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CONDUITE A TENIR A VIENNE

Le mioislro plénipolentiairi! du Roi niellra son attention à prouver la bonne intclligonce qui subsiste enlro iea cours do VanailliMS ul de Madrid, par la manière dont il vivra avec le miaUtre du roi d'Espagne; ceux de Suède > de Danemark et de Russie exig;enl, dans les rirconstancos présentes, les plus grands ménagements.

II y a apparence que lorsque le comte d'Estrées sera arrivé à Vienne» la Russie aura acctulé au traité do Versailles et que l'Europe en sera instruite; cv ministre réglera avec les étrang^erH sa conduite et ïion langage d'après oette circonstance.

Le f^mte Canale, ministre du roi de Sardaigne ', no doit éprouver di^ la part du comte d'Estrée» que les simples politesses qu'exige l'étroile parenté du Roi avec Sa Majesté Sardo; une |ilus jurande liaison pourroit être susceptible d'inconvénients. Le ministre do Hollande doit être cultivé avec soin et prudence. Pour C4UX d'Angleterre et de Hanovre, il suffit, dans les rencontres, d'avoir pour* eux des égards de bienséance qu'un François no refuse pas m^me ^i ses ennemis.

bAu reste, on est persuadé que la cour de Vienne s'emprea- I do marquer au ministre plénipotentiaire du Roi non seulell les distinctions ordinaires, mais aussi des attentions plus marquées et plus flatteuses qui prouveront que son union avec le Roi lui est chère.

11 y a apparence que l'Empereur HenlrehiMulra familièrement

eec ic comte d'Estrées. Ce prince, dont la probité, la boulé et les riu8 »oat aussi reconnues en France que dans l'Empire, a toujours désiré devoir établir le système d'union qui lie aujonrhui les deux cours.

Le comte d'Estrées ne saura trop assurer ce prince do la nnuiss^mce parfaite que le Roi et son conseil ont eue de ses ositions et do ses sentiments à ce sujet, et en lui peignant oc de» couleurs vraies, la sincère amitié que le Roi professe k n éganl, le comte d'Entrées doit envisager eonime im des iinl>^ Ir plus essentirl de ses instructions, de presser et d'obtenir

roi da 8ardsig^«, Cbarlet-BamaDuot III, né en I70t, roi en 1130, mourut

m LE COMTE D'ESTRÉES, 17D6.

promplomonl de lui l'accession au traité de Versailles en sa qualité de grand-duc de Toscane.

Il munqueroil un lien essentiel k l'union et à la parfaiti' correspondance des deux cours si l'époux de l'Impératrice et le chef de l'Empire ne donnoit pas l'exemple aux autres princes Je l'accession à ce traité.

Mais comme la commission dont lo comte d'Estrécs est chargé auprès de la cour de Vienne a pour objet principal de concerter avec elle les plans et les opérations militaires, et que les affaires politiques, ainsi qu'il a été dit, sont traitées en France par le comte de Slurhemberg, le ministre plénipotentiaire du Roi évitera avec soin non seulement de discuter les affaires politiques, mais même de montrer au comte de Kaunitz et autres ministres de l'Impéralrice-Reine aucune curiosité à cet éçard, ni de laisser soupçonner que sa commission s'étende au delà des articles contenus dans ses instmctions où l'objet politique u'est traité que dans les seuls points qui ont une relation essentielle avec l'objet militaire.

Le comte d'Estrées doit donc solliciter et presser laceriisioa de l'Empereur au traité de Ve-rsailles plutôt en courtisan qui connoU l'esprit et les sentiments de son maître^ qu'en miaistr? chargé de cette négociation, laquelle est déjà entamée et dont il importe seulement de hâter le dénoùment.

C'est dans le mêmr esprit que le niinislrt- du Roi, dans les entretiens qu'il aura avec le comte de Kaunitz, lui fera sentir combien il est nécessaire que l'Empereur donne des ordres précis à ses ministres en Toscane pour que la régence de ceX État affiche à l'égard des Anglois moins de partialité, et que les sujets du Roi y soient traités avec plus de justice et d« faveur.

Si une occasion toute naturelle se présontoit de loucher quelque chose sur cet article avec l'Empereur, en observant de ne pas porter des plaintes formelles contre M. de Richecourl. principal ministre de ce prince à Florence et pour lequel l'Emp^ reur a une prévention trop aveugle, le comte d'Estrées pourroi' le faire sans affectation ni sans prendre un ton trop sérieux. Lw lettres du consul de France à Livourne, dont M. le garde des

POl.mOnE r.ÉNÉRALE.

