis la fondation de Rome jusqu'à son consulat '. Puis, sa carrière universitaire et adminisli'ativc étant désormais terminée, il se donna t(jut entier à la poésie, (pii lui permettrait de commémorer le grand événement et d'immortaliser son nom devenu si vite éclatant. Comme beaucoup de vieux professeurs, il ne voulut point se désintéresser des études (jui avaient été son métier et son bonheur : il voulut se continuer, se raconter, mais il y mit moins de modestie qu'ils ne font d'ordinaire.
1. Nous jtossédoiis Ites i/)(yrrt//n;(cj! qu"il avait coiiiiioscfs sur ce; Fastes; il calcule ainsi le leiiii)S écoulé de))uis lloniulus jusiiu'à lui Aiinis uiidecies ceatum conjuge ((uaternos Uudecies, uuiuuque super Irierida necte.
Or, peu fie temps avniil son consulat, en l'année 378. Julius Ausoiiius. son père, était mort à Tàge (le ((uatrc-vingtdix ans' ; la simultanéité de ces deux grandes circonstances de sa vie. un gi-and chagrin et une grande Joie, dut donner à Ausonc l'idée décrire ses Mémoires, ses Souccuu's : il voulut associer ses amis à la gloire qui lui venait si brusquement. << 11 réveilla les mânes de son <( aïeul, de son père, de ses professeurs, de ses (( amis p(jui' leui" appi'endi'e qu'il avait été « consul ' w et, comme la moi*t de son père était tout justement une occasion, il commeni;a par sa Inniillc (Test ainsi ((u'il comp(jsa V Kpiccdion in inih'ciH et l(js PnrcntaUa. « Cet opuscule, dit-il. '( n"a pour lui ni l'agrément du sujet, ni l'attrait « du titre : c'est l'inspii-atioii d'une piété doulou- '( reuse. un souvenir d'alTection à tous ceux qui « nr'étaient chei's et dont je pleure l;i [x'rte. (]e (( livre est intitulé loiParcnialia. d'après l'antiqu(^ « dénomination de ce jour consacré par Numa '( aux mânes des familles : le plus saint devoii' « de ceux (|ui sui-vivent est d'honorer la mé- " moire de ceux (|ui ne sont plus' ». Ausone repi'it dans ce livi'c, sons une forme littéraire et po(''ti- (pie, les vieilles ti'aditions de l'aristocratie romaine :
1. D'a|)rès \'h'j)ict'(/u>a in puin-in, vers (il : h; cliillVo est pcul-rlrt' un compte rond. Dans la Parentale, i, mis 'i, le. iioèlc donni! à son pure 88 ans (underuîs hinas vixil olynipiadas ; onze fois luiil ans).
"2. Œiioes (l'AiiiiinK-, liaduelioii Coipel : collt!i-lion Puuckourke, tome I, notice, p. I.