‹ Autour d'une auberge [microforme]Chapitre 23 sur 37 · UNE ASSEMBLER MOUVEMENTEE AU CONSEIL · texte numérisé non relu

UNE ASSEMBLER MOUVEMENTEE AU CONSEIL

d’une heure, se 5 se choisir une

les plus éloignés, ne voulurent point Manquer l’occasion qui s'offrait à eux d'entendre discuter La question > des auberges. En attendant l'heure réglementaire, les hommes discouraient entre eux. Les uns préten- Rient qu’il serait plus Sage de suivre Les avis paternels

du Curé qui, disaient-ils, ne veut que le bien de ses parissiens. : L'auberge, tenue comme elle l'est par Bonvin, ajoutaient d'autres, fait un tort considérable aux familles et aux jeunes gens... Enfin la paroisse n'a pas besoin de débit de boisson.

duelques-un. soutenaient qu'une auberge était utile O0 pour les voyageurs. - FR

: ‘avroux sur aumtac ee

L'argument qu’on Dei à die ne c'est que l'auberge donnait à la municipalité une somme de $150.00 annuellement, et que cette somme servait à faire exécuter certains travaux d’urgence.—Au reste, disait celui-là, une paroisse sans. auberge, c'est une paroisse qui rétrograde.

Chacun, on de voit, donnait son opinion, sans ceperdant vouloir trancher la question: ce n'était pas en effet de leur ressort. Elie était du domaine du

maire et de ses collègues. Quoi qu'il en soit, il devenait évident que la masse de la population souhaitait l'abolition de l’auberge.

A dix heures, Rougeaud en personne et ses aco- ‘lytes, Jean Labouteille, Lucien Prentout, Louis Grinchu, Bernard l’Ami, entrèrent. M. de Verneuil et son collègue, Pierre Boisieau, les suivirent peu d'instants plus tard, avec le secrétaire. Chacun put remarquer que Rougeaud avait l'air préoccupé.

j Un malin dit tout bas à son voisin qu'il avait vu le maire dès huit heures en pourpariers avec Labouteille, l’Ami, Prentout et Boisieau. “La discussion paraît-il a été vive. Il a lancé des injures à l'adresse du Curé: il s'est mis en colère contre l’Ami, citoyen fort paisible. J'ai hâte, dit ce témoin, de savoir ke court et le Jong de cette histoire.” « Les membres du Conseil prirent leurs sièges re pectifs. Dans la salle se. trouvaient Bonneterre,

des fils de M. de Verneuil, Charles Langevin, Boisdru, Latulle et des centaines d’autres

Les affaires de routine furent expédiées promptement. À la fin, Jean Labouteille, voisin du secrétaire, se leva pour annoncer que l’aubergiste, M. Bonvin, avait fait une demande régulière . d’une licence par requête revêtue de vingt-cinq signatures. Labou- teille, en homme habile, fit valoir les arguments suivants: Une auberge est utile dans la paroisse, elle est même nécessaire surtout pour les étrangers qui nous visitent. Il a passé déjà dans des paroisses où il n’y en à pas, et a éprouvé les inconvénients que sont obli-

gés-de rencontrer les voyageurs qui vont dans ces pa- L'auberge est très utile en cas de mala-

: si l'auberge disparait il faudra faire un NS en du do etes les malades auront ainsi .le temps de mourir. L'auberge garantit en plus à la municipalité une somme Qui n'est pas à dédaigner: $150.00 pour le Conseil. ‘Avec ce montant on Pourvoit eux besoins qui se présentent soit pour les chemins, les trottoirs, les fossés Voilà, concut notre apôtre, les raisons qui nous portent à donner, encore cette année, une licence pour l'usage, la commodité, l'économie des paroissiens de Notre-

religieux silence, M. de Verneuil dit à Boisleau : “N'ou bliez pas de me seconder et surtout ménager lJ’Ami qui m'a l'air à penser comme nous.”

‘M. Labouteille reprit son de et une trentaine de personnes l’applaudirent : c’étaient sans doute les ivrognes payés par Rougeaud et Sellier, et dont les noms étaient sur la rer“ièête.

M. de Ven::: 1 se leva à son tour. Il était pâle, sa voix tremblait d'émotion. Ii se fit un silence solennel. Es :

—Monsieur le Maire, dit-il, Messieurs les Conseillers, hier vous avez entendu les appels de votre digne Curé, vous avez vu couler ses larmes, vousmêmes, braves paroissiens de Notre-Dame, vous avez pleuré avec lui. ‘Dites-moi, voulez-vous seconder votre dévoué pasteur? Voulez-vous fa’- . -sser les plaintes, les gémissements des familles, ues enfants qui demandent les uns, l’affection d'un ‘un père, les autres du pain pour apaiser leur faim et : des vêtements pour les couvrir ?

—QOui! Oui! criat-on de toutes parts, c'est le temps!..

