CHAPITRE V
LA FIN DU II È G NE fl
I. Le déclin. — Santé physique et santé morale altérées. — Mélancolie. — Symptômes de lassitude et de détresse dans l'empire. — Résistance vaillante. — Le coup mortel. — Le mariage manqué d'Alexandra Pavlovna. — Gustave de Suède à Saint-Pétersbourg. — Intrigues de cour et manœuvres diplomatiques.
— Une idylle. — Le jour des fiançailles. — Effondrement. — Le fiancé ne vient pas ! — II. Catherine lutte encore. — Une soirée gaie à l'Ermitage. — Le lendemain. — Dans la garde-robe. — Le trône de Poniatowski. — L'agonie.
— Dans l'antichambre du favori. — A côté de la mourante. — Paul. — La vision de la défaite de Moreau. — Arcole. — III. La postérité. — Statues et caricatures. — Les monuments de Saratof et de Saint-Pétersbourg. — L'histoire.
La guerre de Turquie, mêlée de succès et de revers, celle de Suède encore moins heureuse, suivant le voyage de Crimée : c'est le déclin. En 1792, le grand metteur en scène des spectacles féeriques expire sur une route de Moldavie aux rebords d'un fossé : c'est la fin d'une épopée. Catherine est seule maintenant à porter le poids de l'écrasant fardeau dont trente
(1) Chtcherdatof, Écrits polémiques, dans 1' « Antiquité russe » , V ; Correspondance politique aux Archives du Ministère des affaires étrangères de France; Correspondance politique publiée par Herrmann, dans son Histoire de Bussie (Ergànzungsbandj ; Correspondance de Catherine et élude du baron de Budberg sur le mariage projeté de la grande-duchesse Alexandra, dans le » Recueil de la Société Impériale d'histoire russe », IX; Correspondance de Catherine et de la grande-duchesse sa belle-Jille avec Paul, dans 1' « Antiquité russe » , IX; Correspondance de Bezborodko, Zavadovski, ïchernichof, avec Vorontzof, dans 1' « Archive de Vorontsof » , XII et XIII; Correspondance de Rastoptchine, dans I' « Archive russe » , 1876; Correspondance de Bantich-Kamienski, ibid.; Correspondance de Panine avec Repnine, dans le « Recueil de la Société Impériale d'histoire russe » , XVI ; Hii.ferding, Documents, dans 1' « Antiquité russe» , XII; Mémoires de Bachilof, Chichkof, Fédor Galitzine, Gretch, Masson, Rastoptchine, Sanglène; Protocole de la mort de Catherine, dans le « Dix-neuvième siècle », I, 484.
années d'efforts presque toujours triomphants ont chargé ses épaules, du colossal édifice de sa fortune associée à celle de l'immense empire élargi par elle — seule avecZoubof! Et Genêt, le diplomate révolutionnaire qu'elle tolère encore à sa cour, écrit à Dumouriez : u Une confiance aussi étendue dans un « homme aussi peu instruit fait supposer que l'Impératrice, « blessée du pouvoir que le prince Potemkin s'est arrogé, veut « montrer aujourd'hui que c'est elle seule qui gouverne. Mais « l'impitoyable nature contrarie ce dernier élan de son amour- « propre. Catherine II décline d'une manière sensible; elle le « voit, et la mélancolie commence à s'emparer de son àme. » Elle est visible , dans la correspondance intime de la souveraine, cette mélancolie descendant lentement comme une sombre et froide brume sur son âme, ensoleillée si longtemps, radieuse de jeunesse et de vigueur. Sa santé morale et sa santé physique vont s'altérant en même temps. Jusque sur le visage toujours immuablement serein qu'elle montre en public. Genêt aperçoit « des signes certains annonçant la dissolution « et l'hydropisie » . Elle lutte avec vaillance ; elle se vante un jour d'avoir fait deux à trois verstes à pied, entre le Palais d'Hiver et l'Ermitage, pour se prouver qu'elle est leste encore et ingambe. Elle se soigne aussi à sa façon avec des remèdes d'empiriques : « Je crois que c'est la goutte qui s'est placée « dans mon estomac » , écrit-elle à un de ses intimes ; «je l'en « chasse avec du poivre et un verre de vin de Malaga que je « bois tous les jours. »
Mais son empire laisse voir aussi aux observateurs attentifs des symptômes alarmants d'épuisement et de détresse. Dans une lettre adressée au comte Vorontsof le 3 avril 1795, Bezborodko établit le bilan de la situation générale , et c'est un tableau fort sombre qui en ressort : pour faire face aux vingtcinq vaisseaux que la Porte peut mettre en ligne dans la mer Noire, on n'en a guère que neuf, qui sont à moitié pourris, à cause de la mauvaise qualité des bois emplovés pour leur construction; la flotte des galères à rames sur laquelle on croyait pouvoir compter n'existe pas : Mordvinof, à qui on a
confié cette partie, n'asongé qu'à remplir ses poches. Patiomkine, qui du moins se connaissait en hommes, faisait peu de cas de celui-ci, mais le nouveau favori le protège comme il protège Ribas qui ne vaut pas mieux; l'armée de terre fait encore bonne figure, mais elle coûte cher, étant effroyablement mal administrée, et il n'y a plus de quoi fournir à ses besoins ; on doit neuf millions pour l'entretien de la flotte, et on ne sait où les prendre; la cour mange trois millions de roubles, par an et fait deux millions de dettes ; l'entretien de la comtesse Braniçka demande à lui seul deux cent mille roubles, et celui du comte Nicolas Saltykof autant ; le commerce pourrait donner un large revenu, s'il n'était dirigé par un faiseur de vers à moitié fou : Dierjavine, car c'est de lui qu'il s'agit, est en train de le ruiner.
