‹ Autels mortsChapitre 141 sur 177 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

exprimait le même acte de foi que les grandes cathédrales que Ton élevait ailleurs. Il marquait et honorait, à sa manière, la présence de Dieu. Et là-bas, et ici c’était l’autel habité, mystérieux et vivant, où les dehors n’étaient rien, ou l’Hôte divin était tout. Ainsi qu’autrefois à Saint-Germain-l’Auxerrois, Claude le sentait maintenant, mais de quelle façon différente! Ce n’était plus une question, mais une affirmation. Pour ce prêtre, Il était là... ce colloque, avec le Dieu qui se cache, la pénétrait d’effroi, la bouleversait.

Oh ! Lui parler comme le prêtre, dans les certitudes de la foi, jeter dans Ses mains son âme lourde, pleurer là les larmes qu’elle ne pouvait pleurer devant personne! ... Et elle répondait au nom répété comme un mot d’amour, a O Jésus », par la clameur désespérée : « Faites que je voie!... Aidez mon incrédulité! » sans avoir conscience qu’elle priait.

Elle traversa la petite place et tira la cloche du presbytère. Tout absorbée qu’elle fût, elle suivit machinalement la mimique de la sœur du curé, sorte de fée Carabosse à demi paralysée qui l’accueillait, hostile, les yeux ronds d’étonnement, et appelait son frère. « La demoiselle de l’Abbaye! La demoiselle de l’Abbaye! », du ton dont elle aurait annoncé le bœuf gras... Dès que le prêtre parut, la netteté des renseignements à demander rappela tout à fait Claude à ellemême. Non. Le curé ne savait rien de nouveau. Il n’avait reçu aucune lettre de Georges : un mot seulement de l’un de ses paroissiens, Biot, de la place, disant que le régiment était décimé, qu’on n’avait pas repris encore le petit bois, où, depuis deux jours, une partie des hommes, avec les chefs qui restaient,

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