‹ Autels mortsChapitre 1 sur 177 · LIBRAIRIE PLON · texte numérisé non relu

LIBRAIRIE PLON

PLON-NOURRIT et Cie, IMPRIMEURS-ÉDITEURS

8, RUE GARANCIÈRE 6e

Tous droits réserves

Droits de reproduction et de traduction réservés pour tous pays.

PRÉFACE

« Les Autels morts » sont une œuvre de psychologie vraie.

Plus que le charme pénétrant du style ; plus même que ce souffle de patriotisme ardent qui passe comme en rafales sur le lambeau de terre aveyronnaise où l’auteur fait vivre son héroïne, ce trait mérite d’être signalé.

M. Reynès-Monlaur a osé une entreprise difficile. Elle a voulu écrire un roman qui fût en même temps l’analyse exacte d’un cas de conversion.

Idée féconde et bienfaisante, car si le roman est un drame, où donc trouverait-il,

pour renouveler ses thèmes, une matière plus riche, plus neuve et plus belle que dans ces crises d'âme d'où l'être moral sort transfiguré ?

Mais, par ailleurs, la conversion, à raison de la complexité des éléments quelle comporte et, surtout, du rôle que la grâce divine y occupe, demande à ses interprètes un genre spécial de perspicacité.

Le romancier peut, à sa guise, imaginer des situations, construire des personnages. Il le peut d’autant mieux que les convertis se recrutent parmi tous les rangs de la société, et partent de tous les points de l’ horizon humain. Mais il doit se souvenir aussi que le futur néophyte est en marche vers un monde invisible qui règle peu à peu le rythme de ses ascensions aux sommets lumineux de la foi. Et parce que ce domaine, où l’action de Dieu et

PRÉFACE

l’activité de l’homme se mêlent mystérieusement, nous est moins familier que celui des passions et des sentiments terrestres, il faut, pour l'aborder avec sécurité, un sens très averti des réalités de la vie surnaturelle.

Il ne me semble pas — bien au contraire — que M. Reynès-Monlaur ait trahi un sujet digne de tenter son beau talent d’écrivain catholique.

Depuis longtemps d’ailleurs elle s’y était essayée. On pourrait dire que la presque totalité de son œuvre est inspirée par le désir de surprendre le secret de ces divines transformations qui donnent à Jésus-Christ les âmes anxieuses, douloureuses, avides de lumière et de pureté .

« Le Rayon », « Ils regarderont vers Lui » : ces titres n évoquent-ils pas déjà, à l aurore du christianisme, le souvenir des victoires remportées par la grâce conqué-

rante du Sauveur? Et ce délicieux « Songe d’Attis », tout imprégné de visions grecques, qu est-il, sinon un récit de conversion? Et « les Paroles secrètes », dont le présent ouvrage est la suite, que racontentelles sinon Vhistoire d’une âme déjà sanctifiée mais que l’horrible épreuve de la guerre grandit encore et convertit à l’amour du sacrifice et de l’immolation?

Aujourd’hui, M. Reynès-Monlaur reprend à nouveau ce thème dont elle ne saurait ni se lasser ni lasser ses lecteurs, parce quelle apporte à le traiter une richesse d’invention et une souplesse de plume étonnamment fertiles.

Nous avons quitté le Golgotha, abandonné les rives enchanteresses du Nil, délaissé le doux ciel d’Athènes. Le bruit infernal des canons qui naguère accompagnait « les Paroles secrètes » ne nous arrive même plus que de loin. Le cadre austère

PRÉFACE

d'une vieille abbaye, le lourd silence de la campagne, la monotonie d’une existence sans relief extérieur : on devine, dès l’abord, que s’il y a crise, elle sera tout intime.

Et l’on a deviné juste. L’auteur des « Autels morts » n’a pas écrit de pages plus profondément intérieures que celles-là.

Abbaye, campagne, monotonie des jours enveloppent comme d’un vêtement immatériel la pensée, le cœur, l’âme de Claude Harteveld. Le drame religieux se noue, éclate, s’achève. Et il est si vrai, si divinement et si humainement vrai, que l’on ne sait plus si l’auteur rapporte une histoire réelle, vécue ou si elle projette au dehors une création de son génie.

En fait, l’une et l’autre de ces deux impressions sont fondées.

M. Reynès-Monlaur n’a point tout inventé. Elle décrit d’après nature . Claude Harteveld, réveillée de son rêve païen

devant la cathédrale de Reims en feu, libre-penseuse nourrie de Kant, caractère entier et dominateur, subjuguée par la grâce après de terribles luttes, n est pas un mythe. Elle a existé. Elle vit encore. J’ai sous les yeux les fragments de son autobiographie, comme aussi l’image de cette abbaye où elle écoutait les voix d’antan.

Et l’on me permettra d’affirmer que M. Reynès-Monlaur a su tirer un merveilleux parti de ces notes, de ces poèmes dont plusieurs ont passé textuellement dans son ouvrage.

Mais, d’autre part, elle a su ordonner, adapter et actualiser ces précieux documents avec un art et un tact dont sa foi et son expérience de la vie chrétienne, autant que son talent, ont été les guides toujours sûrs, toujours fidèles.

Je n’ai pas cru devoir prévenir la curiosité du lecteur par la sécheresse d’un

PRÉFACE

résumé inopportun. Le livre est sous ses yeux. Qu il le lise et se laisse gagner à son charme. Parvenu à la dernière ligne , il remerciera l’auteur de lui avoir révélé la beauté d’une âme, et la bonté infinie du Dieu Rédempteur.

Th. Mainage, O. P.

Page 1