‹ Autour d'EmersonChapitre 52 sur 53 · MATE · texte numérisé non relu

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tion restrictive; les lois somptuaires sont un résultat plutôt qu’une cause. Ils trouveront un allié loyal dans l'artiste. Leur véritable sauvegarde contre les empiétements de l’autorité extérieure, c’est le développement des impulsions FRERE de la nation. Th Considérez la France par exemple. Les Français ont bien des défauts, mais ils n’ont pas celui de ne pas respecter l'individu, son esprit et sa personnalité. Nulle part dans le mondeoccidental l'individu ne peut penser dans une atmosphère plus libre et plus affranchissante. Être « différent » (en France) ne veutpas dire être excommunié; en fait on y est respecté et jugé sur la qualité essentielle de cette « différence ». Cette même qualité si. 4 finement française du désinteressement, qui trouve toujours sa re meilleure preuve dans le véritable artiste, S'étend au domaine &: intellectuel. On ne vous trouve pas excentrique en France si ‘o vous avez une mentalité bien à vous. La façon originale de voirles *: choses, de les sentir et de les juger, y est considérée commeune prérogative personnelle aussi légitime que celle de choisir une forme spéciale de chapeau. Ce respect fondamental pour l’individualité est accompagné d’un intérêt profond et constant pour la forme et la beauté. Ce n’est pas un aecident si le pays dans lequel la personnalité humaine peut fonctionner le plus librement demeure, malgré ses chimères politiques et son malaise économique, le pays qui fixe encore l’idéal du goût civilisé.

Si vous rencontrez dans les rues de Paris un provincial, et si vous lui demandez de quelle partie de la France il arrive, il ne dira pas « de tel ou tel département », mais toujours « de telle ou telle province, Champagne, Bretagne, Languedoc, Alsace ». En d’autres mots il refuse de se regarder comme le produit d’une division politique artificielle. Il tient à la dignité humaine qu'il y a de rester l’habitant d’une ancienne province possédant son dialecte, ses traditions et sa façon particulière de considérer la vie. Cette résistance obstinée à toutes les forces modernes -

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tendant à la centralisation et à l’uniformité a puissamment contribué à produire non seulement la littérature et l'art français, mais le profond respect du Français pour la personnalité, Les observateurs d'aujourd'hui s'entendent à reconnaître que, bien que Paris soit une capitale nationale comme ne l’est peut-être nulle autre cité, il existe une tendance marquée pour échapper à la prédominance de Paris, politique et culturelle. Au fond du cœur de chaque Français se trouve un incurable mépris pour l’autorité centrale. Dans la France d'aujourd'hui, plus qu’enaucun autre pays «unifié » de l'Occident, la tendance vers la décentralisation est forte et réaliste. Au fond de lui-même le Français comprend qu'il ne saurait y avoir ni art, ni vie personnelle véritables, dans un pays où tout est uniformisé et réglementé. Même dans les limites restreintes de son pays, il voit qu'il doit exister de larges variations de culture, des distinctions sociales et traditionnelles définies. Il faut éviter à tout prix l’uniformité stérile.

Le Français d'aujourd'hui le plus féru de décentralisation et de régionalisme ferait bien des réserves sur ces déclarations d’ailleurs amicales. Il n’en saura pas moins gré au chef de file des trente intellectuels américains d’avoir su définir avec bonheur l'idéal humain de notre pays. Cet idéal est fait de large indépendance, d’un désir profond de concilier, dans un équilibre harmonieux, l’un et le multiple, la qualité et la quantité, l’individuel et l’universel, la grande patrie et la petite, de même qu’en littérature et en art les vastes pensées et les patientes et exactes réalisations. Telle est bien la mesure classique de la France. L’individualisme conscient et volontiers frondeur, tantôt large et généreux, tantôt mesquin et étroit, explique les grandes périodes de notre histoire. C’est à cet individualisme, à cette self-reliance tant prônée par Emerson, que nous devons la liberté de nos mœurs, notre tolérance, notre sérénité et le fini de notre travail. La jeune Amérique souffre d’un excès de « vie intense ». C’est la rançon de sa prospérité matérielle.

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