‹ Autour d'un petit livreChapitre 35 sur 111 · JEAN, xx · texte numérisé non relu

JEAN, xx

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ont gardé l'image historique de Jésus et de son enseignement. Je n'ai parlé de Jean qu'au chapitre du dogme chrétien, parce que je pense que le quatrième Évangile ne raconte pas réellement la vie du Christ et qu'il appartient au développement de la christologie. Mais Votre Grandeur me demandera peut-être quelle idée je me fais de ce livre et comment je l'interprète. C'est ce que je vais brièvement exposer.

Le témoignage traditionnel n’est pas plus précis quant au caractère du quatrième Evangile que pour tout autre document biblique. En fait, l’ancienne Eglise a surtout cherché dans

D l'Evangile johannique ce qu'il lui apportait, une christologie intelligible pour la science du temps, et elle ne s'est pas demandé s’il contenait plus ou moins d'histoire que les précédents. L'Eglise chrétienne, qui allégorisait l'Ancien Testament, ne se défendait pas d’allégoriser les récits évangéliques ; elle n'eut jamais souci de fixer, d'après les règles de la critique moderne,

la nature propre des livres dont elle se servait pour nourrir la foi. L'interprétation allégorique des paraboles et des faits évangéliques est commencée dans les Synoptiques. On ne doit donc pas être surpris que l’exégèse critique découvre des allégories dans le quatrième Évangile. L'invraisemblable serait qu'il n'y en eüût pas, puisque cet Évangile, venant après les Synoptiques, a dû plutôt abonder dans l'idéalisation que rétrograder vers la simple histoire. L'allégorie n'était-elle pas. pour Philon d'Alexandrie, la clef de l'Ancien Testament, la forme naturelle de la révélation divine, et l'influence du philonisme sur Jean n'est-elle pas incontestable ? ;

L'analyse critique du livre permet seule de reconnaître en quelle mesure le principe de l'allégorie y a été appliqué. Mais quand même l'ouvrage entier serait symbolique jusque dans ses moindres détails, il ne serait pas un cas inexplicable dans la littérature évangélique, puisque, d’un côté, cette allégorisation complète serait préparée par l’allégorisation partielle des Synoptiques, et que, d'autre part, la volatilisation absolue de la tradition historique dans

les systèmes gnostiques est l’aboutissant hétérodoxe de la même tendance. Jean ne serait isolé ni à droite ni à gauche. Il serait resté dans la ligne de la tradition chrétienne, parce qu'il a, en toute hypothèse, subordonné la philosophie à la religion, et l’allégorie au maintien de la réalité fondamentale du christianisme, l’apparition historique de Jésus. Par là il diffère essentiellement de la gnose, qui substituait à l'Évangile un système philosophique où la vie et la mort du Sauveur s’évanouissaient en un rêve transcendant.

L'auteur du quatrième Évangile a conçu le Christ comme une manifestation temporelle de l'Être divin, et son livre même est une ostension : comme le Christ johannique est le Verbe incarné, l'Évangile johannique est une incarnasion, la représentation figurée du mystère de salut qui s’est accompli et se poursuit par le Verbe-Christ. Discours et récits contribuent à cette révélation du Sauveur, les récits comme signes expressifs des réalités spirituelles, les discours comme explication des signes et de leur sens profond. Ces discours même expriment en figure la vérité invisible ; ils sont constitués

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par des séries de métaphores ou d'allégories qui font tableau, tout comme les récits, et qui ont pareillement uné signification profonde, cachée sous le vêtement d’une image sensible. Les faits avec les instructions qui les commentent sont des « signes », c'est-à-dire des preuves du Christ, non des arguments proprement démonstratifs, mais des arguments qui expliquent et révèlent la vérité qu'ils veulent confirmer. Les miracles du Christ johannique n’ont pas besoin d’être multipliés ; aussi n’y en a-t-il qu'un de chaque sorte, avec un total de sept, nombre parfait ; ils sont durables comme symbole, et l’action spirituelle du Sauveur, dont ils sont la figure, est la vraie preuve, indiscutable et‘permanente, de sa divinité. Ainsi l'Évangile est constitué, comme le Christ, par un esprit divin sous un extérieur humain ; et c'est l'esprit intérieur quil faut chercher, auquel on doit croire. On pourrait dire du Christ qu’il est une allégorie personnelle et divine, et de l'Évangile qu'il est le Verbe incarné.

Le fond des allégories se résume dans les deux idées maïtresses du livre : le Christ vie,

le Christ lumière, qui donne la lumière et la A. Lois, — Autour d’un petit livre, 7

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vie. L'application aux réalités de l’histoire et du culte chrétien y met de la variété. La préoccupation des prophéties et des types de l’Ancien Testament y introduit quelque complication. Il arrive assez fréquemment que le texte présente un triple sens, c'est-à-dire un sens extérieur, qui en figure un autre, lequel est en rapport avec un troisième, plus profond encore. La prophétie ou le type de l'Ancien Testament viennent comme étage intermédiaire dans cette construction allégorique. Parexemple, le type de l'agneau pascal intervient, dans l’histoire de la passion, entre le sens littéral et l’idée du Christ mourant pour ôter le péché des hommes et devenant pour eux un aliment de vie éternelle. Même dans la parole : « Tout est consommé ! », l'idée de toutes les prophéties accomplies se place entre le sens apparent, de la vie terminée, et le sens fondamental, du salut réalisé.

Un intérêt apologétique et polémique apparait souvent dans ces constructions. Certains traits

des récits figurent une idée, qui répond à une

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