Bezborodko est un mécontent, mais son témoignage n'est pas isolé. L'opinion paraît presque unanime parmi les contemporains qu'on touche à une crise redoutable ; que la politique de Catherine a donné à tous les ressorts de la machine gouvernementale une tension excédant leur force de résistance ; que sur tous les points les moyens font défaut aux exigences, et que la Russie ne peut soutenir le rôle qui lui a été imposé. Catherine reste à peu près seule comme retranchée dans son invariable optimisme, et lui arrive-t-il même d'avoir, pour un instant, la vision des nuages amoncelés à l'horizon et d'en ressentir un léger frisson, elle croit à un changement d'optique plutôt qu'à un changement de sa fortune : c'est l'âge, dit-elle, qui lui fait voir les choses en noir. Et elle cherche aussitôt à réagir contre cette impression qui n'est à ses yeux qu'une faiblesse. Elle veut être gaie. «Je suis gaie », écrit-elle à Grimm le 15 février 1796, « et leste comme un pinson. » Elle ne veut pas être malade. « Jusqu'ici je me porte très bien » , affirme-t-elle à la même date. Elle imagine des divertissements nouveaux. Elle organise une expédition pour ramener de vive force à la cour le comte Strogonof, qui, souffrant lui aussi et attristé, s'est enfermé dans une maison de campagne voisine de Saint-Pétersbourg. Elle fait attaquer sa datcha à coups de
canon. Et, venue l'heure qu'elle a choisie pour son entrée effective dans la coalition antirévolutionnaire, c'est sur un ton d'allégresse rappelant le début de sa première campagne contre les Turcs qu'elle annonce à Grimm la marche de Souvorof : « L'on dit que soixante mille Russes sont en marche « pour se rendre sur les bords de l'Elbe, et mettre fin aux « désastres de l'Allemagne; l'on dit que le maréchal Souvorof « est à leur tête; l'on dit encore beaucoup de choses et l'on x en verra encore beaucoup plus ; c'est la lanterne magique « dans laquelle nous verrons ce que nous verrons. Adieu, « souffre-douleur; attendez-vous à des coups dégriffé. »
Et voici que c'est elle-même qui, avant que le premier de ses soldats ait passé la frontière, en vient à sentir le coup de griffe de la fortune adverse, la frappant en plein cœur pour la première fois et la laissant tout étourdie de ce choc imprévu, meurtrie et déconcertée. La joyeuse fanfare de guerre, dont elle a tenu à envoyer l'écho au « souffre-douleur » , est du 13 août 1796; le lendemain est pour elle un jour de fête : le comte de Haga et le comte de Wasa — Gustave, le futur roi de Suède, et son oncle, le duc de Sudermanie, régent du royaume pendant la minorité du prince, — arrivent à Saint-Pétersbourg. Ils viennent officiellement pour déclarer l'adhésion de la Suède à la coalition formée contre la France républicaine, mais leur voyage se rattache en réalité à d'autres préoccupations. Depuis longtemps Catherine caresse le projet dune union entre le prince-héritier de Suède et sa petite-fille Alexandrine, la fille aînée de Paul. La princesse a été élevée dans cette idée. Un jour qu'elle jouait sur les genoux de l'Impératrice, la souveraine a ouvert devant elle un portefeuille rempli de portraits, en lui disant de choisir le prince qu'elle voudrait épouser, et, sans hésiter, paraît-il, l'enfant a mis le doigt sur le portrait de Gustave. Depuis un an bientôt le moment est venu de réaliser ce rêve de la dixième année. Les jeunes gens ont maintenant, elle quatorze, lui dix-sept ans révolus. Mais des difficultés ont surgi. Le Régent a cru découvrir la main de Catherine dans le complot d'Armfeldt organisé contre son pouvoir, et s'en est
