‹ Autels mortsChapitre 82 sur 177 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

l’air de tomber de la lune. Ignorez-vous que Déborah était une prophétesse de l’ancienne alliance?

— Oui. Je sais... Elle n’en a pas moins un nom ridicule. Qu’y a-t-il de charmant à le porter ?

— Le charme importe peu, appuya Mlle Coralie qui poussait toujours ses raisonnements jusqu’au bout. C’est le souvenir d’un passé deux fois cher, dans l’Ancien Testament et chez nos persécutés. J’aime rappeler une prophétesse, amie du Très-Haut. On dirait d’une grande aïeule...

— Dont vous êtes la petite-fille? interrogea Claude. Eh bien! pour ma part, je vous promets de vous appeler désormais Coralie- Déborah !

— Cela sonnerait mieux que ce nom de Claude emprunté à je ne sais quel calendrier de papiste...

— Claude ? Mais c’est un nom d’empereur romain...

— Ma tante, dit M. Harteveld d’un ton

net, qu’il soit bien entendu que vous ne ferez pas de réflexions de ce genre devant Georges. Je lui ai demandé le silence. Mais je le lui ai promis aussi. 11 revient harassé, avec la sensation d’avoir tenu bon, d’avoir brisé, pour sa part, l’offensive ennemie, en faisant son devoir et plus que son devoir. Il a besoin de repos et de paix. Il doit les trouver ici. Je suis sûr d’Abrham. Je désire que Claude et vous, vous vous rangiez exactement à ce désir.

— Faites, mon ami, murmura la redoutable vieille demoiselle. Cette large tolérance vous jouera de mauvais tours. Vous rompez de vos propres mains les haies de défense. Et quel sera notre point commun, si vous nous enlevez la haine de l’Église de Rome ?

— Ma tante, dit la jeune fille trop joyeuse pour vouloir affliger quelqu’un, ne vous fâchez pas. Abrham sera votre consolation...

— J’y compte bien, quoique ma consolation la plus sûre soit toujours en moi-même. Mais vous, on ne peut jamais savoir quand vous parlez sérieusement.

Page 1