‹ Autant en emporte le ventChapitre 1 sur 8 · L'INVESTITURE · texte numérisé non relu

L'INVESTITURE

Nous longerons la grille du parc, A l'heure où la Grande Ourse décline; Et tu porteras — car je le veux — Parmi les bandeaux de tes cheveux, La fleur nommée asphodèle.

Tes yeux regarderont mes yeux ; — A l'heure où la Grande Ourse décline.

Et mes yeux auront la couleur De la fleur nommée asphodèle.

Tes yeux regarderont mes yeux, Et vacillera tout ton être, Comme le mythique rocher Vacillait, dit-on, au toucher De la fleur nommée asphodèle.

Les courlis dans les roseaux !

(Faut-il que je vous en parle, Des courlis dans les roseaux ?) O vous joli' Fée des eaux.

Le porcher et les pourceaux !

(Faut-il que je vous en parle, Du porcher et des pourceaux ?) O vous joli' Fée des eaux.

Mon cœur pris en vos réseaux !

(Faut-il que je vous en parle, De mon cœur en vos réseaux ?) O vous joli' Fée des eaux.

On a marché sur les fleurs au bord de la route, Et le vent d'automne les secoue si fort, en outre.

La malle-poste a renversé la vieille croix au bord de la route. Elle était vraiment si pourrie, en outre.

L'idiot (tu sais) est mort au bord de la route. Et personne ne le pleurera, en outre.

Vous, avec vos yeux, avec tes yeux,

Dans la bastille que tu hantes !

Celui qui dormait s'est éveillé

Au tocsin des heures beuglantes,

Il prendra sans doute,

Son bâton de route

Dans ses mains aux paumes sanglantes.

II ira, du tournoi au combat,

A la défaite réciproque;

Qu'il fende heaumes beaux et si clairs.

Son pennon, qu'il ventèle, est loque !

Le haubert qui lace

Sa poitrine lasse,

Si léger ! il fait qu'il suffoque.

Ah, que de tes jeux, que de tes pleurs

Aux rémissions tu l'exhortes,

Ah laisse ! tout l'orage a passé

Sur les lys, sur les roses fortes.

Comme un feu de flamme

Ton âme et son âme,

Toutes deux vos âmes sont mortes.

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