CHAPITRE IX
Elle l’attendait à l’orée du bois, pour que l’Abbaye lui apparût d’abord par la façade qu’elle préférait, plus perdue, ainsi, plus lointaine. Cet après-midi-là, Claude, si peu coquette pourtant, avait échangé ses habituels vêtements sombres contre une robe en serge blanche, très simple, mais qui mêlait, sous les arbréfe aux feuilles nouvelles, son rayon de grâce à tous les rayons du printemps. Les hirondelles, à peine revenues, et très lasses encore, ne s’éloignaient pas des toits hospitaliers. Mais les passereaux, les rouges-gorges, les mésanges , se levaient au long des haies, à l’approche de la jeune
fille et, familiers, voltigeaient devant elle. La rivière verte coulait au milieu des vertes prairies, si pareille à elles qu’on les confondait presque aux endroits plus profonds où l’eau reposait immobile, semblable à une soie épaisse aux plis lourds. Tout était plein de clartés, de vie bruissante, de murmures et de chants : les oiseaux, les abeilles et les sources, et jusqu’aux jeunes frondaisons qui se courbaient et se relevaient, au moindre souffle, avec des chuchotements joyeux.
Et en elle aussi, la vie chantait...
Au tournant de la route, la voiture parut bientôt. Claude alla vers les voyageurs, rapidement, de son pas léger. En l’apercevant les trois hommes descendirent. Elle embrassa Georges et tendit la main à son fiancé avec ce beau sourire qui était une de ses séductions. Abrham prit la main en laquelle toutes ses joies étaient encloses, main aux lignes pures, dominatrice et forte, qui ne s’abandonnait pas, qui menait. Il s’inclina très bas et l’effleura de ses lèvres, mettant à cet hommage