SAINT FRANÇOIS ; LA PAUVRETÉ FRANCISCAINE
Cette céleste figure est devenue familière au public. Mais, comme elle est le meilleur témoin de la tension spirituelle, de l'excès de sensibilité, de l'exaltation incroyable qui transporta hors des routes ordinaires l'humanité du xiii® siècle, il faut s'arrêter un peu devant elle.
Veuve du Christ depuis onze siècles, madame Pauvreté attendait en vain un époux lorsque le jeune homme d'Assise s'offrit à ses embrassements. Nous raconterons ailleurs ce mariage {III, eh. vi, § 19) ; en voici les prélude? : « Dans son oraison ^, saint François reçut de la visite de Dieu une ardeur croissante qui enflamma si fortement son âme de l'amour de la sainte pauvreté qu'à l'éclat de sa figure et au frémissement de ses lèvres il semblait qu'il jetât des flammes d'amour... Allons à saint Pierre et à saint Paul, dit saint François, et prions-les qu'ils nous enseignent et nous aident à posséder le trésor infini de la très sainte Pauvreté ; car c'est un trésor si précieux et si divin que nous ne sommes pas dignes de le posséder en notre misérable vaisseau de chair. C'est cette vertu céleste par laquelle toutes choses terrestres et passagères sont foulées aux pieds et par laquelle l'âme est dégagée de toutes les entraves, afin qu'elle puisse librement s'unir au Dieu éternel. C'est par cette vertu q\ie l'âme encore habitante de la terre converse dans le ciel avec les anges. C'est elle qui accompagna le Christ sur la croix ; avec le Christ elle fut ensevelie ; avec le Christ elle ressuscita ; avec le Christ elle monta au ciel. C'est elle qui, dès cette vie, accorde aux âmes éprises d'elle le pouvoir de monter aux cieux. »
L'union avec la pauvreté n'était point nouvelle ; les Cathares ordonnaient aux parfaits de ne vivre que des fruits de leur travail ; les Vaudois, surtout celle de leurs sectes qui resta en communion avec l'Eglise, les Pau{>res catholiques^ recommandaient la mendicité. Tous les ascètes, nécessairement, pratiquent l'indigence et l'aiment, mais non en elle-même. Ils la considèrent comme une épreuve, un sacrifice semblable aux macérations de la pénitence, un moyen de détacher de la terre le cœur de l'homme. Or, si saint François épousa madame Pauvreté, c'était pour la chérir comme le véritable état du croyant, l'absolue liberté de l'esprit, dégagé de tout souci, et la seule façon de goûter en sécurité les biens qu'ici-bas nous a répartis la munificence divine. S'il abandonne toute propriété, c'est pour mieux embrasser l'univers.