vengé en donnant à la politique extérieure du pays une direction absolument contraire aux vœux de l'Impératrice, en même temps qu'il négociait pour son neveu un mariage avec la fille du duc de Mecklembourg-Schwerin. Il en a fait célébrer les fiançailles en novembre 1795 et a envoyé à Saint-Pétersbourg le comte de Schwerin pour en donner notification, pendant que des pourparlers étaient engagés à Stockholm avec M. Le Hoc, envoyé de la République française. Mais Catherine a tenu bon , elle a refusé de recevoir le comte de Schwerin et a paru décidée un moment à rompre à coups de canon l'alliance mecklembourgeoise. Le duc de Sudermanie a plié devant l'orage; un agent interlope de l'émigration française, le Genevois Christin, ci-devant secrétaire de Calonne , a réussi à lui inspirer des sentiments à la fois plus conciliants et plus favorables aux intérêts de la coalition antirévolutionnaire. S' aidant du concours de mademoiselle Huss, l'actrice française dont Markof, l'homme de confiance du nouveau favori impérial, a fait sa maîtresse, il est parvenu à engager Zoubof lui-même dans la voie d'un compromis satisfaisant pour les deux parties. Le baron de Budberg, diplomate avisé, employé antérieurement déjà en Allemagne à des négociations matrimoniales, a été envoyé de Saint-Pétersbourg à Stockholm avec une mission officieuse. Bientôt après, Le Hoc recevait une audience de congé, et le Régent, que Catherine traitait naguère de « scélérat » , écrivait à la souveraine pour lui donner l'assurance que le mariage avec la princesse de Mecklembourg ne se ferait pas tant qu'il conserverait le pouvoir, et qu'il renonçait à l'alliance française. L'Impératrice a insisté, réclamant catégoriquement la rupture officielle des fiançailles célébrées en novembre et l'arrivée à Saint-Pétersbourg du prince et de son neveu pour lui demander la main d'Alexandra Pavlovna, et, devant la menace des démonstrations militaires ordonnées simultanément par la souveraine, le duc de Sudermanie s'est exécuté à moitié : il a donné une promesse formelle que les fiançailles si violemment attaquées n'auraient jamais de suite et a consenti à venir à Saint-Pétersbourg, sans prendre toutefois aucun
autre engagement, la différence des religions créant à l'union souhaitée par Catherine un obstacle qu'il ne se chargeait pas d'écarter. Catherine s'est fâchée encore; elle a déclaré que si le Régent et ses conseillers continuaient à parler ainsi d'obstacles n'ayant pas le sens commun, « on pourrait dire que ce « sont des abandonnés de Dieu » ; mais elle a fini par céder à son tour. Une fois que les deux princes seraient dans sa capitale et sous sa main , on trouverait bien un moyen de s'arranger.
Ils arrivent, et pendant deux semaines il semble bien au contraire qu'on se soit embarqué, de part et d'autre, sans grande chance d'arriver au port. Le duc de Sudermanie ne se départit pas de sa réserve, et ni Zoubof aidé de Markof, ni Catherine elle-même n'aperçoivent le moyen de l'en faire sortir. Or la souveraine n'entend pas en démordre : point de demande en mariage, point d'alliance. On marchera à l'autel ou on se battra. Mais soudain un coup de théâtre se produit : le 4 septembre, après un diner à la cour, alors que l'on est descendu au jardin pour y prendre le café, Gustave aborde l'Impératrice et, sans autre préambule, lui déclare, avec l'ingénuité et la fougue de ses dix-sept ans, qu'il est amoureux de la princesse Alexandrine et qu'il sollicite sa main.
Que s'est-il passé? Une idylle a brusquement fleuri sur ce fumier d'intrigues louches et de manœuvres inavouables. Sous le chaud soleil d'août les deux jeunes gens se sont rencontrés, et, par-dessus la voix brouillonne des officiers diplomatiques, leurs cœurs ont parlé l'éternel langage de la jeunesse et de l'amour. Dès le premier jour qui les a mis en face l'un de l'autre le charme tout-puissant a opéré. La gracieuse princesse avait perdu la veille un chien tendrement aimé et avait pleuré toute la journée. Madame de Lieven s'est désolée à l'idée de lui voir les yeux rouges. Ah! que vite ces larmes avaient séché au beau soleil de l'été finissant! Si brûlant encore ce soleil, si prodigue de ses derniers rayons, que la gouvernante dévouée a eu un moment d'inquiétude quand, quittant sans s'en apercevoir l'abri protecteur d'un berceau de verdure , le jeune
couple a poursuivi sa promenade, insouciant et oublieux sous
l'ardente coulée de lumière noyant les deux têtes blondes.
Mais Catherine a vu le mouvement qu'elle a fait pour rappeler
les imprudents, et, souriante, l'a arrêtée d'un geste. Et le
roman va son chemin , léger et rapide : il a quatorze ans d'un
côté, dix-sept ans de l'autre! Après la promenade, la danse.
