‹ Autour d'EmersonChapitre 51 sur 53 · MEN LA · texte numérisé non relu

MEN LA

X ÉTATS-UNIS + ch HQE PACA Ch 4 :

s (1). «Les Américains naissent vieux ». Au point A4 sexuel, comme au point de vue artistique, ils vient dans une atmosphère méthodiquement stérilisée. (En Amérique, disait Stendhal «la cristallisation est impossible ».) Les Américains n’ont pas de passions. On leur enseigne dès l’enfance à déguiser ou à exploiter pratiuement, pour les rendre inoffensives, leurs émotions. Pour mieux l'utiliser socialement, les mœurs facilitent et hâtent le rapprochement des sexes. Le flirt, l’ « en- gagement » et le mariage se suivent méthodiquement comme les péripéties d’une pièce en trois actes. L'Amérique supprime ces préludes, ces intermèdes et ces fugues de l’amour qui défrayent l’art et la littérature du Vieux Monde. L’utilitarisme américain renforcé par le puritanisme refuse de traiter l'amour comme une chose

be. ei id PES te

| musique, encore moins comme une matière à plaisir. . Onva au plus pressé. Onrapproche les sexes et on les unit,

ment sinon officieusement, inconcevable. La nature humaine ne manque pas de prendre sa revanche. Les irré- gularités qui se rencontrent ailleurs en dehors du mariage se retrouvent ici dans l'union légale. On s’essaie, on se prend, on se quitte, on se reprend. Le divorce a été inventé pour faciliter ces échanges. Il est l’unique moyen qu'ont les sexes de connaître en sécurité le plaisir. Les sexes en Amérique existent beaucoup moins qu'ailleurs pour eux-mêmes. [ls sont sacrifiés à la collectivité. Mais

} (?) Sur le refoulement des émotions sexuelles, outre les chapitres ci- … dessus, voir l’œuvre entière d’Edith Wharton, les livres de Lee Masters, de Frost, de Sherwood Anderson, de Sinclair Lewis et pour les confirmer ou … les corriger, les ouvrages techniques d’Havelock Ellis. L’érotisme compri- mé est en train de prendre sa revanche dans les romans de Joseph Hergesheimer (Java Head, Linda Condon, etsurtout Cytherea) et dans ceux de James Branch Cabell aussi nus sous les allégories que Monna Vanna sous son manteau. (Voir en particulier Jurgen, livre interdit).

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bonne et belle en soi, comme une matière à poésie ou à :

L'amour avant le mariage ou en dehors est, officielle-

ils s’ingénient pour la décevoir. L'amour a cessé outre

mer d’être fécond. Le malthusianisme fait sa réclame a!

grand jour. Jalouse de ses droits, désireuse d’affirmer et ; d'étendre sa personnalité, la femme se dérobe à ses fonctions naturelles. Le birth-control, le contrôle artificiel des

naissances, est au programme des revendications fémi-

-nistes. La campagne inaugurée jadispar Rooseveltcontre

les unions stériles a échoué(?). Sans l’appoint de l’émigration les États-Unis, comme la France, seraient un pays

de population déclinante. L'avenir de la race donnerait les plus graves inquiétudes. Le fait que l’émigrant latin

ou slave, sinon japonais, élimine l’Anglo-Saxon est en soi suffisamment troublant. |

Du refoulement ou de la suppression des émotions les |

conséquences sociales sont désastreuses. Ils expliquent le régime de contrainte et d’intolérance morale dans lequel vit l'Américain. Il ignore le libre développement et «la culture des instincts heureux, la joie de la vie, les plaisirs de l’art qui n’ont pas besoin de stupéfiants ou d’excitants pour produire cette hédonie et cette ataraxie de

bon aloi sans lesquelles l’existence estinsupportable(?).

Triste et inquiet, suivant la remarque de Tocqueville, l'Américain ne l’est pas de sa nature. Il est plutôt jo-

vial et exubérant (*). La sensibilité comprimée prend sa

(2) En 1919 les naissances accusent un déficit de sept.pour cent sur l’année précédente.

