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il se faisait plus vieux, et dans Ja solitude de son presbytère, il yivait au milieu d’une douce tranquillité qui , lui faisait du bien. Son église, où habitait son Maitre, son cabinet de travail, où se trouvaient ses amis, se: livres, son prie-Dieu, où il épanchait le trop plein de son âme dans le coeur de Jésus et de sa sainte Mère, recevaient de fréquentes visites. Il ne négligeait certe: pas ses malades. Oh ! non, à toute heure du jour et dei nuit on le trouvait prêt pour porter aux moribond: les secours de son sacré ministère.
Toutefois, on le conçoit, en présence de la conduite de ses paroissiens, des menées sourdes de Sellier et de ses copains, il sentait l'abattement. et le décourage.. ment envahir son âme. D'une sensibilité qu'on n’auraii Pas Cru rencontrer chez un homme qui avait connu les difficultés d’un ministère pénible, il compâtissait avec tous ceux qui souffraiert, les secourait de son mieux. les réconfortait, et d’un bon mot guérissait les blessures du coeur: |
Telle avait toujours été la bonté de M. Héroux. Le lendemain du sermon qu’il donna à ses paroissiens
il se sentit plus abattu que jamais. Ne sachant com
ment chasser les idées noires qui hantaient son esprit, il voulut relire, pour la centième fois peut-être, une poé. sie, composée par un de ses confrères dans le sacer . doce. Oh ! que cette lecture, ou plutôt, ce chant dt: poète, parlait à sori âme endolorie ! Celui-là, disait-il,
à AM ententes va td . *æprimées d'une manière si réelle et si expréssive. x,
11 fait bien noir. Pantin st ter. he:
Le vent d'a automne effeuille mon noyer.
:: Mon chien sommeille, et ma braise agonise : Îl fait bien noir, œæ soir, à mon foyer !
Ces blancs. flocons, qui tombent en silence ? ; C'est de la neige, — ou plutôt de l'ennui i! ‘Chantons, mon âme, une hymne à l'espérance : | Car il fait noir, — oh 1 bien noir, aujourd’hui !
Etant! PA, sus de cat bocages, Faites captifs d’éclatants papillons,
L'automne, enfants, peuplez d'oiseaux vos cages : Les blancs frimas vont charger leurs buissons, | Mais prenez garde à votre insouciance,
Et dans vos coeurs pleins de fleurs et de miel … Enfants tôchez d’encager l'espérance :
Ca l'espérance es un seau du cie.
on tie ps much es sn = Le mendiant chante au bord du chemin.
Le coeur encor peut jeûner de tendresse,
- Etle lévite a le front bien serein !
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bios vel ob
Bac nd ei hu mé res: + Le Sans ton breuvage, 6 céleste espérance, Hhomme ici-bas tombe sous Je fandeau.
Aux noirs soucis ne fermez pas la porte :
Il faut subir ces hôtes familiers.
La vie, hélas ! est un rosier qui porte ee Contre une rose épines par milliers ! Mais si votre âme, un jour de défaillance,
: Dans sa prison se sent agoniser —
Appelez vite, appelez l'espérance : ce Son éixir peut tout cicatriser.
Sainte espérance | ô ma suave amie 1 . Reste avec nous dans ce séjour obscur.
C'est ta chanson qui fait aimer la vie, C'est ton regard qui teint les cieux d'azur ! Au trône, —au cloître, —au crime, —à pen Au laboureur comme au prêtre à l' : Montre sans cesse, à divine espérance, nr ner Le
À sie co Mau À doi qe - Le ciel se teint d'une rose lueur. 2e
fe “ch AUTOUR D'UNE AUBERGE | Et mon basier pétille avec humeur. < ?
D'un givre d’or mon vitrail se nuance : | Tout me sourit — l'hiver et l'avenir !
O douce fée ! à riante espérance !
. Merti ! merci ! — Laisse-moi te bénir ! (1)
Lorsqu'il eut terminé cette lecture ou pour mieux dire cette méditation poétique, il pleura. Je ne déses père pas, dit-il, ô mon Dieu, non, il me semble que: vous .exaucerez mes prières. Mais que j'ai besoin de votre secours {, Vous le savez, les méchants font une guerre acharnée, Secourez votre serviteur | Que je mourrais contént si je voyais refleurir la piété dans cette paroisse que vous avez confiée à ma. garde. J'ai été un serviteur infidèle ; ayez pitié de mes larmes, ramenez au bercail les brebis qui se perdent. ‘Alors je pourrai fermer les yeux à la lumière en chantant avec reconnaissance mon “Nunc Dimitis”, (2)
Ces lignes nous montrent combien le prêtre qui a ‘<harge d'âmes souffre parfois, en voyant l’endurcisse- ‘ment de ses paroissiens. Comme un père de famille | ressent les peines et les chagrins de ses enfants, le curé, lui, conscient de la lourde responsabilité qu'il a sur les épaules, devant l’inutilité de ses efforts, serait porté au
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découragement si le bon Dieu ne venait à son aide. Il prie, il pleure dans le secret, il supplie la divine misériconde d’attendrir le coeur de ceux qui se perdent malgré lui. Si les quelques rares paroissiens entêtés, qui s’obstinent à ui faire la lutte, pouvaient pénétrer dans l'intimité de son coeur, ils verraient que, quelles que soient leurs misères, le prêtre les aime; comme le bon pasteur, il donnerait sa vie pour ses brebis. Voilà le prêtre catholique. I] lutte contre les vices, il les poursuit s’il est possible jusque dans leurs derniers retranchements, mais il aime les âmes, Ce sont ses enfants, c’est
sa famille, et il mourrait pour sauver son troupeau. M. Héroux en était là dans sa méditation -“and
tout à coup quelqu'un agita la sonnette de la porte,
Tiens, se dit-il, ce doit être M. de Verneuil et mon vieil ami Bonneterre, Ce sont des fidèles, ceux-là. Que Dieu les bénisse tous deux pour la joie qu’ils me donnent ! 11 se leva, ouvrit la porte : en effet, c'étaient M. de Verneuil et M. Bonneterre, qui, suivant la coùtume, venaient de temps en temps au presbytère jeter dans la vie de leur Curé quelques rayons de lumière. De telles visites lui faisaient du bien. Ces hommes, liés pr une piété peu ordinaire, se comprenaient. Aussi la conversation avec eux était loin de languir. M. de Verneuil, on l’a dit plus haut, était le modèle des pères de familles. Tout le monde connaissait sa piété et son ;
attachement à raligin. Jamais ie soda qu'on
DRE pa dites dé be à a quelques-uns de temps à autres risquaient une parole tant soit péu déplacée, on voyait à son air qu'il valait mieux changer de ton. Ses yeux alors lançaient des éclairs ‘personne ne pouvait résister à 1a verte semonce *Qu'A savait leur administrer. Aussi, ceux qui avaient fait l'expérience d'une passe d'armes du genre n'étaient plus tentés de recommencer.
