‹ Autour d'un petit livreChapitre 32 sur 111 · PE QE · texte numérisé non relu

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prédication chrétienne et non des histoires proprement dites ; mais la tradition populaire qui les supporte est encore dominée par l'impression de la réalité ; le Christ y est encore un personnage vivant. On y voit Jésus de Nazareth, en pleine conscience de sa mission providentielle, commencer à prêcher, dans son milieu galiléen, le prochain avènement du royaume des cieux ; la simplicité originale de sa perole attire d’abord la foule ; le prestige de sa haute piété envers le Père céleste qui l'envoie, et sa profonde commisération pour le peuple qui souffre dans l’âme et dans le corps lui font une clientèle des pauvres gens à qui il s'adresse d’abord ; les miracles se produisent comme spontanément et se multiplient presque malgré lui; cependant les gardiens officiels de la religion ne tardent pas à s’'émouvoir ; les pharisiens critiquent l'attitude du nouveau docteur à l'égard de la Loi, des traditions, des gens mal famés ; le peuple même ne trouve bientôt plus son compte à la promesse d'un règne de Dieu qui ne tend pas d’abord à relever l'indépendance d'Israël ; Jésus sait qu'il doit porter l'Évangile à Jérusalem, mais l’expérience faite en Galilée l’avertit de l’issue funeste

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que peut avoir cette démarche nécessaire; 1l obéit à la loi de sa destinée, il vient à Jérusalem pour la Päâque; il y enseigne pendant quelques Jours, sous l'œil inquiet des prêtres et sous le regard jaloux des seribes ; il est livré comme perturbateur et faux Messie à l’autorité romaine ; le gouverneur s'aperçoit que l'accusé n’est pas un agitateur politique; mais l'espèce d'équivoque, impossible à dissiper, que créait le nom de Messie, de « roi des Juifs », avoué enfin devant les juge:, fait que Pilate cède à la pression des accusateurs ; Jésus meurt sur la croix, et son rôle proprement messianique, sa gloire de chef préposé à la société des justes élus, ne commence qu'avec sa résurrection. Dans cette perspective, l’enchaînement des faits, la conduite des personnes, celle de Jésus depuis son baptême, celle des pharisiens et des prêtres, celle de Pilate, n’ont pas besoin d’être expliquées : tout s'explique de soi-même et par un mutuel rapport de circonstances et d'action; la grandeur du Christ est sensible, mais sous de modestes apparences, et sa carrière se déroule à la façon des choses qui arrivent en ce monde.

Il en va tout autrement dans le quatrième

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Évangile, où le Christ étonne dès l’abord la Galilée et surtout Jérusalem par les prodiges les plus extraordinaires, en même temps qu'il les stupéfie par une doctrine que nul ne peut comprendre.

Le Christ johannique se présente comme un être transcendant, qui n’est pas de la terre, mais du ciel ; qui semble ne parler et n’agir jamais que pour satisfaire aux termes de sa définition, pour prouver qu'il est de Dieu, qu'il est un avec Dieu. De ses rapports communs avec les hommes de son temps, même avec son entourage, on ne dit rien. Les gens qu'on met en relations avec lui n'interviennent que pour lui fournir l’occasion de déclarations qui roulent toujours dans le même cercle et affirment la divinité de son origine. On lui épargne le contact des lépreux, des possédés et des pécheresses !, la familiarité avec les pharisiens et avec les publicains, même avec ses disciples. Il connaît d'avance les dispositions des hommes et le programme de sa vie ; il marche d'un pas qu'on pourrait dire automatique vers le terme fatal de sa destinée,

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