‹ Autels mortsChapitre 144 sur 177 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

Elle se réveilla au milieu de la nuit, d’un sommeil agité, coupé, haché de plaintes. Un cauchemar succédait à l’autre; Georges mourait; Abhram l’appelait au secours, lui demandant un regard, seulement un regard, avant de fermer les yeux sous les doigts de sœur Claire; des Allemands, ivres, envahissaient la vallée...

Ses propres gémissements l’éveillèrent.

Elle se dressa sur son séant, les yeux grands ouverts sur la masse sombre des arbres. Elle seule veillait dans la vieille abbaye immobile; autour d’elle tout dormait au sein d’un merveilleux silence... Mais le bruit de l’eau qui tombait, là-bas, l’attirait avec insistance,

mêlait à ce repos le rappel d’une fuite éternelle...

En même temps qu’elle prenait conscience des alentours, Claude retrouvait le fardeau des douleurs anciennes aggravé d’un remords... et quel remords!... Il brisait l’armature d’orgueil qui la soutenait jusque-là, jetait bas les forces factices, l’anéantissait. Mille craintes imprécises, incertaines s’emparaient d’elle, l’entouraient comme des fantômes glissant dans la nuit. Où était-il? Mort ou vivant? Par quelles agonies avait-il passé ? Par quelles douleurs? Et ces douleurs de cœur ou d’âme, elle les accroissait! Qu’avaitil dit? Qu’avait-il pensé d’elle s’il s’en allait ainsi, seul, ou, au contraire, entouré d’ennemis? Elle revenait toujours vers Abrham, celui qui, comme le dit Shakespeare, lui était plus cher que dix mille frères; Georges, l’ami de son enfance et de sa jeunesse, trouverait dans sa foi, elle le sentait instinctivement, tous les réconforts... Mais, pour Abrham hésitant, incertain, que deviendraient devant

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