INFLUENCE DE L OCCITANIE SUR DANTE
d'amour ^ » (sonn. Tutti i miei pensier). Occitanique, ce mutisme qui saisit le poète en f?ce de celle qu'il aime, lorsqu'il se résout à affronter sa présence (V. N. §15, etsonn. C/o c/i<3 m' mcon^ra). Occitanique, le reproche que Dante fait à ses yeux. Ocritaniques, cet Amour qui est le roi de la noblesse (F. iV., § 12 ; Signore délia nobiltà)^ celte Béatrice qui est très noble {gentilisslma), qui est la reine de la courtoisie {donna délia cortesia), et dont les yeux rient ^.
Occitanique, dans quelques détails et dans son inspiration générale, le groupe des poèmes de La Pierre.
Occitanique, le Donne che avete intelletto d'amore ; c'est la transcription de domna que enten en amor [Bre<^. d'Am.^ 30583 et 30749 ^).
Occitaniques, les expressions lei servir, servidor, servigio, servir contra talento, in pregio {pretz) monti^de la chanson lo sento si d'Amor *.
Occitanique, cette leggiadria à laquelle Dante consacre la chanson Poscia che Amor. Ce n'est pas une vertu, c'est une qualité d'homme du monde ; c'est la bonne grâce du chevalier. Et très occitanique ce donneare [domneiar)^ cet art de courtiser les dames suivant les règles auxquelles Dante, dans cette chanson, semble rapetisser l'amour,
Occitanique, la recherche de la nouveauté. (Cf. II, chap. iv, § 1.)
Après tous ces menus détails, rappelons que la figure caractéristique du stil nuoço, la Dame-ange, se borne à reproduire, en les exagérant, les traits de la Dame-perfection des troubadours et que, bien avant Guido Guinicelli et Dante, l'amour occitanique empruntait le masque féminin pour conduire les âmes à Dieu. (Cf. I, chap. m, §§ 18 Jet 19 ; chap. iv, §§ 7, 8, 9, et chap. x, Conclusion.)
1. Gaucelm Faidit, M. W. II, 105 :« Tous mes pensers sont arrêtés sur l'amour. » — Miraval, M. W. II, 118 : « Tous mes pensers sont des pensers d'amour. » — Peire Vidal, M. G. I, 151 : «Tous mes pensers sont d'amour et de chant. » — Raimon Jordan, M. W. III, 301 : « Tous mes pensers sont d'amour. »
2. « Lorsque je la vis rire des yeux, » avaient déjà dit Bonifaci Galvo (édit Pel-aez, Tems e luecs) et Gaucelm Faidit [Canzoniere A, n» 200, cité par Scarano, SI. difiloL. romanza, VIII).
Notez encore que Béatrice est appelée très courtoise {V. N., § 2) ; le salut qu'elle accorde à Dante (§ 3) est un effet de son « ineffable courtoisie ". Quant au mot gerdile, (jenlilissima, il n'est pas douteux qu'ilne signifie noble ; dans la chansonle Dolcirime, théorie sur les origines de la noblesse, Dante appelle la noblesse geniilezza.
3. Cette expression du Brev. d'Am. signifie : dame qui s'occupe d'amour, qui s'attache à domneiar^ à coqueter suivant les règles courtoises, Qat enten signifie qui s'applique à; que enten en Una donna veut dire qui s'attache à une dame; enlendedor est synonyme de soupirant, amoureux.
• En lan^e d'oïl, on trouve la dame qui en amor mel son entente. » {Livre des manières^ Etienne Fougère, vers 1057.)
4. Chez G. Cavalcanti, il faut signaler, dans le sonnet Se uedi Amore, le vers : Se la soffrenza lo servenle ainla: la patience aide l'amoureux à triompher de sa belle. C'est une des idées les plus rebattues des troubadours.