HOME RULE IRLANDAIS
A litre d'ami ardent de l'Irlande, quoiqu'opposé au Home rule dans le sens d'un Parlement irlandais distinct de celui de la Grande-Bretagne, je demande la permission de présenter ici (1) quelques observations sur la grande et complexe question irlandaise. Je sais que j'ai le malheur de ne pas être d'accor^ sur certains points de cette question avec des hommes dont l'opinion a pour moi le plus haut prix; mais je pense que notre dissentiment provient en partie de l'ambiguïté de l'expression Home ride ou t gouvernement local indépendant », qui, dans l'usage, est pris en trois sens très diflërents , et je suis certain qu'au fond nous sommes animés du même désir — à savoir, que la suprématie du Parlement ainsi que l'unité du Royaume soient maintenues et que l'Ir-
(1) Cette brochure comprend une série d'articles publiés dans le National Reformer.
lande ne soit pas séparée de la Grande-Bretagne.
La question irlandaise a été divisée en trois parties : gouvernement local indépendant ou Home rule, système agraire, et ordre social — les premiers termes comprenant en dehors d'un Parlement irlandais, sur le modèle colonial ou fédéral, certaines formes et institutions de gouvernement local indépendant d'importance moindre — et « ordre social » désignant la soumission à la loi, la répression des outrages et le boycottage. Outre ces trois questions, il y en a, je crois, une quatrième qui mérite un examen attentif, à savoir, celle des églises irlandaises, catholique et protestante, et de leurs rapports avec l'Etat. J'ai à peine besoin d'ajouter, ce qui a été soutenu avec tant d'éloquence par M. Bradlaugh et M"^ Besant, que la question de population, qui se présente en première ligne quand il s'agit de plaies sociales, en Irlande comme dans toutes les autres parties du vieux monde, doit également être considérée avec soin.
L'objection la plus sérieuse à l'établissement d'un parlement irlandais est, à mon avis, celle-ci : si ce parlement était « indépendant » , ou, en d'autres termes, s'il n'était ni soumis au gouvernement deTÂngleterre, ni subordonné avec ce dernier à un pouvoir supérieur commun à tous deux, il ferait de l'Irlande un Etat indépendant, séparé, ou étranger, comme le sont la France ou la Hollande, tandis que d'autre part, s'il dépendait du gouvernement de l'Angleterre, il mettrait l'Irlande dans une position inférieure à celle