‹ Autels mortsChapitre 171 sur 177 · CHAPITRE XVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVII

je commence... Qu’Il soit béni, et que, en Lui, votre cœur soit béni... »

Elle souffrait tant que ces mots, si profonds dans leur simplicité, ne lui arrivaient que comme un bruit vain. A plusieurs reprises je l’ai interrogée sur cet instant suprême. Au moment de redire ses paroles, telles que je les ai entendues, je m’arrête. Il me semble qu’elle seule a le droit de parler, directement, et j’ai osé le lui demander. Si une âme l’a suivie dans ses troubles, dans ses luttes, dans son désespoir; si comme elle, elle veut chercher le secours de Dieu, par un acte suprême de volonté, si elle appelle le Seigneur à l’aide, sincèrement — il faut qu’elle entende sans intermédiaire, d’âme à âme, comment le Seigneur répond :

« Vous me demande \ de vous raconter l’instant précis de mes noces avec la vérité? Que vous dire que vous ne sachiez déjà? Mes dernières affreuses luttes, mes nuits sans sommeil, ma confession qui ne fut qu’un san-

glot? J’étais brisée par le manque de nourriture, les nuits d’ insomnie, la tension de volonté de ces derniers mois, la lutte acharnée des derniers jours, cet assaut de vie ou de mort. Je n'avais meme plus la force de souffrir. Je n'osais m' avancer pour communier; au moment d' approcher de la Sainte Table j'aurais fui à cent lieues. Mais je disais « je veux » et Dieu m'a aidée. Je tremblais si fort que la barrière devant l'autel craquait, et que la nappe était secouée comme par le vent.

« A l'instant même où je reçus la Sainte Hostie, j'ai vu, j'ai compris , j'ai aimé. Ce fut rapide mais complet et définitif. J'avais, pour ainsi dire, palpé l' impalpable, touché le mystère, avec une réalité au-dessus de toute réalité. Que vous dire? Le voile était tiré; ce fut asse\ pour toute une vie.

« J'ai embrassé du regard l'ensemble merveilleux des vérités révélées; je les ai comprises dans la clarté du Christ. Je me sentais un cœur nouveau, un être nouveau. Ma vie

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