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L AMOUR LICENCIEUX

Les tensons et jeux-partis roulent sur les thèmes les plus risqués.. Entre Gui et Ebles d' Uisel, HisL litt,, XVII, 554 ; « Vous qui êtes criblé de dettes, si on vous offrait de les payer, au moment où vous êtes couché avec votre amie, à condition de vous lever et de renoncer à votre amour, que feriez-vous? »

Entre Guiraut Riquier et Folquet (Auglade, le Troubadour G. Riquier, p. 102) : Deux amants couchent dans la même chambre, dans des lits séparés. Qu'y a-t-il de plus agréable pour le chevalier, se leve-r pour aller retrouver la dame ou voir la dame se lever pour venir à lui? — Ibid., p. 217, note : Un chevalier est couché avec la dame qu'il aime ; quand eut-il plus de plaisir, quand il se coucha ou quand il se leva ^? — Quelle est la partie la plus agréable du corps de la femme? demande Bernard Mir ; et voici les conseils que donne André le Chapelain, ecclésiastique et théoricien de l'amour pur :

P. 244 : « Si tu apprends que ton amante s'est livrée à un autre,, tu n'en éprouveras que plus de désir de la posséder, à moins que la noblesse de ton cœur et de ton âme ne te détourne de cette vilenie...

« Ton amour pour ta maîtresse diminuera si tu possèdes une autre femme, même quand avec celle-ci il ne s'agirait pas d'amour... »

P. 249 : a Si, par suite d'un accident fortuit, un des deux amants est réduit à l'impuissance vénérienne, il ne peut plus y avoir d'amour entre eux...

« Si tu trouves ta maîtresse moins empressée à demander ou à accorder les plaisirs d'amour, sache qu'elle va bientôt t'échapper.

<( Si tw t'aperçois qu'avec toi ou tout autre elle cherche à connaître, souvent et indiscrètement, les actions de quelqu'un, à s'informer avec ruse de sa vie et de ses habitudes, sache qu'elle pense à l'aimer.

« Si elle prend plus de soin que d'ordinaire de son corps, c'est qu'elle t'aime davantage ou qu'elle en aime un autre. »

Le moine Matfre Ermengau ne se montre pas plus édifiant que le Chapelain. j

Brev.dWm.^ 31764: «Priez d'amour une dame et quand même elle refuserait, elle ne vous en voudra pas ; elle ne vous en aimera que davantage'jet estimera que vous êtes fort poli.» Puis, copiant Ovide ^,

1. Notez que Guiraut Riquier est un des poètes de l'amour pur, et que Guillaume IX lui-même a inauguré le genre courtois. Le même contraste se retrouve en Italie. Rusticojdi Filippo, qui a écrit beaucoup de poésies dun ton élevé, en a composé de familières {Anl. Rime V, sonnets 841-860, 919-928) et d'autres aussi intraduisibles par leur grossièreté que celles de Guillaume (sonnets Dache guerra^ A uoi chierma, Anl. Rime V).

2. Rem. am., I : « Si elle n'a pas de voix, fais-la clianter ; fais-la sauter, si elle est lourde ; si elle parle mal, fais-la bavarder. Si elle ne connaît pas la musique, de-

Malfre indique aux amoureux, vers 33990 et suiv., le moyen de se guérir de l'amour. « Si elle parle et si elle chante mal, qu'il la fasse parler et chanter ; qu'il la fasse rire, si elle a de laides dents ou un rire déplaisant ; et alors il devra bien faire attention à sa gêne, car de même que les dames se montrent agréables lorsqu'elles font ce qu'elles savent et qu'elles font bien, de même elles s'irritent qu'on les voie mal faire ou mal dire. »

34218 ^ : « Si l'amant est assez familier avec la dame qu'il aime pour pouvoir la visiter quand il voudia, qu'il vienne le matin à son lever avant qu'elle se soit attifée, car alors il verra en elle beaucoup de choses qui ne lui plairont pas ; et s'il pouvait s'arranger de manière à la voir nue en plein jour, il serait bien étonnant, s'il la considère de pied en cap, qu'il ne découvrît pas en elle quelque grave défaut qui le dégoûtera. »

§ 9. Les fêtes de mai, les caroles et les cliansons de danse.

Une grande liberté paraît avoir régné dans les mœurs et favorisé les entreprises des galants. Je ne sais si les femmes se jetaient à leur cou avec la folle impudeur que leur attriljuent les chansons de geste ; mais le ton qu'elles prenaient dans les fêtes de mai autorisait les poètes à leur prêter le pire dévergondage.

Ces réjouissances remontent à l'antiquité. Les fêtes de Flore, qui commençaient le 4 des calendes de mai, duraient plusieurs jours, dans une liberté de Saturnales. Au théâtre, les mimes étaient remplacés par des courtisanes et « non seulement la licence de leurs propos atteignait les dernières limites de l'obscénité ; mais encore, sur la demande des spectateurs, elles dépouillaient leurs vêtements, et elles restaient là, sous les yeux du peuple, à faire les gestes les plus honteux jusqu'à ce qu'il en fût rassasié » 2.

mande-lui de jouer de la lyre. Si sa démarche est gauche, fais-la marcher. Si elle a une vilaine gorge, découvre-la-lui. Si elle a de vilaines dents, raconte-lui des histoires qui la feront rire ; si elle a l'œil noyé, raconte-lui des histoires qui la feront pleurer. Il sera très utile de la surprendre, le matin, à sa toilette, avant qu'elle ait eu le temps de rien dissimuler. »

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