Le 28 août, il y a bal au palais du grand-duc, et le lendemain
la grande-duchesse croit devoir faire part à l'Impératrice de
ce qui s'y est passé. Ce n'est plus la femme de l'héritier du
trône, c'est une mère qui écrit : « Ma bien chère mère, je me
« fais un devoir de rendre compte à Votre Majesté Impériale
« de la soirée d'hier, qui me paraît de très bonne augure, car
« l'empressement du Roi pour Alexandrine a été très marqué.
» Il n'a presque dansé qu'avec elle; même déjà après minuit,
« voyant que la petite me demandait si elle pouvait encore
k danser une contredanse, il s'approcha du Régent et lui dit
« quelque chose à l'oreille, après quoi le Régent s'est mis à
« rire de bon cœur. Je lui en demandai la raison, il me
k répondit : C'est qu'il me demande si les jeunes princesses
« avaient la permission de danser encore. Lui avant répondu
« que oui, il me dit : Oh! alors il faut que je danse aussi ! Et
« effectivement il alla prendre encore Alexandrine. »
Quatre jours après, c'est Catherine elle-même qui, à la suite d'un autre bal, donné à l'ambassade d'Autriche, rédige à l'adresse de Grimm un bulletin encore plus joyeux : « Ce bal « était fort gai, parce que le bruit courait que tout était défik nitivement convenu en paroles. Je ne sais comment il se fît, « par gaieté ou autrement, que notre amoureux s'avisa de « presser un peu en dansant la main de sa future. La voilà » qui devient pâle comme la mort et qui va dire à sa gouver- « nante : « Imaginez-vous, je vous prie, ce qu'il fait ! Il m'a « pressé la main en dansant. Je ne savais que devenir. » L'autre lui dit : « Que fîtes-vous donc?» Elle répondit : «Je « me suis effrayée que je pensais tomber. » En quittant ce bal, le jeune homme a pris sa résolution, et ne voulant pas confier cette fois ses affaires au Régent, il les a faites lui-même en
s'adressant directement à l'Impératrice, comme nous avons vi. On est fiancé à partir de ce moment et on ne se quitte plus. On passe les journées ensemble sous les yeux de la mère attendrie, qui continue à raconter ce bonheur dont elle prend si volontiers sa part en des billets adressés tantôt à la grand mère, tantôt au père absent, relégué dans sa solitude maussade de Pavlovsk : « Mon bon et cher ami, je vous écris deux mots « pendant que nos jeunes promis sont assis à côté 1 un de ■s. l'autre à se parler bas, et c'est toujours la voix du promis h que j'entends. La générale (madame de Liéven) , Hélène et « moi nous faisons des pâtés (sic) ; Anne joue assise sur une b chaise; le Régent et Stedingk sont autour de nous à voir des « camées et je viens d'engager le Régent à aller fumer dans le « divan. » Elle signe « Mâcha » ce tableau familial, en y joignant un gros baiser pour son moujenha (petit mari). Puis elle dit à la grand'mère comment le Roi a pleuré à la pensée d'être séparé pendant huit longs mois de sa fiancée, le mariage ne devant avoir lieu qu'au printemps. Elle lui a demandé la raison de ce retard. Pourquoi ne se marierait-on pas de ï-uite? — « Mais « la cour n'est pas rassemblée, et les appartements ne sont pas « prêts... — Qu'importe? On a vite fait de rassembler la * cour, et, quand on s'aime bien, on ne fait pas attention :i aux appartements. Vous vous marieriez, la petite viendrait « avec vous, et ce serait fini. — Mais la mer est dange- « reuse... » Ici Alexandrine a pris la parole : — « Je me croi- « rai toujours en sûreté avec vous ! •-• — Et la mère de conclure : — « Prenez confiance en moi, monsieur Gustave [sic)] r voulez-vous que j'en parle à l'Impératrice? » Il voulut bien, i et » , achève l'excellente princesse, «la bonne humeur gagna a si bien son cœur que le souper s'en ressentit et qu'il lut « parlant et caressant même devant le monde avec la petite" . Le lendemain, nouvelle joie et nouveau billet à l'adresse du père : « Mon bon et cher ami, bénissons Dieu : les promesses « sont fixées à lundi soir dans la chambre des diamants... « Elles seront faites par le métropolite... Après..., il y aura « bal dans la chambre du trône. » Lundi soir, c'est le 1 1 sep-
tembre. A sept heures, les personnes désignées pour assister à la cérémonie sont réunies dans la salle des diamants. La fiancée arrive, puis l'Impératrice. On n'attend plus que le jeune roi. Il tarde à paraître, la souveraine commence à donner des signes d'impatience, un quart d'heure se passe, puis un quart d'heure encore, et c'est Markof qui s'avance, interdit, tremblant, pour murmurer quelques mots aux oreilles de Catherine : « Le Roi ne veut pas venir! » Elle fait mine de parler, et aucun son ne sort de sa bouche qui reste grande ouverte ; son valet de chambre Zotof se précipite avec un verre d'eau; elle boit une gorgée, fait quelques pas, puis lève la main et à deux reprises frappe Markof avec la canne dont elle se sert depuis quelque temps pour assurer sa marche; Bezborodko intervient, mais elle le repousse : « — J'apprendrai à ce morveux!... » l'entend-on dire; puis les paroles paraissent s'étrangler dans sa gorge, et elle se laisse tomber enfin lourdement dans un fauteuil.
