‹ Autels mortsChapitre 145 sur 177 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

les grandes réalités de l’abandon et de la mort, les attraits vagues qu’elle avait essayé d’ébranler? Il ne l'appellerait ni pour consoler son cœur qu’elle avait méconnu, ni pour fortifier sa foi dont elle avait ri. Et peut-être passaitelle comme un doute suprême entre cette âme tremblante et Dieu... Oh! que faire pour lui? A qui recourir? Un tel remords pour la haute conscience de Claude, éclairée d’une lueur nouvelle, était pire cent fois que le naufrage de tout son bonheur. Elle s’y meurtrissait; elle le creusait. Elle aurait tout donné pour rendre le plus petit rayon de lumière aux yeux d’Abrham s’ils se fermaient, pour aller à lui, les mains pleines de tendresse et de joie, s’il souffrait. Elle ne pouvait pas porter ce poids ajouté aux autres. Et la tentation d’en finir revenait, rôdait autour d’elle, hantait ses pensées. Elle l’avait envisagée souvent comme le dénouement naturel du grand leurre de la vie; rien de tragique; rien d’effarant. Avec les Anciens, elle pensait que, la pièce ayant cessé de plaire,

discrètement, avant la chute du rideau, on s’en allait. C’était même si simple qu’elle se rappelait avoir mêlé cette idée, en Grèce, à ses heures les plus nobles, quand lasse de chercher la vérité elle appelait avec Platon l’affranchissement d’un corps mortel pour la trouver enfin. Mais alors ce n’était qu’un jeu de son esprit; un rayon de soleil le dissipait. Depuis, le grand enchantement des jours heureux avec Abrham en avait aboli jusqu’au souvenir. La terre souriante et douce semblait suffire à ses désirs, la grande plainte, en elle, s’était tue. Avec la déception, la révolte, la sensation de vide était revenue plus poignante, et la course à l’abîme reprenait.

Elle rencontrait des obstacles ; et avant tout, malgré un calme apparent, la protestation d’une conscience droite contre un acte mauvais. L’incroyance de Claude n’était ni absolue ni tranquille; elle lui laissait au moins un doute sur ce qu’elle trouverait, une fois les bornes de la vie franchies; et, à ce doute, les affirma-

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