Sess. xxim1, de ordine, cn
Ne vous lassez pas, Monsieur le Supérieur, de m'entendre répéter que l'Église et le culte catholiques ont été fondés par le Christ ressuscité. C’est la foi à la résurrection qui a été le véritable commencement de la propagande chrétienne. Donc, au point de vue de l’histoire, la prédication apostolique se rattache à la prédication évangélique, comme la foi au Christ glorieux continue la foi à Jésus Messie. Mais, au point de vue de la foi, j'entends de la foi qui se rend compte de l'histoire et du sens historique des textes, c'est du Christ ressuscité, c’est de l'Esprit que les apôtres tiennent, sinon leur vocation et leur élection, du moins leur mission définitive et leurs pouvoirs, les pouvoirs étant d'abord acquis implicitement dans la mission, plutôt que nettement perçus et déclarés.
À mesure que la cène prit le caractère d’un acte liturgique, ceux qui y présidaient d’ordinaire acquirent le caractère de prêtres. L'institution des diacres, comme elle est racontée dans les Actes, peut bien être rapportée à une suggestion de l'Esprit, mais il est visible qu'on ne lui attribue pas encore le caractère d’une fonction sacrée, et qu'on ne croit pas remplir,
en l’établissant, un article du programme constitutionnel que Jésus aurait prescrit à ses apôtres et qui paraît être dans la pensée des Pères de Trente. Les anciens (presbytres, d'où le nom de prêtres), qui exerçaient dans les assemblées chrétiennes les fonctions de surveillants (épiscopes, d’où le nom d'’évêque), ont été institués de même par les apôtres, pour satisfaire à la nécessité d'une organisation dans les communautés, non précisément pour perpétuer la mission et les pouvoirs apostoliques. Leur ministère coexistait à celui de l’apostolat et le remplaça en fait, autant que besoin était. La distinction entre l'évêque et le prêtre s’accentua plus tard.
Tout cela est œuvre de l'Esprit dans l'Église, institution du Christ, pour celui qui croit au Christ. Vu du dehors, c’est une institution, qui, comme le culte chrétien et l'Église elle-même, n'existe encore qu'à l’état rudimentaire et confus dans les temps apostoliques, et qui a grandi en même temps que se développaient l'Église et le culte. L’onction, que le concile de Trente, après Eugène IV et le concile de Florence, paraît bien considérer comme la matière du
sacrement de l’ordre, a été inconnue pendant les premiers siècles de l'Église. Mais pourquoi celle-ci n’aurait-elle pas eu le droit de joindre l’onction à l'imposition des mains, pour signifier plus expressément l’idée grandissante qu'ellemême se faisait du sacerdoce, et pourquoi l’Esprit refuserait-il de suivre l'Église et s’attacherait-il à la seule imposition des mains, quand l'Église le figure en même temps par l’onction?
La conception systématique d'un programme cultuel dressé par Jésus lui-même avant sa passion, et où les sept sacrements auraient eu leur place déterminée, avec indication de ce que la théologie scolastique a voulu appeler leur matière et leur forme, ne résiste pas à la ceritique. Les définitions de Trente, dans la mesure. où elles sont influencées par cette conception, ne la présentent pas comme historique. Il est trop aisé de voir que le point de vue de.l'histoire, celui de la foi et celui de la spéculation théologique y sont confondus. Pourquoi voudrait-on perpétuer cette confusion, et l'imposer à l'historien qui, l'ayant perçue, ne peut plus la maintenir ?
Le concile ! décrète que le mariage est un des sept sacrements institués par Jésus-Christ.
Le mariage n'a pu devenir un sacrement que dans l'Église, après la résurrection du Sauveur. C'est ce que le concile donne à entendre en disant que le Christ a mérité par sa passion la grâce qui fait du mariage un sacrement, et que l'Église a raison de le considérer comme tel, parce que le mariage chrétien l'emporte sur les « anciens mariages ». Jei le point d'attache avec la vie de Jésus est très réel et direct : Jésus a déclaré le mariage indissoluble. Mais faut-il répéter encore que la considération du mariage comme sacrement suppose tout le développement de la doctrine de la grâce et de la théologie sacramentelle ?
Si donc il est une chose évidente, Monsieur le Supérieur, c'est que l’idée générale de l’institution sacramentelle, comme elle est énoncée