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LA RELIGION DES ANCÊTRES PATERNELS d'aUSONE
Une des filles de Cœcilius Arborius, /Emilia ^onia, fut, avons-nous dit, la mère d'Ausoné ; en effet, vers 308, elle épousa Julius Ausonius, médecin, sans grande fortune, semble-t-il. Quel était ce Julius Ausonius ? Quelles étaient les origines paternelles de notre poète ? Ausone nous renseigne fort mal là-dessus, alors que, pour tous ses autres parents, il a soin de nous indiquer scrupuleusement leurs ancêtres et les membres les plus proches de leur famille. Ce silence et cette obscurité ont lieu de nous surprendre ; ni dans VEpicedion in ^mlrem, ni dans les Parentalia. ni dans aucun autre passage de ses œuvres, il ne nous dit quel était son grand-père paternel ; en revanche, comme il attache un grand prix à la noblesse, il ne sest pas fait faute de nous vanter les origines sénatoriales de sa mère et de sa femme. On est dès lors en droit de supposer qu'il eût fait de même pour son père, s'il lui eût été possible. De ce silence embarrassé ne peut-on pas même tirer une conclusion désagréable pour la vanité d'Ausone? Les ancêtres
(le Julius Aiisoiiins (levaient iiavoir rien (lue de tiTîs liumbic. C'est d'ailleurs ce fjue confirme un passage de Y Action de Grâces prononcée par le poète, en 370, devant l'enfipereur Gratien qui l'avait nommé consul : « Je ne puis, pour attirer (( la (jonflance, montrer les images de mes anc(> « très, comme dit Marins dans Salluste;... mais (' ce que je puis citer, sinon vanter, c'est une « famille dont je n'ai pas à rougii*' (farnilicun non pœnitendam) w. C'est là une origine très iionorable, mais non illustre : il est fâcheux qu'Ausone s'en soit affligé et qu'il ait cherché, sinon à la cacher, du moins à n'en pas parler.
Le fait d'ailleurs n'a rien qui puisse surprendre ; bien souvent les professeurs, collègues d'Ausone, avaient d'humbles parents; la plupart étaient sans fortune, et les édits impériaux, qui les dispensaient des lourdes charges municipales et leur accordaient de grands avantages, ne servaient pas seulement à rehausser leur considération ; les universitaires gaulois avaient besoin de ces ressources pour vivre décemment. Quelques-uns même étaient fils d'esclaves ; c'est du moins ce qu'on peut lire à travers un texte d'Ausone. Dans les éloges qu'il consacra aux
1. Act. G)r(t., VIII, :W. Non |iOs^suni lidei causa osteudere Jiuagiiios DiajoriiDi meoruin, ut ait apud Sallustium Mariu?, uec deductuni ab lieroibus genus.,. sed ea, quœ nota suut, dicere potius quani [)vxilicare; patriaui non obscurain, lamiliani non jiœnitendani, donuini innocentem, innocenliani non coactani, angustas opes. Voir Ep'u-e- (Ilo», 7, ce qui est dit du peu de fortune de son i)ôi'e.
professoiii'.s de Bordeaux, il nous dit de Ci'ispus, grammairien latin, et d'Urbicus, grammairien grec, que tous deux étaient des affranchis, mais qu'ils mériteraient d'être de naissance libre'.
Le silence d'Ausone sur ses origines paternelles autorise toutes les suppositions; je demande à présenter ici une conjecture assez vraisemblable. Parmi les vagues renseignements que le poète nous donne sur son père, il en est un, vraiment singulier, qui n'a pas été relevé jusqu'ici, ou du moins mal interprété. « Je parlais difficilement en latin, lui fait-il dire dans « VEpicediuii in patrem \ mais la langue de l'Atti- « que me prétait pour m'exprimer d'élégantes « paroles '. » Julius Ausonius aurait-il donc été d'origine grec([ue? Disons tout de suite qu'il ne s'agit pas de faire de Julius Ausonius, lui-même, un Grec : nous savons en effet qu'il est né, vers 290, à Bazas ', dans la basse vallée de la Garonne ; mais n'est-il pas permis de supposer que son père (Au son e nen dit mot) était, comme tant
1. Prof., XXI, "27. Libertl ainho t/cnit^, t^eiJ quos raeruisHC ilecertit Nancisci ut ckiereiit )>atiibus ingeiiuis. A vrai dire, Ufx'rti est une c.oiTection de Sclieiikl (pour liberi et ambo^, très vraiscniblablo, iiaii-c ([ue, sans elle, le reste de la i»lu'ase ne peut s'expliquei-. Mèiiu; sans celte correction, il ressortirait du texie que certains professeurs n'étaient pas de; naissance libi-e.
2. Kpicedion, 9. Sernir)n<f iniproniplus lalio, \rruni allica iinj;iia Sullexil cuiti vocibus el()((nii.
!i. Pour([uoi M. .Iidlian écril-il liernf /ii.<i'»-l']iic, \i,\ u, yiW : « Son père parlail mal le ialin ; le j;aulois était sans doute su langue familière»? Le tcxie dil que .iulius Ausonius parlait grec.