Æh! bien, mes bons amis, si vous voulez .téussir, vous devez erlever de cette paroisse ce

‘°° débit de boisson où l’on vend avec le vice, le plus vio-

lent poison. M. le Curé l’a demandé avec instance, et-vous devez le faire: tout bon chrétien doit écouter

| ses prêtres, autrement vous cesseriez d’être chrétiens. | Mais, mes amis, quelqu'un me dira, M. Labouteille

sera de ce nombre: Il vaut mieux accorder une licence, parce que, autrement, il se vendra des boissons sans licence!...... Et alors le remède serait plus grand que le mal!.... Non! Messieurs, l’autorité dirigeante a parlé, on doit écouter! Si M. Hé-.. roux, pasteur des âmes, croit que nous pouvons courir Ces risques, nous devons le faire. Le mal ne sera

| pas plus grand, au contraire. D'ailleurs, Messieurs,

nous serons là pour veiller à ce que ces vendeurs de boisson sans licence soient sévèrement punis. Donc nous devons refuser cette demande. Ce sera le seul, l'unique . moyen ‘de débarrasser notre paroisse des scènes scandaleuses qui s'y commettent au grand jour. Il y a une autre raison qui me pousse à refuser cette demande à M. Bonvin: c’est qu'il est lui-même une

| cause de ces tristes scènes; il vend aux mineurs com-

me aux hommes mûrs. Il vend le dimanche, au vu et au su de vous tous!...

—C'est vrai! crièrent plusieurs voix.

—Donc, à mon point de mu, c'est un honme indigne.

M. Labouteille dira ençore qu’une licence est utile aux voyageurs. Mes chers co-paroissiens, nous, .Pouvons avoir une auberge de tempérance pour recevoir et loger ces étrangers, Quel besoin avons-nous d’une

AUTOUR D'une aumce

buvette ? une nous apitoyer si fort sur des individus qu’on ne connaît pas, et qui ne passeront qu’une fois le mois, tout au plus,—par exemple les voyageurs

” dé commerce, —ou mieux encore pour ces gens qui ne

: viendront à passer ici que par hasand. Pourquoi exposer journellement notre jeunesse à entrer dans l’au-

‘ berge, à fréquenter ces hieux. “dangereux à cause dé ces étrangers qui n’apportènt pas un sou à la paroisse? Vous voyez que l'argument est faux. .....

Quant à l'utilité d’une auberge en cas de maladie, je puis répondre que personne n'est mort parce qu'on n'a pu lui donner à temps de l’alcool. C’est le contraire qui se produit : plusieurs meurent d’en avoir pris. Au reste, en cas d'urgence, chaque médecin, peut en livrer comme remède, ce qui dunre le temps de s’en procurer. Reste la somme des $150.00 que d'a rapporte à la paroisse, Croyez-vous, mes boñs amis, qu'après cela vous êtes en profits? Non! et je vais le

4 prouver. Dans cette paroisse il y a environ 400 familes. Supposons que chacune d'elles ne dépense que $20.00 par année pur l'alcool, dans le temps des fêtes et des corvées, ce montant représente la somme énorme de $8000.00. N'est-ce pas affreux?. Et où vont ces argents? Dans la bourse d’un seul :. l’a aubergiste. Mais y a plus: je connais des familles qui dépensent en viron de-$25.00 à $100.00, mettons en moyenne $yoion

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AUTOUR D'UNÉ AUBERGE ut

Croyez-vous qu’il ne serait pas préférable que le Conseil prélève une taxe de 50 centins de plus pour nous débarrasser de cette auberge, qui, d’ailleurs, cause tant de maux? Comment qualifier la dégradation de la jeunesse? Comment ne pas être indignés des scènes qui se passent tous les huit ou quinze jours lorsque M. Sellier paie ses hommes au moulin ! Ii faudrait manquer de coeur et de tout sentiment chrétien pour pers mettre ainsi que la paroisse souffrit plus longtemps cet état de choses. Je fais appel, mes chers collègues, à vos sentiments de pères de famille, à votre titre de Canadiens français, pour que vous rejetiez avec dégoût cette nouvelle demande. La paroisse le désire, n'est-ce pas?

Pris. —Ouit Oui! crièrent plusieurs voix. Pas de lisen cence! La prohibition !

s'en M. de Verneuil termina son discours au milieu des pet applaudissements.

Rougeaud eut toutes les peines du monde à ie blir le calme. Labouteille se leva et répliqua : —Messieurs, ne vous laissez pas influencer par ce que vient de vous débiter M. de Verneuil. Nous ations prendre le vote; que pensent MM. Fonte a FA Boisleau se contenta de dire: 4 —Pour moi, je pense que M. de Verneuil a raison. . L'Ami, à son tour, allait prendre la parole lorsque = Rougeaud le prévint et lui dit:

—-Propouz don de rnroer La dsusion à dix a

Sans

—En' principe, dit-il, je suis pour M. de Verneuil, : mais je dernande que l'on renvoie le débat à dix jours. : +* 7 Je seconde la motion, dit Labouteille. -1* Malgré les protestations deM. de Verneuil, et les — marquées des auditeurs, Rougeaud leva la

—Réjouissons-nous, dit de Verneuil à son vieil ami Bonneterre: Rougeaud l’a paru belle. La paroisse est avec nous. Nous le tiendrons cette fois. Attends

- dix jours encore, et le règne de l'auberge aura cessé,

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