‹ Autels mortsChapitre 142 sur 177 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

luttaient avec acharnement. Aucun autre détail ; rien de moins précis ; cette lettre, sans date, selon l’habitude paysanne, pouvait être antérieure aux dernières cartes troublantes, reçues à l’Abbaye; elle devait l’être :

— Je me suis trop hâté, observait le vieux prêtre. Je voulais être rassuré, et je vous aurai troublés inutilement. Lisez vous-même ce que m’écrit Biot.

— Il ne dit rien, et il dit tout, remarqua Claude tristement en rendant la lettre, après l’avoir lue et relue, et tournée dans tous les sens. Si on ne les relève pas dans ce bois, ils sont perdus.

— Il y a mille façons de se sauver : la nuit, des trous d’obus, une pointe en avant qui vous délivre, observa le curé compatissant. Et quand le pire serait arrivé, quand on les aurait encerclés...

— Ils ne se seraient pas rendus, dit-elle, je les connais bien.

— Mais tout peut arriver, une blessure

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peut les avoir immobilisés, hélas! jusqu’à l’arrivée de l’ennemi...

— Oh ! ils ont leurs revolvers...

Le vieux prêtre l’arrêta d’un geste grave :

— Georges sait — et je suis sûr que M. Bonnier sait aussi, — que la vie et la mort n’appartiennent qu’à Dieu.

Il y eut un silence. Claude entendait son cœur battre à grands coups, non de révolte et de colère, devant un blâme aussi direct, mais d’un besoin éperdu de crier l’extrémité de sa détresse et de supplier le vieillard de lui pardonner ces mots désespérés, de l’aider... Le curé ne vit pas, ou ne comprit pas, choqué peut-être encore par cette parole impie. Il poursuivit :

— N’avez-vous personne qui pourrait vous renseigner à Verdun ?

— Je vais télégraphier à sœur Claire...

— Pensez-vous que les dépêches arrivent p! us tôt que les lettres ?

— J’essayerai, dit-elle avec agitation, et j’écrirai en même temps. Mais je ne suis pas sûre qu’elle y soit encore.

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