(*) La campagne contre la vente des narcotiques bat actuellement son

plein en Amérique. Les associations philanthropiques et religieuses

s’émeuvent. Les scandales se multiplient. Dans la plupart des cas on relève desrelations directesentre la vente clandestine des stupéfiants et la criminalité. :

(*) « Fondamentalement le tempérament américain n’est pas un tempérament morbide, puritain et pessimiste de cette sorte. La vie serait intolérable s’il fallait pousser le pessimisme jusqu’à penser cela. Le puritantsme qui nous gouverne aujourd'hui vient des bas-fonds marécageux de la Prusse, d’un pays de brouillard et de brutalité et non d’un pays de joie ». Il s’est compliqué d'hypocrisie, nous dit-on, en passant par la Grande-Bretagne. Il ne saurait être indigène en Amériqe. « Nous sommes un pays de

A ou

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aractère qui, semblables en cela au climat de son pays,

portent l'Américain aux extrêmes. De là ces plaisirs vio-

lents, contradictoires et mécaniques, ce goût pour l’ex-

travagance et l’excentricité, la furie de la danse et du

jazz, le régime catastrophique des extrêmes de tempéra-

Lure, celui des prohibitions et les formes bizarres de la

sociabilité : cortèges grotesques, charlatanisme, francmaçonnerie, magie. Mais surtout la tentation est grande pour qu’à ce régime de prohibition et de contrainte corresponde un système d’espionnage et de coercition diamétralement opposé à l'esprit d’un peuple libre (1). Les ascètes par compulsion deviennent volontiers méchants. Non contents d’exercer leur cruauté envers eux-mêmes, ils n’ont que trop de penchant à laretourner contre leurs semblables. On voit alors cent millions d’individus se soumettre docilement aux tracasseries d’une véritable inquisition. Sous prétexte de sauvegarder la santé ou la respectabilité des individus, on aliène leurlibre arbitre et l’on va jusqu’à supprimer l’habeas corpus. L'esprit de prosélytisme ne connaît pas de mesure. Il faut rendre ses semblables vertueux et bons malgré eux. Si la persuasion n’y suffit pas on aura recours à la force. Que le pays qui a inscrit en tête desa Constitution ledroit de chacun au bonheur soit aussi celui des lois somptuaires qui le contrecarrent, cela restera l’étonnement de la postérité.

soleil et d’abondance; un pays à l'atmosphère étincelante et électrique.

* Donnez-nous-en l’occasion et nous n’aimons rien tant que le rire, le jeu et

la gaïîté. À vrai dire notre vitalité déborde; c’est un anachronisme historique que nous soyons aujourd’hui gouvernés par les anémiques, les efféminés et les timides ». Harold STEARNS, l’ Amérique etles Jeunes Intellectuels (America and the Young Intellectuals).

(:) Cf. Civilization in th« U. S. Nerves, Sex,

bre mouvement. Enthousiaste d’action, accueillant, bien-

- cessité de préposer des leaders, des dirigeants, à l’éduca- À

Le Daratoxe du purit: anismeam éricain in est à e à imposer à cent millions d'individus, de prove anc les plus diverses, les règlements étroits que se donna au xvue siècle le pet groupe d’exilés religieux qui fond:

les États-Unis. Une discipline, voire un ascétisme, son de rigueur dans une armée en marche, dans un convoi ou dans un camp de pionniers. Mais voici que «la frontière : » est close et l’expansion géographique achevée. La jeune Amérique se demande pourquoi les contraintes subsis tent, et à quoi bon supprimer le Kaiser allemand si le cale moral doit continuer à sévir. Les Américains ont autant et plus que d’autres le goût de la vie et du li- : à