,ux fera délivrer une copie, mottronl au fait le comte d'Estrées ce point intéressant, dont il pourra parler encore plus efficacement à l'Impératrice et au comte de KaunïLz. Il seroit incroyable ■d'imaginer que l'escadre de l'amiral Hauke pût être reçue cet IkiverdaQ.H les ports de Tosc^ine.

Dans la première audience que rimpéralrice'Reiiie accordera

Au comte d'Estrées et dans toutes celles que cette princesse lui

donnera dans la suite, il doit avoir pour principal objet delà con-

Émncre do la véritable amitié, de la pleine confiance et do la

''haute estime que Sa Majesté a pour elle, de la vénération du

Conseil du Koi pour ses grandes vertus et ses lumières, de

l'amour, co n'est pas trop dire, que la nation françoise a montré

^pour cette princesse depuis la publication du traité de Versailles,

et du zèle ardent que tout le militaire fait paroitre aujourd'hui

BMur la venger.

w Le Roi gémissoit depuis longtemps que les préjugés de la

WKylitique s'opposassent à l'établissement d'un système qui satis-

iaisoil son cœur et qui lui paraissoit plus propre qu'aucun autre

à maintenir la vraie religion et la paix générale, et à resserrer

dans les bornes de leur Etat et de leur puissance Pambilion de

chaque prince. Plus ce système étoit conforme aux sentiments

du Roi , plus Sa Majesté désire aujourd'hui d'en affermir les

fondements et de traiter toujours avec l'Impératrice dans le con-

èert le plus intime et la confiance la plus parfaite. Le Roi, en

toute occasion, pensera en grand prince et agira en ami fidèle

mour tout ce qui pourra contribuer à la sûreté, aux avantages

kl à la gloire de l'Impératrice.

r II désire que les choses en viennent au point que la négofCiation soit inutile entre les deux cours et que l'amitié produise ntre elles le même elfet que le concert de deux familles bien nies.

L'lm|»ératrice a beaucoup d'esprit, de courage et d'application o.x affaires, et elle sait mettre tant de grAces dans ce qu'elle dit i dans ce qu'elle propose, que le Roi avertiroit son ministre de te défendre du charme qui est attaché h ses discours, s'il n'étoit )>«rsuadé que la séduction qu'elle voudra bien employer avec lui n'aura pour objet que le plus grand avantiige des deux cours.

348 LE COMTE D'ESTRÉES, I75ft.

Le parti g-énéreiix que la rL>ine de Hongrie a pris de twltr les derniers efforts pour secourir le roi de Pologne, élecleurdc Saxe, les oiïres qu>lle lui a faites, les secours qu'elle lui a envoyés, sont de ces traits qui dévoilent et caractérisent la grandeur de son Ame et de son courage. Mais le comte d'Ëstrées, qui est à portée de sentir mieux que personne combien il importe à l'Impératrice que ses généraux préfèrent lu défensive de la Bohême à des actions de guerre toujours douteuses, ne satiroil trop insister & Vienne sur la nécessité d'employer celte méthode jusqu'à ce qur la France et les forces de Russie se soient mises en mouvement.

Il faudroit d'ailleurs être bien assuré que la Porte Ottomane, excitée par l'An{<leterre, {gardera avec les deux impératrices une exacte neutralité pendant la durée do la guerre.

Tout ce qui pouiToit donner à cette puissance le moindre prétexte d'altii([iier hi Russie ou de menacer les Étals hiTéditaires de rimpératrice, doit êti*e évitéavecle plus grand scrupule. Cette même considération doit engager les deux cours aux plus grands ménagements pour la république de Pologne, la diversion des Turcs étant le véritable obstacle qui ()eut déconcerter les mesures respectives de la cour de Vienne et de ses alliés.

C'est dans le même esprit que le comte d'Estrées doit s'expliquer par nipport aux puissances protestantes, dont il est si intéressant de prévenir les associations et les ligues.

Lorsque l'Espagne sera mise sur le tapis, le ministre du Hoi évitera soigneusement de se plaindre de sa conduite; il u'allribuera qu'à la prudence le système d'inaction qu'elle a observé jusqu'à aujourd'hui.

