‹ Autels mortsChapitre 85 sur 177 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

discret toute l’adoration de son cœur. M. Harteveld s’appuya joyeusement au bras de la jeune fille, tandis que les questions et les réponses se croisaient, sur le voyage, le départ, les arrêts, la fatigue... Qu’importaient maintenant les rappels grecs, encore factices, de leur première rencontre? Ils n’avaient plus besoin que des mots qui laissent la pensée libre, mots quelconques, mots tout simples, de chaque jour, à travers lesquels la joie passait mieux, se frayait un chemin, comme, auprès d’eux, la source vive coulait à travers les galets.

Tous les deux lui parurent changés, plus forts et plus mâles, au sortir de la fournaise. L’expression même de leurs visages n'était plus la même. Georges, qui lui ressemblait beaucoup jusque-là, gardait dans les yeux et les lèvres quelque chose de tranquille et d’apaisé qu’elle ne lui connaissait pas; Abrham, blond, plus mince, timide, n’avait plus, en cette heure au moins, l’allure incertaine et inquiète qui lui donnait toujours l’air de

souffrir. Il ne demandait plus rien. Il ne cherchait plus rien. Les yeux bleus craintifs, toujours tournés vers elle, rayonnaient. Tout j lui était un sujet d’allégresse : la voir mar? ; cher auprès de lui, se tourner vers lui et ! sourire, entendre la belle voix prenante : être là, et qu’elle fût là... quelle fête! Elle lui I faisait les honneurs de l’Abbaye dont il croyait j reconnaître chaque pierre, et devant laquelle il s’émerveillait parce que cette demeure superbe lui semblait adaptée à elle : comme si \ ces sept siècles avaient passé uniquement | pour mettre une auréole de plus au jeune front qu’il aimait. Elle entendait ses pen- 1 sées; elle se tourna vers lui, et murmura :

* Poète!.,. »

Mlle de Lourmade s’empressait sur le !

seuil. Elle accueillit Abrham avec des exclamations joyeuses, et Georges par une étreinte où elle crut mettre, à travers des soupirs étouffés, toute la magnanimité du père du prodigue. Mais, hélas! notre Père céleste a gardé le secret de ces beaux accueils, ou il ne

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