veillant et génér eux, ce grand peuple hevne la joie et. l’assouvissement de ses forces. Si peu esthète qu'il soit, nul ne dépense plus volontiers que lui son argent pour F des tableaux, de la musique ou des bibliothèques. Com- … ment goûterait-il les plaisirs de l’art si on assombrit pour lui la joie de vivre? L'idée que les intellectuels … américains se font de la culture est diamétralement opposée à celle des utilitaires. Jusqu'ici, étant donné cent millions d’humains, le problème était de mettre à leur portée, au risque de les déformer, le beau, le bien et le vrai. L’élite qui pense prétend aujourd’hui opérer en sens inverse; elle veut élever les masses vers Fidéal, au … lieu de l’abaisser vers elles. Trop d’énergie et de bon vou-

loir se sont usés à ramener la culture aux «standards»et aux préjugés del’homme moyen. Les Trente quisignent le manifeste sur la Civilisation américaine parlent aujourd’hui franchement d’aristocratieintellectuelle, etdelané-

tion du peuple.

tomatique, un monde meilleur que celui d'aujourd'hui.

2 comme une éd éoron un du bonheur.

I les a habituées à attendre pour demain, à échéance au-

La philosophie de l’évolution a encouragé la croyance au

progrès humanitaire. (Voyez les poèmes de Walt Whit-

man.) [’Américain, ainsi que le notait Tocqueville,

a fini par aimer le mouvement pour lui-même sans se

soucier de sa direction. De là cette surexcitation, cette fièvreaméricaine, cettecrestlessness » bien connues, si dif-

nt

vai

férentes del” Étee épicurienne et du nirvana dudit. te. Rien d'étonnant si, usés parlatrépidation ambiante et menacés par les névroses, les Américains demandent l’ou-

blietlerepos aux PU Abiable mages, swamis et théosophes qui les assiègent, ou aux illogismes réconfortants

de la soi-disant Science chrétienne (qu’on se rappelle à ce sujet l’enthousiasme outre-mer pour le pseudo-mysticisme de Maeterlinck, pour l’ataraxie de Tagore et ré-

cemment pour l’auto-suggestion de M. Coué (1). Les

intellectuels américains souhaitent le retour à un rythme plus modéré, à un équilibre entre la vie active et contemplative. Pourrait-on, ne fût-ce que pour vingt-qua-

44: A 4 2 LA LS e tre heures, arrêter l’évolution frénétique? Pour un jour

les trains, les ascenseurs, les automobiles chôment. On

cesse de vendre et d’acheter. On ne boxe plus, on ne danse plus. On ne lance plus le foot-ball ou la pelote. Les

{:) L’invasion des mages date de “din aux États-Unis. Elle remonte au

transcendantalisme des années 40, Emerson, Thoreau et leurs disciples ou

imitateurs, avaientabsorbé uneforte dose d’orientalisme., L'élément boud-

dhique entre pour beaucoup dans le fatalisme optimiste d'Emerson. De-

puis, c’est un véritable déluge. La profession de théosophe est des plus lucratives en Amérique; de nombreux Orientaux ou soi-disant tels la pratiquent.

bourses, les banques font grève. Téléphone: pho=

nes, phonographes, machines à écrire ou à compter fc silence. On n’invente plus, on n’exploite plus, on ne surfait plus. La publicité et la réclame de jour et de nuit

sont interdites. Les gerbes, les roues, les automates lu-

mineux s’éteignent sur les buildings. Puis la marche re-

prend sur une cadence réduite. Il y a des statues et des fleurs le long des rues, des siestes dans les parcs, desre- . posoirs, des conversations, des poèmes... Rêve chimé-

rique (1). En attendant la jeune Amérique est inquiète. Elle sent qu’elle s’agite dans un désert. Ilen est quis’exilent, d’autres qui se réfugient dans latour d'ivoire, d’autres qui parlent de révolution sans beaucoup y croire. Le plus grand nombre critique, discute ou cultive l’ironie (?). Décadence, malaise? La jeune Amérique aurait grand tort de désespérer. La tâche qui s’impose à elle est formidable, mais on ne saurait vivre à reculons. Une civilisation change difficilement de rythme. Tant de talent, d’élan et de franchise sont des gages d’avenir. L’Amérique est vaste et elle a le temps devantelle. Leproblème à résoudre est grave, c’est celui du nombre, dela quantité contre la qualité, de l’automatisme contre l’élan créa-

