CONCLUSION
Le résumé de cette trop longue discussion est que les nouveaux exégêtes n’ont pas mis en lumière un
seul motif valable de réformer le jugement que la
critique traditionnelle avait porté sur les écrits attribués à S. Paul et à son disciple S. Luc. Et cette conclusion, nous ne la devons pas à un examen superfciel, à une démonstration synthétique partant de principes légèrement vérifiés et posés à priori, mais à une étude approfondie, à une analyse rigoureuse et com-
plète qui, procédant du connu à l’inconnu, de lincon-
testé au contesté, pouvait seule produire des résultats sérieux.
Un dernier mot sur S. Paul. M. Renan nous représente ce grand apôtre comme délaissé et méconnu pendant tout le Moyen Age. A l’entendre, il a fallu le mouvement de la Réforme pour le ürer de Poubli où l’Église catholique l’avait plongé. Voilà encore une de ces opinions toutes faites qu'il prend aux protestants. IT faut, pour avancer un tel paradoxe, fermer volontairement les yeux sur tous les témoignages et
monuments de cette époque. Le Moyen Age était beau-
coup plus près que nous des premiers temps du christianisme; pour lui, la distinction entre les Juifs et les Gentils, entre la Synagogue et l’Église était encore vivante. Les Chrétiens de ce temps-là avaient présente à l’esprit l’idée qu’ils étaient les Nations par opposition à Israël et qu’ils avaient pris sa place; pour eux, $. Paul
est par excellence l’apôtre des Gentils, c’est-à-dire leur propre apôtre. Le triomphe de l’Église sur la Synagogue est célébré dans les sermons, représenté sur les portails, dans les verrières des cathédrales. Et sur ces mêmes édifices on peut voir, en face de Pierre, qui occupe le premier rang à la droite du Christ, Paul prenant le pas sur les autres apôtres, sur Jean luimême, le disciple aimé de Jésus. Est-il besoin de répéter, car c’est une vérité banale, que les écrits de S. Paul servent de base à toute lathéologie du Moyen Age : théologie dogmatique, théologie morale, théologle mystique, théologie symbolique? Sa place dans la liturgie n’est pas moindre. On célèbre son martyre en même temps que celui de S. Pierre; mais, comme si l’on craignait que, dans cet hommage, l’apôtre des Gentils ne fût un peu effacé par son illustre compagnon, on le vénère seul, le lendemain, dans une fête spéciale; on solennise la mémoire de sa conversion ; et l'office du dimanche de la sexagésime est consacré à honorer en lui le docteur des Nations et à rappeler les persécutions qu’il souffrit pour la propagation de l’évangile. Qu’on prenne le premier paroissien venu et que, dans le Propre du temps, on vérifie la provenance des épiîtres qui sont lues à la messe, on verra que, sur cinquante-deux dimanches, sans parler des autres fêtes, quarante-un empruntent la leçon aux écrits de S. Paul. Est-ce là du dédain, de l’oubli? Maintenant, si le Moyen Age a tenu ce grand saint en haute estime, il est certain qu’il ne lui a pas, comme la Réforme, attribué dans la fondation de la religion chrétienne un rôle exclusif et prépondérant, qu’il n’a pas vu en lui un chef d'opposition contre le collège
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