LE SURHOMME
Quelles affirmations mieux faites pour flatter Nietz-
un homme, il faut être un non-conformiste (?),» «Toutes les lois excepté celles que l’homme fait expressément
Æ (2) Daniel HaLzévy, La Vie de Frédéric Niefzsche, 2e édition, p. 158.
On consultera avec fruit sur le même sujet l'ouvrage de M, ANDLER, Les
Précurseurs de Nietzsche, Paris, Bossard.
(f) Œuvres (Centenary Edition) 11, p. 50. Outre lescitations données
passim il faut relire en entier l'essai sur la Selj-Reliance et dans La Con- duite de la Vie, les essais intitulés Puissance (Power) et Culte (Worship).
ÉMERSON 2
à tage selon nous. Qui lit Emerson ne saurait manquer de
sche que certains aphorismes emersoniens : « Pour être .
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pour lui-même sont ridicules (1). » Le sage n’obéira sa loi naturelle (? ). Tout ce qu'il ne recréera pas de même pour son propre usage sera sans valeur pour lui. Société, codes, gouvernements, églises, il se passera de tout. Hé la haine àl’amour «pleurantetgeignant». | Les amis, qu'importe? Qui peut faire monter vers lui. les prières et la piété du genre humain « n’a que faire d'un cénacle d’admirateurs (#) ». «Être grand, c’est être incompris (#). » — Et poussant ses aphorismes jusqu’à … cette ironie toute nietzschéenne qui n’est point rare dans ses livres, Emerson rapporte cette réponse d'enfant terrible, faite dans sa jeunesseà un dévot qui mettait en doute la valeur de ses expériences religieuses : « Si je suis fils du diable, je vivrai du diable (5)... » Puis, du sarcasme passant à la menace : « Quand Dieu déchaîne un penseur sur la planèté, gare! tout est en danger(f5)...» Ce Zarathoustra, ou plutôt, d’un autre nom qu'il se donnait, cet Osman de Concord se présente aux hommes les mains pleines d’explosifs. Y avait-il de l’anarchiste 3: chez ce philosophe ? | ‘4 Le moi s'affirme dans la force. Le culte de la force est dans Emerson. Il définit l’héroïsme « l'attitude militaire de l'âme (?) », et, dans l'essai intitulé Power ($),affiche une témérité qui dut effaroucher autour de lui les
puritains. La force, selon Emerson, est ou peut être amorale (°). Quelque méchanceté estinséparable de bonsmuscles (1°). Emerson vante les hommes qui, « possédant si G) III, 205. 5 (*) IT, 50 seq. | G) LI, 216. | LEA (4) II, p. 58. F4 (s) II, p. 50.
(+) II, p. 308.
() IL, p. 250. ES (Qi) Conducl of Life. AE (*) Ibid, p. 64. "4 (tai P. 66. , F
et d rie » et pour ie 3 «les romans et le whist » sont insupportables. À ces hommes, il faut « l’aventure, ë a guerre, la mer, la mine, la chasse, risques immenses, | joies de la vie aventureuse (1) ». — L'homme idéal est ou pacifiste armé. Dans cette apothéose de la force, quand Emerson évoque « les soldats de Napoléon, brigands enchaïînés à la gloire (?)», c’est Stendhal avec Nietzsche que l’on croit entendre. | Avec quel enthousiasme, dans l'essai intitulé Worship (®), après avoir signalé la décadence de l’idéal autour délui, Emerson indique les moyens de salut : « Rempla- çons, écrit-il, le sentimentalisme par le réalisme et osons dévoiler ces simples et terribles lois qui, visibles ou invisibles, sont partout présentes et agissantes (4). » Préférons l'être au paraître, le caractère à la représentation. « La vertu la plus haute est toujours contre la Loi (5). » « Ce qu’on nomme religion effémine et démoralise.» Pour être immortel il suffit d’en valoir la peine. Construisant à mesure que derrière lui croule l’ancien idéalisme, c’est p ou avec l’enthousiasme de Zarathoustra célébrant la gloire __ du plein midi découvert, qu'Emerson annonce l’avènement de l’« Église des hommes de l'avenir. qui aura le ciel pour charpente, la science pour symbole... et qui absorbera beauté, musique, peinture, poésie ». Religion de l'homme seul, elle consistera à adorer « la Pensée et la Puissance sans nom», ainsi que « les lois vivantes ». « Honneur à qui se sent toujours dans la présence des hautes causes (5). »
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) Conduct of Life.
4) Ibid., p. 216.
} Ibid., p. 238.
Ibid., pp. 241-242.
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Tel est d'après Emerson l'idéal du « plus-man »(1), de l'homme supérieur prototype du surhomme. Tous les hommes sont invités à se grandir. Ils le peuvent en se conformant à leur loi essentielle et en adhérant à la Surâme, à l’âme universelle qui les domineetles contient:
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Quand s’en vont les demi-dieux, les dieux arrivent (?).
A pareil idéal il vaut la peine de sacrifier la réalité :
La terre encombrée crie : « Trop d'hommes »
Mon avis est d’en tuer neuf sur dix,
Et d'enrichir des dépouilles de tous
L'unité survivante (©).
Philosophe « poli, doux et réservé », Emerson ne pousse pas comme Nietzsche la théorie au tragique. Elle n’en $ est pas moins en germe dans ses écrits. Prudent et sou- He cieux comme Montaigne de ne soutenir ses opinions extrêmes que jusqu’au feu exclusivement, il n’en exprime pasmoins, dans le Journal surtout, des idées révolution-
naires et capables de mettre le feu aux poudres : « Peu importe au hérosce que sont leslois (4).» «Je ne prononcerai plus unesyllabe quisous-entende cette folie énorme etennuyeusedel’égliseet de l’état. Je les effacerai de ma pensée pour refaire un monde neuf à chaque mot, pour parler en homme raisonnable aux hommes raisonnables (5) .»
«Nous aimonsla morale jusqu’à ce qu’elle vienne à nous chargée de mélancolie et grondeuse outrageusement. Comme nous préférons alors l’intellect qui fait la clarté6. » :
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Poems, p. 92.
3) Ibid., p. 27. :
) Correspondance avec Horace Furness, pp. 9-10.
) Journal, VI, p. 480,
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Sur les illogismes de l’éthique courante Emerson note :
«exemple capital aujourd’hui, le respect de la loi comme étant l'expression de la volonté des hommes, et l’obéissance à la loi quand elle va à l’encontre du vouloir de l’humanité. Tous les grands hommes, tous les hommes logiques, tous les hommes originaux gardent l’œil fixé sur la proposition majeure, sur l’objet de la loi et en ressentent vivement et immédiatement la violation (1) ». Aïl-
leurs Emerson, avec une sorte de lyrisme dyonisiaque,
célèbre la présence d’un démon qui, caché partout, transmue les valeurs, «concilie les contraires, rachète les insuffisances, expie les péchés ou bien en fait des vertus, enterre dans l’oubli l’accablant passé historique, change les religions en légende, ainsi que les philosophies, les nations et les individus; retourne la balance de l’opinion et de la réputation; réduit les sciences à des opinions et fait de la pensée actuelle la clef de l’univers et l’œuf de l’histoire à venir (?) ».