D'après lu connoissance que nous avons de l'amitié siocèri' du Roi Catholique pour le Roi son cousin et de la liaison élroil* qui subsiste entre; l'Impératrice et la reine d'Espagne, le comte rl'Estrées no paroitra avoir aucune crainte, ni aucun doute que la cour de Madrid ne s'intéresse bientôt dans une guerre allumée par l'ambition de l'Angleterre et du roi de Prusse qui voudroîenl gouverner despoliquement l'Europe entière. *

A CCS instructions générales qui doivent diriger la conduite

GUEHRE AVEC L'ANGLËTËR HE.

propos du minisire Ju Roi, il est nécessaiiv d« joindre les instructions plus particulicros sur les véritables objets de sa lÙBâion et sur les détails essentiels dans lesquels il doit cnixer ^matière soit avec Flmpératrice, soit avec ses ministios. ■ Quoiqu'il ne paroisse pas vraiserahlable que tout le conseil n Vienne soit également favorahte au systèmn iFunion dca i&ux cours, cependant Sa Majesté n'a point de vérilablo sujet

ksc défier des intentions d'aucun de ses membres, et le comte Ssirées doit toujours partir avec eux du point de confiance qui est solidement éUibli dans le conseil de Versailles pour leur façon de penser et leurs principes, et ne pas oublier d'assurer positivement Leurs Majestés Impériales que tous les ministres ilu Roi n'ont qu'un même système et un même esprit pour le mamlien de l'alliance qui vient de se conclure entre les deux puissances.

Mais de tous les ministres de l'Impératrice, le chancelier est celui qui mérite le fdus les attentions, les égards et la confiance liu plénipotentiaire du Roi. Sa Majesté se souvient avec plaisir Je l'ambassade du comte de Kaunitz el de l'esprit dans lequel il

rit venu en France.

Lui seul pouvoit exécuter le grand ouvrage qui vient d'être Lchevé, non seulement à cause de la confiance entière dont

Eipératrice l'honore, mais parce que lui seul en avoit bien i 1m avantages et la nécessité.

Plua ce nouveau système politique lui appartient, plus il est Iressé à le soutenir, non seulement contre les etTorls deseiineaïs des deux cours, mais contre les cabales et les jalousies de ||Mropre8 envieux.

^^B) comte d'Ëstrées peut avancer hardiment au chancelier, ^^Pla franchise d'un militaire qui ne sait point liét^tiiser ni B^Br la vérité, que l'union des deux cours dépend princi|>alement de la conduite qu'elles liendronl vis-à-vis de leurs amis el leon eonemis respectifs.

Les ménagements sur ce point pendant la durée do la guerre

Ile ne pourroient produire que dos soupçons. Sans l'Angleterre, en elfel, le roi de Prusse n'auroît pas iquc l'Impératrice : la eour de Londres veut arranger ses

aSO Li: COMTE D'ESTRÉES, 1786.

affaires en metlant en ronfugion celles de ses voisins. C'e&i .vnn essenliellemt'nl pt effioacpnn'nt rimp»*ralricc que d'ôtcr l«s ressources k une puissance qui ne les emploie que pour diviser el armer tous les Etats de l'Europr,

L'objet principal des deux cours doit ôtre par conséquenlde forcer celte puîssauce à la paix^ et aucune autre mesure nedoil dérang^er le syslfeine qui conduit à c^tte fin.

Cependant le Roi ne seroil pas dispensé d'accorder à l'Irapératricc les secours auxquels il s'est obligé par des traités, et qui seront toujours plus abondants, quand ils ptirtiront de son cteur, de son amitié et de sa confiance, que lorsqu'ils seront ilécidésel fixés pai' ses obligations.

Plus la cour de Vienne entrera avec intérêt dans la situation où le Roi se trouve aujourd'hui, plus cetle cour conswtira à ce qui est de notre convenance, plus elle veillera ài la consemilion et à la subsistance de nos troupes, plus aussi le Roi sera disposé à on accroître le nombre et à en augmenter la force.

Il s'oubliera d'autant plus volontiers lui-même en faveur de ses alliés qu'ils se montreront plus occupés de ses intérêts el plus sensibles au bien de son royaume.

Quoique ce soit du ministre de la guerre que le comli' d'Estrées doive recevoir les instructions les plus amples pour faire connoîtrc et sentir à Tlmpératrice Tinutililé pour elle elle dommage et le dang-er qui en résuHeroient pour la France d'envoyer le secours do vingt-quatre mille hommes en Moravie, la politique li cet égard a une relation si intime avec la gfaerre. qu'on ne se dispensera pas ici de toucher sommairemeul ki principales raisons que le comte d'Estrées doit employer pour persuader cette vérité à la cour do Vienne.

On ne traitera point ici les inconvénients nécessaires d'une marche de trois cents lieues entreprise au commencement 4*' l'hiver, ni les difiicultés de tout ce qui concerne les subsistance^' les logements et les hôpitaux; ou s'arrêtera k de plus importantes considérations.

Le Roi ne peut pas en même temps menacer l'Anglplerw par une armée nombreuse répandue sur plus de tleiix cent* lieues de côtes, protéger ses alliés d'Allemagne qui trembleol

OPÉRATIONS MILITAIKES.

