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trabilité des faits historiques qui sont objet de foi est présupposée aux définitions ; faute de quoi, ce.ne serait pas l'autorité de l'Église qui garantirait les faits, mais les faits qui manqueraient à l'autorité de l'Église, et cette autorité reposerait sur le néant. Si l’histoire de la religion n'est pas établie par les moyens de la recherche historique, si la tradition biblique, israélite et chrétienne, n'a pas de consistance par elle-même, il ne faut pas compter sur le magistère de l'Église pour lui en donner. Car l'Église elle-même s’autorise de l'Écriture. Sans doute l'Église aussi est un témoin historique et qui n'est point à négliger pour l'interprétation du témoignage biblique ; mais le témoignage historique de l'Église n'a pas la rigueur d'un jugement dogmatique ; avant d'être employé, il a besoin d'être analysé, discuté, pesé, comme tout autre témoignage.
Si lon veut reconstituer l’histoire évangélique et celle du christianisme primitif, il faut se reporter aux anciens documents de la littérature chrétienne et opérer sur leurs données une sorte de triage, afin d'utiliser chacune d'elles
selon son caractère et sa signification propre. On
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n'alléguera pas le symhole de Nicée pour déterminer le sens de la formule « fils de Dieu », dans les Évangiles synoptiques. Le sens des textes évangéliques est indépendant de l'interprétation qui en a été donnée plus tard, au moyen d'une philosophie religieuse qui n'est pas dans la prédication de Jésus. Il en va de même pour l'idée du royaume de Dieu, pour l'institution de l'Église, pour l'origine des sacrements. Traduire l'idée du royaume des cieux, sous prétexte de conformer cette espérance à la réalité, serait, pour l'historien, la trahir. Supposer que le Christ a défini exactement l’avenir de son œuvre, et interpréter les textes d’après ce qu'on sait maintenant du passé de l'Église, serait, en critique, un acte arbitraire, et même un acte de faussaire, Les définitions des derniers conciles sur l'institution de la hiérarchie ecclésiastique, de la primauté pontificale, des sacrements, par le Christ lui-même, sont, pour le critique, des idées, et, pour le croyant, des vérités générales dont l'expression dogmatique ne détermine pas la modalité du lien qui rattache historiquement au ministère de Jésus l’origine de l'Église. Les réalités et les notions de hiérar-
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chie, de primauté, d'infaillibilité, de dogme, même de sacrement, correspondent à un accroissement de la communauté chrétienne qui à seulement son germe dans l'Évangile. Elles ne peuvent être que l'équivalent agrandi de choses et d'idées plus rudimentaires dont on discerne la trace dans le Nouveau Testament. Ce sont ces germes et ces rudiments que l’on montrera au lecteur quand on lui parlera des origines du christianisme. L'historien croirait commettre un anachronisme des plus lourds en dissertant sur linfaillibilité pontificale de Simon-Pierre, qui na certainement jamais eu la pensée de définir aucun dogme, et qui ne concevait pas son ministère comme un pontifieat supérieur à celui de Caïphe. Les formes primitives de l'organisation, de l'enseignement et du culte chréliens sont à étudier dans les écrits des premiers temps. La légitimité du développement catholique ne sera pas compromise’parce que l’on aura constaté qu'il à été vraiment un développement, et qu'il n'avait pas, à l'état d’'embryon, les proportions qu'én lui voit dans sa maturité.
Tous les esprits ne sont pas préparés chez nous à comprendre l'histoire présentée de cette
A. Loisy. — Autour d'un petit livre. 2
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façon, c’est-à-dire comme histoire. Mais qu'y faire ? Combien d’autres attendent vainement et se lassent d'attendre qu'on leur explique enfin ce qu'on veut leur faire croire ?