Qu'est-il advenu cette fois? Il est advenu que Zoubof et Markof, le favori et son confident, ont touché à une affaire épineuse sans avoir conscience des difficultés et des périls qui s'y rencontraient, et que l'Impératrice les a laissés faire sans prendre garde qu'elle confiait les intérêts les plus graves et les plus chers qu'elle put avoir à deux écervelés. Pendant que les deux jeunes gens échangeaient des caresses et de tendres serments, il avait bien fallu discuter les conditions de l'union projetée, et Catherine avait réclamé de Gustave un engagement par écrit stipulant pour sa future « une liberté entière « de conscience et d'exercice de la religion dans laquelle elle » est née » . Le prince avait répliqué en s'en rapportant à la parole d'honneur déjà donnée par lui à Sa Majesté « que jamais ;< madame la grande -duchesse ne serait gênée dans sa con- « science en ce qui concerne la religion, « et en refusant sa « signature à toute promesse écrite en ce sens » , qui serait « entièrement superflue » . Et en même temps il s'était arrangé pour attribuer à cette parole d'honneur un peu énigmntiquc, derrière laquelle il se retranchait, la valeur qu'il lui convenait
LA FIN DU REGNE. '<'.l
qu'elle eût. Avec sa brusquerie et sa présomption habituelles, Catherine s'était un peu trop hâtée de juger ce jeune homme qu'elle voyait pour la première fois, et de lui accorder d'emblée — ses lettres à Grimm en témoignent — « de l'esprit et « de la bonté de cœur, de la prudence et de la mesure ». Il avait peut-être de l'esprit, mais un esprit très bizarre, où la prudence et la mesure ne parurent précisément jamais, et la bonté de son cœur demeura également sujette à caution. Une tournure bien prononcée de fanatisme mystique semble avoir constitué toujours le trait le plus marquant de sa physionomie morale. Marié plus tard à une princesse de Bade, il emploiera la soirée de ses noces à faire lire à sa femme le livre d'Esther, et, engagé dans la coalition européenne contre Napoléon, il appliquera aux événements du siècle les enseignements de l'Apocalvpse. A cette heure, tout en jouant avec une conviction apparente, peut-être même sincère, son rôle d'amoureux impétueux, il s'est évertué sournoisement à tendre des pièges à la pauvre jeune fille sans défiance, en lui faisant prendre de son côté des contre-engagements oraux dont elle ignorait la portée. « Le fait est » , écrivit Catherine à son fils après la catastrophe, « que le Roi prétendait qu'Alexandrine lui avait « promis de changer de religion et de communier dans le a luthéranisme, et qu'elle lui avait donné la main sur cela... « Elle m'a dit avec la candeur et la naïveté qui lui sont natu- « relies qu'il lui avait dit que le jour du couronnement il i'al- « lait qu'elle communie avec lui et qu'elle avait répondu : « Volontiers, si cela se peut et que grand'maman y consente. a Et qu'après cela il lui en avait reparlé et qu'elle l'avait touu jours renvoyé à moi. Je lui ai demandé si elle avait donné « sa main au Roi en guise de promesse sur ce point. Sur ceci a elle s'est écriée avec une sorte de frayeur naturelle, disant : a Jamais de ma vie ! »
Une équivoque avait été créée ainsi, que les déclarations rassurantes prodiguées par Zoubof et par son acolyte à l'Impératrice, au sujet de la marche des négociations, avaient maintenue jusqu'au jour des fiançailles. Des deux côtés on avait
compté sur le dernier moment pour emporter les résistances et « bâcler » la cérémonie des fiançailles, comme disait Markof, sauf à voir encore après. Mais ce moment venu, on s'était trouvé acculé de part et d'autre à une impasse : la signature réclamée par l'Impératrice se dressant en barrière infranchissable d'un côté, et les prétendus engagements de la fille de Paul invoqués par le prince, de l'autre. Zoubof avait imaginé que Gustave n'oserait pas faire faux bond à la cérémonie. Il osa, et Catherine affirma le lendemain que la nuit du 1 1 au 12 juillet 1762, où s'étaient jouées sa fortune et sa vie, lui avait été moins angoissante et cruelle.