(:) Cette anticipation n’est qu’à moitié utopique. Voir dans les revues etlesjournauxaméricains les projets continuels d’embellissement descités. Rarement mis à exécution, excepté dans les grandes métropoles, ces rêves n’en trahissent pas moins des aspirations secrètes et un véritable désir de beauté, Faute d’embellissements artistiques, la publicité par la parole, l'écrit, et surtout l’image, flatte l'imagination des Américains en construisant de toutes pièces un monde idéal, une sorte de paradis de la réclame d’où sont exclus soigneusement toutes les trivialités et les inconvénients Er dr où ils vivent d’ordinaire. Cf. Civilization in the U. S. : Aduer-

ising.

(2) C’est le cas de M. H. Mencken, l’auteur très suivi des Livres et

Préfaces, Préjugés (3 séries). Humoriste, philosophe, critique, Mencken est un mélange de Jules Vallès, de Louis Veuillot, et de Léon Bloy. Il attaque

le puritanisme et les institutions démocratiques avec la verve d’un Swift.

Nietzschéen et aristocrate convaincu, il décoche, dans sa revue The Smart

Se, des flèches malignement acérées quitombent, avec uneironiqueindif-

férence, à la fois dans le camp des conservateurs et dans celui des radicaux.

AE a ES ne id

L’Amér st victime deses Quenerelâche-t-elle ne partie des énergies que dévore sa machine à gagner de l'argent? Que ne licencie-t-elle, pour les rendre aux besognes heureuses et harmonieuses de la vie; cette armée immobilisée dans les tranchées des affaires, et qui tire à soi le sang et la sève de la nation? Prise d’un rythme ralenti elle pourrait réduire ses services s0- ciaux au profit de la pensée pure, de la littérature et de l’art. Pourquoi perdre tant d’énergie à vendre et acheter lor, l'argent, le cuivre, le fer, le blé, lesucre, avantmême Fer . qu'ils aient été découverts ou manufacturés? Pourquoi encombrer les marchés mondiaux de surproductions dan- gereuses? Pourquoi inciter par une réclame sans cons- | cience à des consommations factices? Ye | Tels sont les problèmes d’après-guerre que les Etats- Unis discutent. Ils sont loin, on le voit, de partager la paix intégrale que le Vieux Monde leur envie. L'Amérique est au labeur et à la peine. Elle aussi traverse une :1 | crise. Il faut qu’elle songe à sa reconstruction. Elle cher- ù cheunidéal nouveau, un nouveau modus vivendi. L’'Amé- rique vit de transactions et d'échanges. À qui s’adressera-t-elle pour se refaire? La France au milieu de ses difficultés est toujours, en esprit, le pays de la vie heureuse. La vague bolcheviste passera comme la fumée — et le vent. Faute d’ampleur la France est riche en mesure. La nation «impérialiste » des journaux de M. Fearst est le pays de la paix. Élan et repos chez nous s’harmonisent. Pour restaurer l’individualisme la France peut

venir en aide à l'Amérique (?) :

(:) Nous empruntons l'extrait suivant au livre de M. Harold STEARNS, America and îhe Young Intellectuals (New-York, Doran Co, 1921). C’est l'exposé le plus vivant et le plus complet des revendications des «jeunes ». C’est M. Siearns, publiciste de grand talent, qui a préfacé et inspiré le manifeste des Trente,

et artistiques. rouen une nation affligée d'unifor

« standardisation » et vous trouverez une nation l'intérêt esthétique est vacillant et faible. Les amis del

v 1 liberiaires selon LE mot français, font RES route quand

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