‹ Autour d'un petit livreChapitre 29 sur 111 · US NN · texte numérisé non relu

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sa forme définitive : c’est une œuvre composite, dont le plus ancien fond peut représenter les souvenirs de l'apôtre Pierre, mais qui a été complétée au moyen d’autres traditions, ou par des développements interprétatifs de la tradition première.

Vous m'accorderez, Monseigneur, que de tels écrits ne sont pas à employer sans discernement. L'historien ne peut les utiliser que selon la consistance qu'ils présentent au point de vue de l'histoire. Si l’on a tourné peu à peu les paraboles en allégories; si l'on a constamment adapté l'enseignement du Sauveur au besoin des Églises naissantes ; si un travail d'idéalisation progressive, d'interprétation symbolique et dogmatique, s'est opéré sur les faits mêmes, l'historien doit s’en rendre compte; faute de quoi il ne percevra dans les Évangiles qu'un ensemble confus d'idées parfois incohérentes et de faits dont la réalité se confondra avec la leçon que les évangélistes ont voulu en déduire. Au cours de son munistère, Jésus ne parlait pas pour enseigner sa qualité de Messie, et les miracles qu'il faisait n'étaient pas pour la démontrer. Mais la tendance naturelle de la tradition devait

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être et elle fut bientôt à découvrir, dans sa vie et dans sa mort, des traits caractéristiques et des preuves péremptoires de sa dignité messianique. La gloire du Sauveur ressuscité rejaillit surles souvenirs de sa carrière terrestre, comme pour les proportionner à la condition du Christimmortel. Cette perspective, qu'on peut appeler messianique, a recouvert le fond proprement historique de l'Évangile, Elle ne l’a point altéré substantiellement ; au point de vue de la foi, elle montre même l'œuvre de Jésus dans un jour plus vrai que celui de la réalité. Il n’en reste pas moins qu'elle n’est plus la réalité, qu’elle n’est pas l’histoire, et que, si elle donne lieu, sur certains points, à des développements symboliques, ou à une façon moins exacte de présenter les faits, l'historien ne peut que le constater. De même, si l'influence des premières spéculations christologiques se fait sentir sur la tradition des discours du Christ, il ne doit point se contraindre à n’en rien voir. Étant données les conditions dans lesquelles s’est transmis le témoignage évangélique, tout ce que la critique observe devait inévitablement se produire. Ni les prédicateurs chrétiens ni les évangélistes n'avaient souci de

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l'exactitude historique; ils visaient à produire la foi, et ils interprétaient l'Évangile en le racontant. L'allégorisation des paraboles, la tendance à entendre symboliquement certains faits, la préoccupation de démontrer le Christ par son œuvre, en un mot l’évolution de la tradition didactique et littéraire qui aboutit aux Synoptiques n’a rien de surprenant. Il est d'autant plus indispensable de l’étudier et de la comprendre qu'elle explique l'apparition et le caractère du quatrième Évangile.

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Je ne me dissimule pas, Monseigneur, la gravité de la question que j'aborde maintenant. Mais si cette question ne me paraissait pas très claire sur le point le plus important, je n'aurais pas publié un livre où le quatrième Évangile n’est pas considéré comme un témoignage historique touchant la vie et l’enseignement du Sauveur. Tant que je n’ai pas examiné par moi-même et à fond l'Évangile de saint Jean, j'inclinais à en admettre l’origine aposto-

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lique; l'affirmation ecclésiastique me semblait être d'un grand poids, et l'existence d’une tradition spéciale me paraissait la meilleure explication des divergences que Jean présente à l'égard des Synoptiques. À mesure que j'ai pénétré davantage l'esprit de cette œuvre, et je l'ai étudiée de près pendant plusieurs années, j'ai cru voir de plus en plus sûrement que l’auteur, quel qu’il fût, n'écrivait pas d'après ses souvenirs, mais qu'il avait conçu et rédigé une interprétation théologique et mystique de l'Évangile.

La tradition sur l’origine apostolique du ivre est beaucoup moins ferme et précise qu'on ne le suppose communément. Saint Irénée, dont on voit l'autorité invoquée jusque dans l’apologétique des romans honnêtes, ne possédait, à ce qu'il semble, aucun renseignement particulier sur l'origine du quatrième Évangile, dont il ne fait qu'attester la diffusion et le crédit aux environs de l’an 180. Il connaît des gens qui ne veulent pas recevoir cet écrit comme apostolique, et il ne leur objecte pas la certitude de la tradition, il leur reproche seulement de chasser le Saint-Esprit, puisqu'ils repoussent l'Évangile

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