‹ Autour de Dante; Les BéatricesChapitre 130 sur 440 · FiorelU, Ozanani, V · texte numérisé non relu

FiorelU, Ozanani, V

§ 2. Uamour franciscain.

Loin de jeter ranathème à l'homme et aux choses ^, il vénère en eux l'œuvre du Très- Haut ; il répand sur toute la création les flots de son amour inépuisable ; car, étant créés de la même main, l'homme et les choses sont fils et filles du même père,, sont frère et sœurs ; leur premier devoir est de s'aimer entre eux et de remercier Celui qui leur confère les bienfaits de l'existence et de la mort ; elles doivent chanter ses louanges sans s'arrêter jamais :

« Loué soit Dieu, mon Seigneur, à cause de toutes les créatures et particulièrement pour notre frère, messire le soleil... Loué soyezvous aussi, mon Seigneur, pour notre sœur la lune et les étoiles... pour mon frère le vent, pour l'air et le nuage et la sérénité et tous les temps quels qu'ils soient... pour notre sœur l'eau, pour notre frère le feu ; pour notre mère la terre, qui nous porte, nous nourrit et qui produit toutes sortes de fruits, les fleurs diaprées et les herbes«.

« Soyez loué, mon Seigneur, pour notre sœur la mort,.. »

« Chaque créature était pour lui, tout à fait immédiatement, une vivante parole de Dieu... et ce sentiment empUssait François d'une joie continue à la vue et à la pensée de Dieu, comme aussi d'un incessant désir de rendre grâce, auquel, semblait-il, tous les êtres s'associaient avec plaisir : « Que loué soit le Créateur, notre frère « le faisan !... il faut que tu chantes les louanges de Dieu, ma sœur « la cigale ^ ! » 1

Il aimait la limpidité de l'eau, l'éclat du feu, les oiseaux, a nos sœurs les fleurs des champs », et il ordonnait que le jardinier du couvent leur réservât une plate-bande. Il allait regarder dans leur nid les petits de « notre frère le rouge-gorge )\ construisait lui-même des nids pour les tourterelles, portait du miel aux aheiUes, rachetait les agneaux aux bouchers ; et, s'il rencontrait un ver sur le chemin, il l'en ôtait avec précaution pour qu'il ne fût point écrasé par les passants. Il aimait jusqu'au semblant d'existence des êtres inanimés ; il lui était pénible qu'on éteignît le feu ou qu'on soufflât une lampe.

Les lièvres et les faisans se réfugiaient aux plis de sa robe, les pois-

1. Ce saint si dur pour son corps et. si amoureux de la plus stricte pauvreté ne s'offusquait jamais de l'opulence qu'étalaient à ses yeux « ceux qui vivent délicatement et s'habillent avec un éclat superflu ». Il disait aux frères de ne pas mépriser les mondains, même les plus vains dans leur luxe, car « ceux-là aussi ont Dieu pou j. maître et Dieu peut, comme il lui plaît, les appeler comme les autres et les rendre justes et saints ». Il était lui-même le plus frappant exemple de ces conversions imprévues. — Cf. Jœrgensen, Vie de saint François, traduction Wyzewa, p. 236.

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