‹ Autels mortsChapitre 172 sur 177 · CHAPITRE XVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVII

était retournée. C'était un sentiment grave, profond, point expansif mais lumineux: je croyais et j'aimais. Je reviens sur l'évidence irrécusable qui fait qu' après cela, on né peut plus jamais douter; je reviens sur l’amour jaillissatit de cette lumière. Le Verbe avait éclairé mon cœur jusque-là dans les ténèbres; il en avait pris une possession absolue, contre quoi tout devait se briser... Tel fut ce matin lumineux de Novembre, le matin de mes noces avec l'Éternité... »

Longtemps, après qu’elle eut quitté la Sainte Table, Claude demeura immobile, à genoux, la tête dans ses mains. Gautrande était sortie, puis revenue, fort agitée. Elle lui toucha légèrement le bras : « Mademoiselle, il est tard. » Claude leva vers elle son visage baigné de lumière et ses yeux d’où l’incertitude et le trouble avaient fui :

— Va, dit-elle. Je viens.

Elle acheva, dans une paix divine, son action de grâces à l’Infini :

— « C’est bien Vous. Vous m’avez apporté la foi. Vous me l’avez donnée par l’Amour. J’ai perdu ma vie jusqu’ici. Mais Vous, Vous me donnez l’Éternité. Tout est vrai. Vos bras sont toujours ouverts. Je ne vous voyais pas : J’étais aveugle. Vous êtes, Seul... Tout le reste est l’ombre. Il faut que je le dise aux autres... Prenez aussi leurs âmes à Vous. Je crois. Gardez-moi dans Vos mains. Vous êtes allé me chercher dans le désert, dans les épines et dans les ronces en donnant Votre sang. Ayez pitié de ceux qui, comme moi, ne savaient pas, et qui, meilleurs que moi, Vous pressentaient. Eux aussi donnent leur sang : Il crie vers Vous... »

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