‹ Autour d'un ChevaletChapitre 2 sur 18 · ASSUNTA · texte numérisé non relu

ASSUNTA

À Charles HERMANS.

ÆiL est dans la vie libre du paysagiste de bien tristes moments que le vulgaire

EN ignore; ce sont ces longs soirs de campagne, lorsque, fatigué du travail, il faut, les pieds sur les chenets, attendre le sommeil en quelque misérable auberge de village. Etes-vous seul de votre espèce, les gens vous dévisagent, l’hôte vous interroge... Grand Dieu! voici l’instituteur qui vient voir vos études; il reconnaît son toit, s’extasie, tandis que d’inquiétants marmots frôlent la toile avec leurs tartines de sirop. Mais le pis, ce sont les confrères.

Autrefois l’esthétique était comme une bobine

que chacun dévidait par un bout, sûr de rencontrer l’autre. Mais aujourd'hui! tout est matière à. discussion, jusqu’à la pâte, la demi-pâte, les vernis, les glacis, les frottis, cent questions de métier qui nous divisent! mille préoccupations, sans: compter la sotte vanité, les jurys, les expositions, et la rage des honneurs qui nous prend au retour de l’âge... Enfin, par-dessus tout, la lutte de l’esto-. mac, cet implacable appel de la nature — pro pane guotidiano.

Tant de points en litige déterminent chez Partiste une sorte d’aigreur interne qui tôt ou tard cherche une issue.

Mon confrère m'inquiétait. On nous avait servi, sous forme de salade, je ne sais quelle herbe insipide, un jambon rance, du pain moisi... Jusque-là ce n'était qu'un jeu. Voyageurs émérites, nous avions toléré sans plainte, dans la maudite auberge où nous étions, tout ce que peuvent subir d’injures. et de vicissitudes deux courageux fils d’Apollon. Mais quand, à portée du souper, l'hôtesse installa sa cuvelle et sé mit à rincer son linge, je vis queBob était à bout. Il cessa de manger, devint sombre, épiant notre lavandière avec un regard de def: Deux ou trois jurons italiens me firent dresser la tête.

— Dites-mot donc, mon cher Bob, en quelle

Assunta

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