Elle est prompte à se remettre pourtant, et elle n'abandonne pas encore la partie. Le métropolite de Novgorod, mandé en toute hâte, engagé à faire deux cents verstes en un jour pour se rendre à l'appel de la souveraine, a plié vainement de longues heures sous le poids de ses vêtements sacerdotaux et de sa fatigue; la cour assemblée s'est morfondue jusqu'à dix heures du soir dans l'attente du grand événement et du bal qui devait en célébrer l'accomplissement : ce sont de petits malheurs. L'énergique souveraine fait reprendre les pourparlers et veut que sa petite-fille assiste à un autre bal qui sera donné à l'occasion de sa fête et auquel Gustave doit paraître. Comme la pauvre princesse demande en grâce qu'il lui soit permis de ne pas y montrer ses yeux rougis pour de bon cette fois par des larmes qui ne sèchent plus, elle reçoit un chiffon de papier avec ces lignes : «Pourquoi pleurez-vous? Ce qui est différé « n'est pas perdu. Lavez vos yeux avec de la glace et vos « oreilles aussi, et prenez des gouttes de Bestoujef. Il n'y a :< rien de perdu. C'est moi qui étais malade hier. Vous êtes « fâchée du retard, et puis c'est tout. »
Le bal a lieu, Alexandra Pavlovna y vient, mais le Gustave
quelle v voit n'est plus le prince amoureux de tantôt; un luthérien intransigeant a pris sa place. La rupture devient définitive. Alexandra Pavlovna doit épouser trois années plus tard 1 archiduc Joseph d'Autriche, pour mourir bientôt, à ses premières couches, frêle existence que le destin n a pas marquée pour le bonheur. Et, quoiqu'elle n'en laisse rien paraître toujours, Catherine est vaincue par cette épreuve. Avec son prestige compromis, son assurance pour la première fois entamée, il semble que les sources même de la vie soient atteintes en elle. Elle voit une comète et y devine un signe de sa fin prochaine. On lui fait observer qu'autrefois elle a refusé d ajouter foi à de tels présages. — « Oui, autrefois!... » répond elle avec tristesse. Les coliques, dont elle a habituellement souffert sous le coup d'émotions violentes, ne la quittent plus. Des plaies s'ouvrent sur ses jambes. Un aventurier de plus, le fameux Lambro-Cazzioni, que l'amiral Ribas a introduit chez elle et dont elle agrée les conseils comme médecin après avoir utilisé ses services comme corsaire dans l'Archipel, lui recommande des bains de pied d'eau de mer glacée. Des menaces de congestion et d'apoplexie paraissent alors. Dans les premiers jours de novembre, pourtant, elle se sent mieux. Le 5/16 de ce mois, avant reçu par un vaisseau de Lùbeck la nouvelle de la retraite du général Moreau obligé de repasser le Rhin, elle adresse à Cobenzl le fameux billet : « Je m em- « presse d'annoncer à l'excellente Excellence que les excel- » lentes troupes de l'excellente cour ont complètement battu k les Français. » Le soir, au petit Ermitage, elle est très gaie, et Léon Narvchkine, qui y parait déguisé en marchand ambulant, réussit à l'amuser beaucoup. Elle se retire pourtant plus tôt qu'habituellement, en disant qu elle a gagné des coliques pour avoir trop ri. Le lendemain, elle se lève à son heure accoutumée, s'entretient quelque temps avec le favori, travaille avec ses secrétaires, puis, renvovant celui qu elle a appelé en dernier lieu, elle lui dit d'attendre ses ordres dans l'antichambre. L'attente se prolongeant d'une façon inusitée, l'homme est pris d'inquiétude. Le fidèle Zotof s'enhardit au
bout d'une demi-heure à pénétrer dans la chambre à coucher. L'Impératrice n'y est pas, et pas davantage dans la chambre de toilette. Il pousse un cri d'alarme, on accourt, on pénètre jusque dans la garde-robe, et là on la trouve inerte, la face congestionnée, l'écume à la bouche et râlant déjà le râle de la mort.
Une légende (1) veut qu'en cet endroit elle ait fait récemment placer un meuble apporté de Varsovie dans les dépouilles de la malheureuse Pologne : le trône de Poniatowski. Une idée vilaine, lâche et malpropre. C'est la Princesse de Zerbst cathérinisée, comme disait Joseph, qui seule a pu avoir cette idée-là. Une fille de Pierre le Grand se fût souvenue que sur ce trône, avant l'amant couronné et ne méritant pas lui-même dans son malheur cette suprême injure, des rois s'étaient assis, diadème en tête, qui avaient tenu les destinées de la Russie dans leurs mains puissantes : Batory d'abord, le rude Transylvanien, puis Sigismond Wasa et son fils Ladislas. Et voilà que ce morceau de bois doré, symbole profané et sali par elle, se vengeait! La mort y rivait laitière triomphatrice, souillée à son tour et agonisant dans la fange.
