‹ Autour d'un petit livreChapitre 6 sur 111 · XXVI · texte numérisé non relu

XXVI

blème complexe, qui ne peut comporter une solution simple.

Une réponse toute faite existe : Jésus, au cours de son existence terrestre, a positivement institué l'Église telle que nous la connaissons, avec son Pape et ses Évêques, le symbole de sa doctrine et les. sacrements de son culte. Si cette réponse ne se trouve pas dans L'Évangile et l'Église, c'est qu'on n'avait pas voulu l'y mettre; et on ne l'avait pas voulu parce qu’on ne le pouvait pas. Pour l'historien, l'Église fait suite à l'Évangile de Jésus ; elle n’est pas formellement dans l'Évangile. Elle en a procédé par une évolution nécessaire dont on a seulement à vérifier les conditions. L'inquiétude de la foi, sur ce point particulier, résulte de l’incompatibilité qui apparaît entre la réponse toute faite, dont on vient de parler, et la réalité de l’histoire.

On avait essayé de montrer que l'Église a été réellement instituée par le Christ, parce qu'elle n’est, en un sens très vrai,

= KKvi —

jüe l'Évangile continué et le royaume des cieux réalisé; toute l'institution ecclésiastique, hiérarchie, dogme et culte, se jusüfiait, à l'égard de la continuité historique, comme un développement du service de l'Évangile et un accomplissement du royaume céeste. Ainsi l'Église n'était pas seulement la suite inévitable, mais la suite légitime de | l'Évangile. Quant à la vérité divine de l'Évangile et de l'Église, l’objet du livre n'était pas de la démontrer, attendu que l’histoire, à elle seule, ne fournit pas la preuve de cette vérité, qui n'est pas tout entière à la surface des choses, dans ce qui s’offre à l'expérience critique, mais principalement dans leur vie intime et dans l’action de l'Évangile sur les âmes.

L'on proposait donc une explication, incomplète en soi, mais que l’on Jugeait suffisante comme aperçu historique, du mouvement chrétien, à partir de l'Évangile. Si cette explication est défectueuse, c'est par des travaux de même ordre et plus satisfai-

= XAMARISESS

sants, que ses imperfections pourront être corrigées. Quand même elle serait radicalement fausse, il resterait à trouver l’explicaton vraie des faits anciens, et à montrer comment la doctrine de l'Église n y contredit pas. Il faut rassurer la foi des catholiques sur l'autorité des Écritures, en leur faisant connaître ce qu'est la Bible et quel genre de vérité l'Église veut lui attribuer. Il faut rassurer cette foi sur l’autorité

de la tradition, en découvrant au croyant la”

puissante vitalité de la doctrine et la possibilité de son progrès. Il faut rassurer la for sur Ja divinité du Christ, en interprétant l'Évangile et les documents de l'antiquité ecclésiastique selon les règles que l’on a maintenant coutume d'appliquer à tous les textes humains, eten tenant compte du mouvement de la pensée contemporaine dans l’ordre philosophique. Il faut rassurer la for

sur la question de la rédemption et du salut,

en cherchant, derrière les formules et même les idées antiques, le principe d’éternelle

AN XIREEE

vérité qu'elles recouvrent, une interprétation du fait religieux dans l'humanité, une idée intelligible du rôle qui appartient au Christ dans la révélation de Dieu et la régénération morale de l'homme. Il faut rassurer la foi touchant la résurrection du Sauveur et sa présence eucharistique, en pénétrant davantage le mystère du Christ immortel, vivant en Dieu et dans son œuvre. Il faut rassurer la foi touchant l'institution divine de la papauté romaine et de l’épiscopat, en déterminant leur place traditionnelle et leur rai-

son d’être permanente dans l'Église du

Christ.

Ce résultat, sans doute, pourra être obtenu

sans que l’on accable sous les censures et la

diffamation ceux qui, voués à l’étude scien-

üifique de la religion et soucieux de l'avenir

du catholicisme en France, tiennent à rester

. des savants sincères et de loyaux serviteurs

de l'Église. On a pu voir, il n’y a pas très

longtemps, un publiciste vulgaire, qui avait voulu prendre la mesure de la crédu-

lité catholique, entretenir, pendant des années, le clergé et les fidèles, de fictions ineptes et ridicules. La mystüfication dura tant qu'il plut au mystficateur de la prolonger. Cette propagande de mensonge et d'in sanité a pu se produire et se perpétuer sans que les Évêques de France aient proféré publiquement un seul mot de réprobation.

Les diocésains du Cardinal Archevêque de Paris, à qui la lecture de L'Évangileet l'Église est défendue, ont toujours été et sont encore autorisés à s’édifier dans les œuvres catholiques de Léo Taxil. Peut-être serait-il opportun de ne pas trop donner à penser qu'il est permis d'exploiter l'ignorance et Le fanatisme de la masse croyante, mais non de vouloir y remédier, et qu'un peu de franc savoir rend un homme plus nuisible au cathohicisme de nos jours que l'audace la plus effrénée dans l'invention de rêveries malsaines.

Des attaques dirigées contre son livre, dans plusieurs journaux et revues catholiques

Page 1