.— Bonsoir, Messieurs, dit ‘M. Héroux, en les voyant, avec un sourire plein de bonté, plus expressif qe ses paroles) vous êtes les bienvenus ! d’a autant plus De tout me paraît sombre: et, faut-il vous
avouer, je commençais à être envahi par is tristesse.
—Comment, M. le Curé, dit de Verneuil: faut-il vous
… faire la morale à notre tour, vous vous attristez. .. ? Mais vous badinez ! d'ailleurs, les tristesses ne rapportent jamais rien de bon. Vous vous rappelez, M. le Curé, combien j'étais abattu lorsque je subis l'incendie de mes bâtiments, et lorsque, ensuite, je perdis deux enfants. C'est votre parole qui me consola et m’encot: ‘rages. Je ne saurais trop reconnaître ce que je vous. dois. On comprend, M. le Curé, qu'un pauvre laïque puisse faiblir sous la croix : mais un prêtre, un ‘prêtre chargé de mérites ? non ! il faut voir en tout l'action de la Providence qui ne permet l'épreuve que pour nous rendre meilleurs. Aussi, M. ie Curé, si vous êtes acce- MA de rats pme cn ph pare que vou cn
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prenez les dangers que court notre jeunesse ; et non, PATCS que VOUS ne pouvez, vous n'avez pas le courage de porter votre croix.
—Mon ami, dit le Curé d’une voix émue, quand on est jeune, on espère en l'avenir. L'espérance retrempe le caractère et redonne de la vigueur pour supporter les épreuves. Quand on est jeune, tout nous sourit. Que de projets ne fait-on pas ? On compte sur la bonté de ses paroissiens qui semblent nous aimer. On leur fait tout le bien possible, on croit que ces fruits seront durables. Mais, comme les bienfaits s’oublient vite ! Comme on se rappelle plus aisément les réprimandes qu'il a fallu donner ! Comme nos gens sont portés à tout critiquer... Vous ne voyez pas ces choses comme je les vois moi-même. J'en en suis venu à douter de la reconnaissance, c'ést un vain mot !
—Pourtant, M. le Curé, il y a encore beaucoup de vos paroissiens qui vous aiment. Soyez sûr, que si 1’ casion s'en présentait la grande majorité serait pour vous. Remarquéz, M. le Curé, que ceux qui vous résistent ne fonient qu'un petit groupe, que nous pourrions combattre si nous en prenions les moyens.
—Croyez-vous, dit M. Héroux, que Sellier n’a pas plus d'influence sur nos gens que moi ?
Fe —À cela, dit à son tour M. Bonneterre, laissez-moi d: rous-dire que si vous de vouliez, vous pourriez faire ace
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- par les gens du chantier, + propos les pie ins
Ci vrai, reprit M. de Verneuil, votre sermon d'hier en a é‘ranlé plusieurs. On n'ose pas encore
le dire trop haut, mais, M. le Curé, on sent que vous avez râison.
— Ah ! reprit M. Héroux, que je serais “hetoaix si vous disiez vrai. Mais je n’ose plus croire que j'ai quelque empire sur eux, et je n’ose plus espérer,
—Monsieur le Curé, croyez-moi, reprit M. de Verneuil, vous avez le grand nombre pour vous ;il n’y a qu'à continuerÿ aprés tout, le bon Dieu n'exige que la bonne ve unté, il ne demande pas le succès.’
—Ainsi, dit le vieux Curé, vous me conseillez de re-
venir à la charge ! Peut-être avez-vous raison ? Je lutterai donc jusqu’au bout ; un bon serviteur ne doit pas se croiser les’ bras quand l’ouvrage le commande. D'ailleurs, il est bien juste que je répare avant de mourir le manque d'énergie q'ie j'ai montré dans cette lutte. Plus j je réfléchis, plus je suis tenté de m’accuser. On le voit M. Héroux cherchait à jeter sur lui seul / la cause de ses insuccès.
—M. le Curé, vous n'êtes pas seul dans cette nouvelle lutte, j je vous seconderai detoutes mes forces. —Moi aussi, dit vivement Bonneterre, celui qui combat avec son Curé, celui-là, le bon Dieu le bénira. Longtemps les trois amis parlèrent sur cé ton. M: de Vernueil rapportait cæ qu'il avait entendu dire