Il est des théologiens catholiques pour qui tous les textes de la Bible et de la tradition sont un immense recueil de pièces uniformes, qui servent toutes au même usage, et qui disent toutes la même chose. On croirait que, depuis Adam jusqu'à eux, la tradition religieuse n'a fait que ruminer les mêmes pensées. Toutes les sentences de la Bible signifient ce qui convient aux thèses qu'elles doivent appuyer. Les faits montrent la même docilité; ils n'ont plus de physionomie propre; ils sont ce quils ont besoin d'être pour s accorder avec la théorie. Cette manière de traiter les documents et l’histoire de la religion peut avoir sa vérité en tant qu'interprétation générale des choses par la foi. Mais si on veut la prendre pour un panorama de l'histoire, ce n’est plus qu’un tableau sans vie, sans lumière et sans harmonie réelle. L'histoire des origines chrétiennes, en particulier, devient ainsi quelque chose de froid, de raide,
d’abstrait, comme si l'Evangile avait été conçu
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en dehors de l'humanité ; comme si le Christ, divin automate, n'avait fait autre chose que placer à chaque moment la parole et l’action que lui dictait un programme fixé d'avance en tous ses détails et où l'avenir n'était pas moins exactement défini que le présent; comme si les apôtres avaient été englobés dans le même déterminisme, et que l'Église fût entrée dans le monde par un simple jeu de mécanique surnaturelle. Doctrine, et non histoire. Les textes que l'on fait parler, en faveur de cette doctrine nont plus d'âge; ils ne disent plus ce qu'ont pensé et senti ceux qui les ont écrits ; ils ne sont que les éléments logiques d’un système dont les faits évangéliques et le Christ lui-même font aussi partie.
Ce n'est pas à ceux qui sont accoutumés à entendre ainsi l'Évangile que Firmin destinait son livre. Ils ne pouvaient qu'en méconnaitre l’objet et la portée. Mais le nombre va croissant de ceux qui, ayant reçu l’éducation moderne de l'esprit, souffrent, quelquefois inconsciemment, de toutes les insuffisances que présente, relativement à eux, l’enseignement dont je viens
de parler. Les jeunes intelligences que l'on
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façonne maintenant partout à une connaissance réelle de l'univers et de l'humanité ont besoin d'une connaissance tout aussi réelle de la religion qu'on veut leur inculquer. Une conception non historique de l'Évangile choque tout naturellement des esprits qui ont quelque expérience de l’histoire. Sans prétendre à la qualité de maitre dans l'Église, Firmin offrait à ceux-là un modeste essai. Les conférences de M. Harnack n avaient pas été prononcées dans une réunion de vieux théologiens ou pasteurs protestants, mais devant la jeunesse universitaire de Berlin. C'étaient
surtout aussi, parmi les catholiques, des jeunes
gens qui lisaient L’essence du christianisme, et
c'est à ceux que M. Harnack avait pu et pouvait intéresser, à tous ceux qu'une synthèse de l’histoire chrétienne pouvait instruire, que s'adressait L'Évangile et l'Église. Mais d'autres ont voulu lire ce qu'ils étaient disposés d'avance à
mal interpréter.
Le petit livre a résonné comme u glas fa-
nèbre aux oreilles d'hommes qui ne peuvent ou ne veulent se figurer le présent et l'avenir du catholicisme que sous la forme immobile et
convenue d'un passé qui n'a point existé. Ils P
ontimaginé que l'on célébrait les funérailles de la vieille exégèse et que l’on se proposait même de conduire à la tombe le Christ et son Évangile, l'Église et son autorité, le dogme et sa vérité, la théologie tout entière, avec les sacrements et l’économie traditionnelle du culte catholique. Mais bien loin d'être une œuvre de scepticisme et de mort, le petit livre était une œuvre d’espérance et de vie. À peine avait-il un regard pour ce qui décline et s’en va, pour des choses qui ne sont ni l'Évangile ni le catholicisme, à savoir la fausse apologétique de la Bible, les Vies de Notre-Seigneur qui ne sont pas des histoires de Jésus, l'Église politique, la superstition de la formule, le mécanisme rituel. Ce qu'il contemplait, ce qu'il montrait vivant dans le passé bien compris, et impérissable dans l'avenir que tout croyant sincère doit préparer, c'était la Bible, œuvre divine dont une critique respectueuse pénètre le secret et révélera de plus en plus la grandeur ; c'était le Christ, dans la simplicité de son existence terrestre, où étaient cachés les trésors de la Divinité, et dans la puissance infinie de son action permanente, où ces trésors
viennent successivement au jour ; c'était l'Eglise