Transportée dans sa chambre à coucher, étendue sur un matelas au pied de son lit, elle agonisa encore trente-sept heures sans reprendre connaissance. Quand les médecins eurent déclaré qu'il n'y avait plus d'espoir, on s'aperçut que Paul était là. Vingt courriers envoyés par des amis de demain étaient allés le chercher à Pavlovsk. Tout un cortège l'avait accueilli aux abords de la capitale. Mais dans ce palais encore peuplé par les courtisans de Catherine et où la veille il comptait pour si peu, dans l'effarement où la catastrophe inattendue jetait cette foule d hommes et de femmes, pour qui la fin du monde semblait arriver, sa présence n'avait attiré l'attention de personne. Venu ce jour-là pour faire à l'ordinaire sa cour au favori, un témoin, auteur de Mémoires curieux, Chichkof,
(1) Un historien de premier ordre, le Père Kalink.i, s'est porté garant de l'authenticité du fait, dans son ouvrage : Les dernières années du règne de Stanislas- Auguste, Paris, 1868, p. xcvi.
donne en quelques traits expressifs l'image de la stupeur et de. l'angoisse accompagnant cette fin de règne. En pénétrant dans la salle d audience, il s'étonne, ne sachant encore rien du tragique événement, de la voir déserte. SeulLambro-Cazzioni est là, immobile, pâle comme un mort, ouvrant de? veux vides de regard. Interpellé, il ne répond pas, ne bouge pas : il a l'air dune figure de cire. Paraît ensuite Nicolas Zoubof, un des frères du favori : il a un pas d automate et semble avoir aussi perdu la parole. Chichkof prend le parti de s'en aller. Sur l'escalier, il rencontre Gribovski ; il veut lui demander ce qui se passe, mais voici qu'il se sent devenu muet à son tour, la gorge serrée, les mots ne parvenant pas à sortir de sa bouche. Un tremblement le prend sans qu'il sache pourquoi, et sa terreur augmente en voyant que Gribovski tremble aussi et que ses lèvres remuent sans laisser entendre aucun son. Ils se séparent ainsi, n'ayant pas échangé une syllabe. Enfin Chichkof a franchi le seuil du palais, et il se met à courir. Il revient chez lui grelottant de fièvre et se met au lit sans avoir rien appris.
Mais Paul ne perd pas son temps. Pendant que Roggerson,Zotof, la Pierekoussihina, Zoubof s'empressent autour de la mourante, essayant d'adoucir ses souffrances , essuyant ses lèvres d'où coule une bave sanglante, il s'occupe dans la pièce voisine avec Bezborodko. Il fouille le secrétaire de la souveraine et examine ses papiers. L'opinion générale veut qu'il s'y trouve un testament prononçant la déchéance de l'héritier. Un manifeste explicatif y est joint, dit-on, contresigné par les deux héros populaires : Roumiantsof et Souvorof. Et la Pravda voli monarcheï (la loi de la volonté souveraine), établie par Pierre le Grand, demeure en vigueur, proclamant le pouvoir absolu du monarque pour le règlement de sa succession.
Paul découvre-t-il à ce moment le document terrible ? Oui, à en croire la légende. Il met la main sur une enveloppe nouée d'un ruban noir portant cette inscription : « A ouvrir après « ma mort dans le conseil. » Sans mot dire, il regarde alors Bezborodko, et celui-ci, gardant également le silence, se contente de tourner les veux du côté de la cheminée où bride un
•feu que Catherine a peut-être allumé elle-même l'autre matin ! . . .
Ce n'est que le récit d'une légende ; voici ce que l'histoire peut y ajouter : quelques semaines plus tard, Souvorof est en pleine disgrâce, et Ronmiantsof, en apprenant la mort de la grande souveraine et l'avènement de son fils, meurt brusquement, frappé d'une attaque d'apoplexie. Parmi les papiers de Catherine qui ont passé à la postérité, un projet pour le règlement de sa succession s'est conservé, et il désigne Paul comme l'héritier de la couronne. Mais c'est une pièce de date ancienne, contemporaine probablement de la Commission législative (1767).
L'avènement de Paul s'opère sans encombre, et, en dehors de la cour, l'effet produit par la mort de celle dont il recueille l'héritage pesant est loin de correspondre à l'impression traduite si éloquemment par Chichkof. Langeron note dans ses Mémoires : « Lorsque je reçus officiellement l'avis,... je fis, « ainsi que cela me fut ordonné, prêter serment par mon ré- :i giment à l'empereur Paul. Je fus étonné de l'indifférence « avec laquelle les soldats et les officiers de l'armée reçurent « cette nouvelle. Ils ne firent paraître ni douleur ni regrets. » Nous l'avons fait observer : quoiqu'elle eût pris la Arictoire à sa solde, au dire d'un volontaire français bon courtisan, et malgré les allures militaires de son règne, Catherine n'a pas été en faveur auprès de son armée, et le peuple russe tout entier a mis du temps, d'ailleurs, à s'apercevoir qu'avec le cadavre de la grande Impératrice, il a enterré un passé de gloire qui ne devait pas revivre de longtemps. Quant à l'Europe, elle n'avait guère le loisir à ce moment de s'occuper de ce qui arrivait à Saint-Pétersbourg : le jour même où la souveraine a rendu le dernier soupir, emportant la vision consolante du triomphe de la coalition sur les armées révolutionnaires, un autre général que Moreau traversait le pont d'Arcole dans un ouragan d'enthousiasme — qui annonçait Austerlitz.
