‹ Autour d'un petit livreChapitre 9 sur 111 · SUR L'ORIGINE ET L'OBJET DU PETIT LIVRE · texte numérisé non relu

SUR L'ORIGINE ET L'OBJET DU PETIT LIVRE

CHer MonsiEUR LE DOYEn,

Vous souvient-il de la confusion que j'éprouvai, un certain jour, il y a bien longtemps, vingt-huit ans ! lorsque, professeur aussi curieux que bienveillant, vous eüûtes l'idée de jeter les veux sur un papier que je griffonnais au moment où vous pénétriez dans ma chambre de séminariste ? Je n'avais pas eu le temps de le cacher, mais peut-être en avais-je trahi l'envie par un

À geste imprudent. Quand je pense à ce qu'il vous fut donné de lire, j'en rougis encore. Cela commençait en manière de titre : « Autorité et liberté, par A. L. » Vous eûtes la charité de ne pas rire, et vous me dites gravement : « Cet

ouvrage est déjà fait. » Vous aviez pressenti À. Loisx. — Autour d'un petit livre. 1

l’écueil de ma vie et découvert mon péché dominant, certain appétit naturel pour l'encre d'imprimerie et pour les questions dangereuses.

L'apparition de L'Évangile et l'Église n'a donc pas dû vous surprendre. Vous êtes tout désigné pour recevoir l’aveu des motifs particuliers qui m'ont conduit à écrire ce livre et à.

l'écrire tel qu'il est.

On parle peu de M. A. Harnack dans votre.

paisible paroisse. Mais vous n'ignorez pas le retentissement considérable que les conférences du célèbre professeur de Berlin, sur L'essence du ne christianisme, ont eu dans le monde protestant et même chez les catholiques. Je vous sais fort capable d’avoir lu ce livre, sans le montrer aux curés de votre canton ; et si vous l'avez lu, vous n'aurez pas manqué d'y reconnaitre un effort considérable et heureux, en un certain sens, pour donner au protestantisme une doctrine définie et un fondement solide. En tant qu'expression du christianisme primitif, le système du savant conférencier est tout à fait défec-

RS der

tueux, disons radicalement faux. En tant que formule du protestantisme, il est logique, équihbré, tout simplement parce qu'il n’a retenu de l'Évangile que ce qui peut s'accorder avec le principe de la Réforme, c'est-à-dire l'individuahisme religieux. Si la foi au Dieu Père, qui pardonne le péché à l’homme, est tout le christianisme, Luther à cru essentielles à la religion bien des choses qui ne l’étaient pas ; mais son idée principale, la justification par la foi seule, est sauvée en grande partie, la foi au Père que Jésus révèle prenant la place de la foi à la vertu rédemptrice de la mort du Christ ; et surtout le caractère individuel du christianisme luthérien est garanti, on peut dire perfectionné, puisque toute la religion se passe entre Dieu et la conscience de chacun.

La nouvelle théorie devait donc attirer l’attention de tous les théologiens protestants, surtout des luthériens allemands, soit que les uns lPaccueilhissent comme un moyen de réconcilier à Jamais la foi avec la science, soit que les autres, hommes de tradition malgré eux, la regardassent comme une tentative menaçante pour ce qu'ils ont conservé de croyances chrétiennes.

LE es

Rien de plus facile à expliquer que cet enthousiasme, d'une part, et cette inquiétude, de l’autre. Il y va de l'avenir du protestantisme luthérien, et l’on conçoit que les disciples de Luther s'y intéressent. Pour les uns, L’essence du christianisme signifiait le triomphe d'une certaine critique, avec le salut de la religion ; pour les autres, c'était comme une prophéte de

ruine et la fin de toute orthodoxie. [la valeur

de la synthèse historique qui supporte le sys.

tème de M. Harnack n’est pas ce qui a le plus frappé ses coreligionnaires. Venant après l’Histoire des dogmes, du même auteur, cette synthèse n'avait de signification particulière que relativement au système.

Ce qui peut être moins aisé à comprendre que l'émotion du monde protestant, c’est l'accueil favorable que la théorie théologique et la synthèse historique ont trouvé dans une portion très éclairée du monde catholique. Non seule- . ment des laïques intelligents, qui cherchent vai-

nement, dans notre littérature religieuse, le se-

cours dont ils auraient besoin pour se former

une idée de la religion qui soit selon l’histoire,

n'ont pu s'empêcher d'admirer ce qui les instrui-

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