A LA VEILLE DE LA BATAILLE
| 7. Au Canada la belle saison s'écoule, hélas! avec le | fapidité de l'éclair. Les mois de juillet et d'éoût ont bientôt fait place au mois de septembre, qui, sous bien
des rapports, le plus souvent, est le plus beau mois de | fur; oc mbis est idéal.
16 | Autous es AUBERCE
| avait pu surmonter les intrigues de Rougeand et de - Sellier. On comprend. que ces deux apôtres, vexés, supportèrent difficilement leur échec. Cependant, tout reprit son cours normal ; les mois d'automne arrivèrent, avec eux, la question de l'auberge.
M. Héroux, dès le mois de décembre, entretint ses amis des projets qu'il avait formés pour réussir dans sa lutte. (MM. de Verneuil, l’Ami, Bonneterre, le visitaient plus souvent ; l'on dressait des plans pour déjouer ceux de Sellier. -
La question des auberges au Canada présente des difficultés incroyables. Il y aura toujours des
. Canadiens capables de soulever: les passions pour défendre ces lieux dangereux. Il n'est pas d'argu- . ments, il n’est pas d'armes qu'ils n'emploieront pour réussir, Un instant, on croira que ja #4 tion est terminée, que l’auberge est “enterrée” ; à la surprise générale, 1e Ron tant Fiat vera le contraire. Partout et toujours les amis de la dive bouteille travailleront pour conserver -l’auberge, ruine. de nos Campagnes. La question des licences peut se eomparer au dragon à sept têtes dont parlent les bonnes mamans à leurs petits-enfants. Un moment __ On à réussi à trancher six têtes de l'animal, mais, hé- ‘las! on en a laissé une: celledà suffit souvent pour recommencer la lutte et renverser les plus généreux combattants. D'ailleurs, comme nous avons eu l'occe-
AUTOUR D'UNE AUBERGE 163 | sion dé te dire déjà, la loi de la Province favorise fes
{ débits de liqueurs. Chaque municipalité peut accorder ‘ ne licence d’auberge à tout individu qui en fait la de-
(mande, pourvu qu'il présente une requête revêtue de
vingt-cinq signatures des contribuables. I] est évident qu'on trouve toujours facilement ces signatures : l’hô-
telier a des parents, des amis, des alliés, qui seront pour 2% l lui. Il saura se gagner les faveurs des conseillers, en
les recevant avec politesse à son auberge, leur payant “un petit-coup”: ce qui produit un effet magique sur
. beaucoup de personnes. Îl y a plus: cèlui qui veut
conserver ou obtenir une licence, saura, dans le temps,
|: donner mêm € à ses acolytes, une forte récompense pour Stimuler leur zèle. Dites-moi, si avec de tels moyens,
on ne peut obtenir le nombre de signatures exigées par la loi :
mettre sur le chemin, voir chacun des paroissions, exiger leur signature et cela, autant de fois qu’il y aura de demandes adressées au Conseil, Cette loi n'est-elle pas -absurde? Elle l'est en effet, il faudrait l’amender. :
M. Héroux et ses amis préparaient en secret leurs Plans d'attaque, “Si nous voulons réussir, disait l’ Ami, nous devons cette année’ jeter Rougeaud et Labou-
: aptoux D'un : aUREaGR
Br lle pie bot Le tnins: de Roc de Labouteïlle comme maire et conseiller expire bientôt : profitons de cette occasion pour faire élire deux conscillers favorables à la tempérance. ‘ |
. —Jusqu'atjourd’hui c'est maître Rougeaié qui s’est chargé de choisir es hommes à présenter : ce temps est passé, dit M. de Verneuil, et nous avons en effet le devoir de lui montrer qu’il n’est pas l’homme nécessaire, indispensable au vos fo,.ctionniement de . muni- ‘‘cipalité. à
—Prenons garde, reprit l Ami de: réveiller ies préjugés politiques : Vous savez personnellement que : Ja - politique est mêlée à tout dans cette paroisse . —Je vous ‘conseillerais, ajouta le Curé, de choisir pour cette raison Charles Langevin, c'est un excellent * let 5 et de à Ris ST 108 adversaires veulent, pour mêler nos cartes, amener la question | sur le terrain politique, ce qui est fort à craindre, nous les divisons, par le fait même, entre eux, car Langevin est un libéral connu et justement estimé. : =: ==Très bien, M. le Curé, dit de Verneuil, mais il ne faut pas oublier que ces gens-là suivent les. “tours” pour les élections dans leurs rangs respectifs. Cette année, C'est au tour de J. B. Latulle; ‘si l'on choisit M. “ re te de den Da (Voie di où ont M Héros, on ie
Sir
FEsST
| | AUTOUR D'UNE AUBERGE 165 1 |. demander à Latulle qu’il se prononce carrément sur la 4 | l'question de l'auberge. Pour mettre la division dans le ‘1
cainp de nos adversaires, vous prendrez quatre ou cinq ! bons libéraux et autant de Conservateurs, et, ensemble, À : vous inez en délégation Proposer la charge de conseiller 1h à M. Latulle. S'il ne veut pas se prononcer séance 4 tenante contre la licence vous l’offrirez à Charles Lan- 4 Sevin. Vous suivrez ja même ligne de conduite pour à | : M. Larfeuil qui doit remplacer Labouteille. ; gl = Le lendemain de cetre entrevue, M, de Verneuil “à et Bonneterre, avec cinq libéraux et autant de conservateurs se rendirent chez Latulle et Jui firent part du but -de leur visite, : - Latulle excessivement embarrassé ne sut que ré- ‘pondre. M. de Verneuil Jui dit alors: “M. Latulle, vous | - voyez ioi de vos amis libéraux et conservateurs qui. “Miennent vous demander de répondre à cette question. - ‘| Etes-vous, oui ou ‘non, Pour l'auberge ? Nous atten- |
| drons votre réponse; nous devons l'avoir avant de
-=Messieurs, dit Latulle, je ne peux me prononcer
ce soir. |
| 166 118 AUTOUR D'UNE AUBERGE ne . d'avance ; vous connaissez le sermert d'office! à —M. Latulle, dit M. de Verneuil, nous savons à Quoi nous en tenir W-dessus. . Lorsqu’yn conseiller prend possession de sa change il prête serment de veiller aux meilleurs intérêts de ses CO-paroissiens, Et il n'est pas d'intérêt plus grand, de devoirs plus impérieux, qui incombent au conseiller que celui de faire la guerre à l'auberge. Est-ce à votre dernier mot, M. Latulle ? Sur la réponse affinmative de ce dernier, tout le monde sortit, et l'on,se dirigea chez Charles Langevin, qui accepta avec empressement une charge qui.le met- Le tait en état d'aider son cher et vénéré pasteur. : ‘ : Le soir même, tous se rendirent chez Larfeuïl qui, lui aussi, se déclara ouvertement contre l'auberge. Du retour au presbytère, M. de Verneuil dit à M. Héroux : cette fois, nous tenons notre Rougeaud. ne —Totit n’est pas fini, dit le Curé, veillons et prions, la lutte ne fait que de recommencer: Mais, à la grâce or | ;