La reconnaissance de la Russie a tardé à se manifester, même par l'érection d'un monument qui fût digne de la moderne Sémiramis. Vivante, Catherine se défendit d'être ainsi honorée. « Je ne veux point de monument» , écrivait-elle à Grimm le 20 septembre 1783, « et si divin (Reiffenstein) en rêve, je « ne lui envie point le plaisir, mais exécuté ne sera de mon « su. Les places de Saint-Pétersbourg sont embarrassées. » Elle décourageait les projets de statues et faisait profession de tolérer les caricatures; elle en riait la première, d'un rire un peu forcé parfois, comme dans cette autre lettre à l'adresse du « souffre-douleur » : « On a fait en Hollande une médaille, « où l'Impératrice-Reine et l'Impératrice de Russie sont en- « semble dans un carrosse, le Roi de Prusse sur le siège du co- « cher. On leur demande où elles vont, et elles répondent : « Où il plaît au cocher de nous mener. J'ai trouvé cela très « drôle. Il n'y manque que la vérité ou la musique d'un opéra « comique français, la première pour que cela fût piquant, « la seconde pour que ce fût une platitude complète. » Parfois aussi elle se fâchait, faisant brûler par le bourreau quelques dessins, dont la licence et l'obscénité lui paraissaient avec raison dépasser la mesure. Une profusion s'en est conservée dans les collections d'estampes contemporaines : la plupart défient la description, comme ce Repas de Catherine accompagné d'une légende, dont le sens littéralement intraduisible est à peu près celui-ci : « Puisque tu aimes tant les hommes, « mange leur chair et bois le plus pur de leur sang » ; comme cet autre dessin, qui représente la souveraine un pied sur Varsovie, l'autre sur Constantinople, et couvrant de ses vastes jupons tous les princes de l'Europe, le Pape compris. Mais
elle imaginait sans doute qu'après sa mort il se trouverait bien un Falconet, peut-être même un Falconet russe, qui ferait pour elle ce quelle avait fait pour Pierre le Grand. Chargé de peindre son portrait pour la salle capitulaire de Tordre de Saint-Georges, Lampi avait placé au fond de sa toile un buste du grand Tsar avec cette inscription : «Elle a accompli ce qu'il « a commencé. »
Falconet a tardé à venir. En 1848, de pauvres colons allemands établis à Saratof prenaient les devants, en dressant sur un modeste piédestal de granit l'image de la souveraine dont leurs pères avaient recueilli les bienfaits. La reconnaissance des héritiers directs d'une gloire qui a rempli l'Europe pendant un quart de siècle ne s'est exprimée qu'en 1883 par un monument plus pompeux et moins heureux. Élevée à Saint-Pétersbourg, au milieu du vaste square compris entre la Bibliothèque Impériale, le palais Anitchkof, demeure actuelle du Tsar, etle théâtre Alexandre, l'œuvre de M. Mikiéchine est d'un aspect peu séduisant. Avec son attitude, qui semble celle d'une personne en marche, et le sceptre qu'elle tient en main, l'Impératrice a l'air de suivre une procession en portant un cierge. Le soubassement, imitant le monument de Frédéric II à Berlin, est quelque chose comme un autre essai, en bronze, de l'évocation que nous avons tentée ici même. Les principales figures de l'entourage impérial sont là : Patiomkine, un pied sur le turban turc, Orlof le vainqueur de Tchesmé et Roumiantsof le vainqueur de Kagoul, et la princesse Dachkof et Betzki et Dierjavine... Mais le bronze a trahi la pensée de l'artiste, ses personnages sont gauches et disgracieux, le conquérant de la Grimée paraît plutôt malade que triomphant, le farouche Balafré fait l'effet de subir une pénitence. Quant à l'ensemble du monument, il évoque le souvenir de ces clochettes que l'on a vues longtemps sur toutes les tables, avec le Napoléon aux bras croisés servant de manche.
Le bronze et le marbre ont fait faillite à la mémoire de Catherine. L'encre d'imprimerie l'a mieux servie : le seul monument digne d'elle, jusqu'à présent, est celui que les publica-
tions de la Société Impériale d'Histoire russe lui ont consacré. Mais ce n'est qu'un assemblage de matériaux. « Heureux l'écri- « vain qui donnera dans un siècle l'histoire de Catherine II » , a dit Voltaire. Je n'ai pas prétendu à ce bonheur; je me suis appliqué seulement à ouvrir une voie dans laquelle j'ai la certitude d'être suivi.