.loi

<iéjÀ iiu seul aom du roi de Prusse, concourir au maintien du

fiyslëme germanique ilonl le Roi est garant, rassurer et fortifier

pnrli républicain en Hollande, défendre Minorque, la Corse,

'Amérique, les Indes, le Dauphiué, le Languedoc, la Provence,

garnir ses places frontières et envoyer vingt-quatre mille hommes

m Moravie auxquels il faudroit faire passer conlinuolloment des

recrues et des remontes qui énerveroient le reste do nos forces.

Une armée de cinquante à soixante mille hommes assemblée

ir les bords du Rhin et une seconde armée de trente mille

qui se porteroit en Flandres pour passer quand il en seroit

temps dans les Pays-Bas, pourroient donner à la cour de Vienne

de plus grandes espérances et une preuve plus éclatante de la

pjésolution où le Roi est de la secourir et de la venger.

Le comte d'Estrécs fera sentir à la cour de Vienne quel parti peut tirer de ce plan soit pour s'assurer des princes do TEm- Hre et de leurs troupes subsidiaires, soit pour attaquer les Etats ndu roi de Prusse dans la Westphalie, soit pour pouvoir se joindre aux armées de l-icurs Majestés Impériales en traversant rélectorat de Hanovre et en entreprenant le siège de Magdebourg, moyen unif|ue et infaillible do secourir ou du moins do venger la Saxe.

IPar co système, les Pays-Bas sont défendus, la (loUando est ^Due en respect, les plus grandes et les plus heureuses diveriîons sont opérées, et la guerre entreprise avec vigueur doit être ptussi plus tôt terminée , an lieu que les secours médiocres épuisent presque toujours à la longue la puissance qui les ^fournit et n'assistent que foibiemenl celle qui les reçoit, ^P Dans les entretiens que le comte d'Estrées aura avec Flmpéralrice et son principal ministre, il insinuera adroitement que

Iie Roi, qui prépare de si gnmdes forces contre l'ennemi do la Bourde Vienne, a lieu de s'attendre que rimpémtrice, en lui coupant la garde d'Ostende et de Nieuport, lui donnera à son tour quelques facilités pour nuire à l'Angleterre; qu'un procédé si àoste et si convenable seroit regardé par la nation comme une ipèce de dédommagomeiil do la dépense d'une guerre dont elle avoît cru être sauvée par le traité de Versailles et dont elle voit lire avec peine les préparatifs.

LE COMTE O'ËSTRÉES, il!>6.

Les doux cours étant une fois d'accord sur les objets politiquos, le plan de lu campagne, d'après ce canevas, seroil aisé à concerter, et c'est ce que le Roi attend du séjour du comte d'Eslrécs à Vienne. '

11 faut que les mesures soient prises promptement do part et d'autre, afin que rcxécution du projet ne traîne pas eu longueur.

La confiance, la réciprocité et une juste égalité dans les efforts et dans les avantages respectifs doivent présider à un concert qui décidera bientôt de la paix générale et qui peut rendre les deux cours les arbitres de TËurope.

Ce tableau présenté dans tout son jour ne peut manquer de consoler la cour do Vienne de l'absence d'un secours qui arriveroit à moitié détruit en Moravie.

Si cependant l'Impératrice persistoit dans sa première demande, le comte d'Estrées prendroit sur cela avec cette princesse les arrangements nécessaires; mais le Roi se verroit forcé alors d'abandonner des mesures décisives pour le succès do la guerre qui %Tient de s'allumer; c'est ce que le comte d'Estrées ne manquera pas de représenter avec force.

Au reste, il rendra un compte exact au ministre des affaires étrangères de tout C/C qui peut intéresser le service du Roi.

Il ontrelicndra un commerce suivi avec les ministres do Sa Majesté en Allemagne; il s'instruira i)ius pai'ticulièrement des forces que le roi de Prusse compte opposer à celles do la Russie, de l'étal do ses places dans la Prusse ducale et dans la Poméranie, objets sur lesquels le Roi n'a pas été suffisamment éclairé jusqu'à présent.

Pour assurer le secret des correspondances du comte d'Esti'ées, on lui remettra deux tables do chiffre, l'une intitulée ordinaire pour sa correspondance avec le ministre des affaires étrangères, et l'autre intitulée reserve, dont il ne se servira que pour les choses qui lui paroitront exiger le plus grand secret.

Le sieur Ratte, chargé dos alTaires du Roi à Vienne, remettra aussi au comte d'Estrées à son arrivée à cette cour deux autres tables de chiffre, Tune pour les pièces qui lui seront communiquées pour être envoyées ici, et l'autre table de chiffre, pour la

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