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CHAPITRE PREMIER

Le train s’arrêta en rase campagne. On n’apercevait ni un village, ni un hameau dans ce coin perdu de l’Aveyron. Seule, une tour croulante, dernier vestige d’un château fort démantelé, dominait la gare minuscule. Claude sauta lestement à terre, son léger bagage à la main. Personne, sur la voie, ne l’attendait : aucune voiture ne stationnait au dehors. Le chef de gare referma la portière, tandis que les deux hommes d’équipe, qui formaient tout le personnel de la Compagnie

du Midi, se hâtaient vers le fourgon des bagages. Une minute d’arrêt. Le train repartit, en soufflant.

Claude hésitait, désappointée.

— Il y a longtemps qu’on ne vous a vue dans le pays, mademoiselle Harteveld, dit bonnement le chef de gare.

— Je ne suis passée qu’une fois depuis la guerre, monsieur Servat, répondit-elle. Mon service d’ambulance ne me laissait pas de loisirs. Personne n’est venu de l’Abbaye?

— Pas encore; et je ne distingue rien sur la route. Vous aviez averti, cependant?

— J’ai télégraphié de Paris, hier matin.

— Oh! si ce n’est qu’hier, les dépêches, avec la guerre, mettent facilement trois jours. On ne dit rien de nouveau à Paris?

— Rien. Tout le monde est dans l’admiration de cette victoire de Champagne, naturellement.

— Il est sûr que vingt mille prisonniers!

— Vingt-trois mille, rectifia Claude.

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